La droite est-elle encore capable de penser l’État ?

La droite peut-elle encore penser l’État dans des termes adaptés au monde contemporain ? Les événements des derniers jours laissent extrêmement sceptiques sur cette possibilité.

Par Éric Verhaeghe.

Alain Juppé songerait à une liste commune avec En Marche pour les élections européennes. Le discours de la Sorbonne a marqué favorablement notre ancien Premier ministre. On ne sera guère étonné de cette connivence entre macroniens et orléanistes sur la question européenne, ce mantra de l’establishment français.

On se souvient aussi d’autres points communs. Juppé est celui qui a le mieux étatisé la Sécurité sociale pour la sauver, en créant les lois de financement de la Sécurité sociale. Macron poursuit la même oeuvre étatiste en absorbant d’un coup le RSI et l’assurance-chômage. Son prochain quinquennat, s’il a lieu, sera consacré à l’absorption des retraites complémentaires.

Cette croyance naïve dans la nécessaire étatisation de tout ce qui n’est pas une entreprise au sens propre, et cette conviction qu’il faut sans cesse restreindre le champ de l’activité privée dans la société française, sont bien le fil rouge qui traverse l’orléanisme français.

Ce n’est pas cette droite-là qui produira le choc d’initiative dont la France a besoin. Elle continuera à entrelacer toute réforme avec l’expansion permanente de la sphère publique.

Wauquiez et l’obsession étatiste

Hormis le « conservatisme », Laurent Wauquiez n’a guère de désaccord de fond avec Alain Juppé. Autrement dit, les deux compères devraient se retrouver sur la question de l’État et de son rôle dans la société française. La droite sociale appelle ouvertement à la force de l’État, contre-balancée, paraît-il, par la justice sociale.

Tout le monde sait avec quoi riment ces mots : pression fiscale, services publics en goguette et usines à gaz incessantes pour étatiser ce que le marché peut faire.

Le Front National prolonge le mouvement

Nul besoin d’épiloguer sur l’aversion du Front National au libéralisme. Disons même que, s’il est un parti en France où le mot « libéral » est vécu comme une attaque ou un dénigrement, c’est dans les troupes de Marine Le Pen.

On ne comptera donc pas sur le Front National pour restaurer des marges d’initiative individuelle que la technostructure, qui contrôle les Républicains, conteste à la société civile.

Dans ce grand mouvement orwellien qui parcourt la droite française, le Front National sera un bon élève.

Le libéralisme orphelin de la droite

Ce qu’on appelle la recomposition macronienne s’apparente donc ici, surtout, à une reprise en main du discours politique par une idéologie étatiste. On se souvient du choc prôné par Fillon, avec de fortes baisses de dépenses publiques.

Décidément, ce spectre s’éloigne, et on voit mal qui, à droite, pourrait le faire revenir.

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