Retraites : l’évolution démographique sonne le glas de l’État-providence

The End by Colette Saint Yves(CC BY-NC 2.0)

En matière de protection sociale, les États-Unis courent à la catastrophe, tout comme certains pays européens. Mais une véritable réforme reste possible si l’État n’est pas trop gourmand.

Par Daniel J. Mitchell, depuis les États-Unis.

Faisons une expérience de pensée : vous êtes dans un univers parallèle et observez le Titanic. Dans ce monde imaginaire, vous disposez de toutes sortes de radars sophistiqués qui vous permettent de détecter les icebergs avec beaucoup de précision à l’avance. De plus, vous détectez un danger et avertissez le capitaine et ses officiers. Que ressentiriez-vous s’ils décidaient d’ignorer vos avertissements et continuaient leur route vers le désastre ? Vous vous arracheriez probablement les cheveux de frustration.

Eh bien c’est une assez bonne description de ce que je ressens face à la crise budgétaire facile à prévoir, visible à l’œil nu, couru d’avance et inéluctable qui se produira en raison de l’évolution démographique et des programmes de prestations sociales mal conçus.

La fin de l’État-providence ?

C’est ce qui va se passer aux États-Unis. C’est ce qui va se passer en Europe et en Asie. C’est un problème mondial.

Pour le dire simplement, les États-providence ont été créés lorsque tout le monde supposait qu’il y aurait toujours une même « pyramide des âges », c’est-à-dire relativement peu de personnes âgées (qui perçoivent beaucoup d’argent des programmes de retraite et de santé) au sommet, beaucoup de personnes actives (également appelées contribuables) au milieu et beaucoup d’enfants (les futurs contribuables) dans le bas. Dans une telle configuration, un État-providence de taille modeste n’est certainement pas une bonne idée, mais au moins reste viable mathématiquement.

En revanche, aujourd’hui, un État-providence conçu ainsi est un problème parce que nous vivons plus longtemps et que nous avons moins d’enfants. Et à l’avenir, ce type d’État-providence est la recette d’une crise budgétaire à la grecque, car les tendances démographiques seront encore moins favorables. Pour être franc, il n’y aura pas assez de personnes pour jouer le rôle de locomotive par rapport à la masse de celles qui se trouveront dans les wagons.

Un changement de la pyramide des âges

Au risque d’enfoncer des portes ouvertes, voici quelques données supplémentaires sur ce problème mondial. Nous allons commencer par examiner comment la pyramide des âges se transforme en cylindre. La croissance de la cohorte des plus de 65 ans est le facteur clé à noter.

Et voici une façon différente d’examiner les mêmes données, mais qui s’étend jusqu’à 2100. Je n’ai pas ajouté de ligne rouge à 65 ans, mais il est facile de voir que le nombre de personnes âgées augmentera considérablement sans qu’il y ait une augmentation concomitante du nombre de personnes en âge de travailler censées payer les impôts pour financer les retraites et les soins de santé.

Qu’est-ce que ça signifie ? Voici un extrait d’un billet de Prospect qui donne à réfléchir :

Le vieillissement de la population des économies avancées et des économies émergentes les plus importantes s’ajoute aux baisses antérieures du taux de natalité, ce qui signifie que la part de la population mondiale en âge de travailler a diminué depuis 2012. Après quatre décennies d’augmentation, la tendance s’est inversée et cette baisse devrait durer tout au long des années 2020, 2030 et 2040. Une main-d’œuvre mondiale à croissance plus lente sera un grand défi pour l’économie mondiale.

« Grand défi » est un euphémisme. Un article de Bloomberg explique les implications de ce changement démographique massif. Notez les données sur le nombre de travailleurs par retraité dans les différents pays.

L’augmentation des taux de dépendance (c’est-à-dire le ratio entre travailleurs salariés et retraités) fournit une mesure utile. En 1970, aux États-Unis, il y avait 5,3 travailleurs pour chaque retraité. En 2010, ce nombre était tombé à 4,5, et il devrait chuter à 2,6 d’ici 2050. En Allemagne, le nombre de travailleurs par retraité diminuera à 1,6 en 2050, alors qu’il était à 4,1 en 1970. Pour le Japon, la société la plus vieille qui n’ait jamais existé, le ratio passera de 8,5 en 1970 à 1,2 en 2050. Même si les engagements de dépenses augmentent, cela signifie qu’il y aura de moins en moins d’adultes productifs pour les financer.

Le problème de fond est qu’il y a un énorme passif non capitalisé.

Arnaud Mares de Morgan Stanley a analysé la solvabilité nationale, c’est-à-dire la différence entre les recettes publiques actuelles et futures, d’une part, et les niveaux d’endettement existants et les engagements futurs, d’autre part. L’étude a révélé que, selon cette mesure, la valeur nette des États-Unis était négative de 800% de son PIB, c’est-à-dire que ses recettes fiscales futures étaient inférieures à ses engagements d’un montant équivalant à huit fois la valeur de tous les biens et services produits par les États-Unis au cours d’une année. La valeur nette des déficits de solvabilité des pays européens variait d’environ 250% (Italie) à 1 800% (Grèce). Pour l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, les chiffres approximatifs étaient respectivement de 500%, 600% et 1 000% du PIB.

Eh bien, il est déprimant de constater que les perspectives à long terme des États-Unis soient pires que celles de certains des plus tristement célèbres États-providence d’Europe. Je suppose que nous ne devrions pas être totalement surpris, car j’ai déjà partagé des prévisions tout aussi sombres du FMI, de la BRI et de l’OCDE.

Une réforme est encore possible

Toutefois, malgré certaines de ces prévisions, je pense que l’Amérique est en meilleure forme que ces autres pays. Si nous adoptons au plus tôt une véritable réforme des prestations sociales, les chiffres de long terme s’amélioreront de façon spectaculaire parce que les dépenses et la dette ne devraient pas augmenter de manière aussi importante (tandis que l’État constitue déjà un énorme fardeau en Europe).

Ce n’est pas une théorie oiseuse. Les décideurs politiques n’ont pas beaucoup de contrôle sur la démographie, mais ils peuvent réduire l’impact budgétaire des évolutions démographiques en adoptant de meilleures politiques. Pour citer les exemples les plus marquants, des pays comme Hong Kong et Singapour ont des habitants ayant une très longue durée de vie et des taux de natalité très bas, mais leurs finances publiques ne subissent pas autant de pressions à long terme parce qu’ils n’ont jamais commis l’erreur de créer un État-providence de type occidental.

Par conséquent, la solution est que l’Amérique et d’autres pays copient ces juridictions prospères en remplaçant leurs régimes de prestations sociales fondés sur l’imposition et les revenus de transfert par des systèmes fondés sur l’épargne privée.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.