Catalogne : l’indépendance désastreuse

La crise Catalane a révélé une plaie profonde dans la société civile catalane et mis en route des mécanismes dont les conséquences désastreuses vont se produire quel que soit le résultat des nouvelles élections du 21 décembre 2017.

Par Laurent Chollet.

Depuis 1980, la Catalogne dispose d’un parlement régional autonome composé de 135 députés. Cette autonomie lui a été accordée par le parlement démocratique Espagnol (Cortès) mis en place à la mort du Général Franco pour tenir compte, comme pour d’autres régions d’Espagne, de l’histoire et de la culture Catalane.

Cette autonomie permet aux représentants Catalans au Cortès de s’exprimer sur la conduite de la politique générale Espagnole. L’esprit n’est pas celui d’un isolement régional mais d’une autonomie à l’intérieur d’une communauté que représente l’Espagne.

La stratégie électorale retenue par les dirigeants de cette autonomie a essentiellement consisté à opposer l’identité Catalane à celle de l’Espagne pour désigner un « ennemi extérieur » afin de rassembler les électeurs et de rejeter sur l’Espagne toutes les difficultés rencontrées. On a ainsi assisté à une concurrence menant à une surenchère dans l’expression du « Catalanisme », un peu comme Coluche qui dans un de ses sketches avait des lessives qui lavaient plus blanc que blanc.

La clôture de la Catalogne sur elle-même

On a ainsi assisté au remplacement des mots Espagnols par leur traduction en Catalans, calle la rue est devenue carrer…, le nom des villes a été catalanisé, Gérone est devenue Girona…, les plaques d’immatriculation des voitures ont été Catalanes avant de devenir Européennes pour ne pas être Espagnoles, les autoroutes (Autopista) sont devenues des Catalanes, on a ainsi les autoroutes  C1, C2… en Catalogne qui sont désignées par un A1, A2, A3… dans le reste de l’Espagne, les menus des restaurants doivent au moins être en Catalan de même que les étiquettes des commerçants ou les annonces, sous peine d’amende et de quasi excommunication publique.

D’une manière générale, il vous est opposé un no comprendo si vous vous exprimez en Espagnol avec une remise au pas assortie d’un es Espagnol, en Catalan es… La tauromachie a été interdite en Catalogne car elle est très représentative de la culture Castillane et espagnole et que le taureau représente l’Espagne. La Catalogne est représentée par un âne, animal bien connu pour son caractère particulièrement têtu. Il y a ainsi une chasse à tous les symboles pouvant se rapporter à l’Espagne.

Les attaques contre la langue espagnole

Depuis de nombreuses années l’usage et l’enseignement de la langue Catalane se fait au détriment de la langue Espagnole. Ceci a des conséquences graves à terme pour la population et les entreprises.

Cette obsession Catalane qui rejette et méprise le reste de l’Espagne m’a fait sourire un temps mais conduit progressivement à un repli identitaire peu propice au maintien des performances économiques dont elle est fière. Le rejet des autres conduit inévitablement à un rejet en miroir par ceux que l’on a rejeté.

Pour la population, cela réduit progressivement ses possibilités de mobilité professionnelles en Espagne, d’une part la réduction progressive des capacités linguistiques réduites en Espagnol et d’autre part parce que pour les grandes entreprises Espagnoles, la médiatisation actuelle les conduit à se méfier de salariés provenant d’une population en partie assez radicalisée et opposée à l’Espagne ; et donc susceptibles d’être difficiles à gérer et intégrer dans une équipe Espagnole hors de catalogne.

Un frein économique

Pour les entreprises Espagnoles qui interviennent en Catalogne, elles redoutent d’être considérées comme des entreprises étrangères intervenant dans un milieu idéologiquement hostile ; de plus le Catalan se présente pour elles comme le Breton, le Corse ou l’Alsacien pour nous.

Ceci réduit d’une part la transparence des affaires dans les discussions où vos interlocuteurs vous excluent de la réunion en s’exprimant à certains moments en Catalan entre eux et d’autre part ceci impose en pratique de devoir passer par un représentant Catalan générant un surcoût pour faire des affaires en Catalogne.

Ces conditions ne peuvent que nuire inexorablement à terme au développement économique de cette région. C’est probablement aussi la raison pour laquelle la crise Catalane a conduit aussi rapidement des entreprises implantées en Catalogne en finalisant une décision latente de délocalisation de leur siège social.

Une situation politique compliquée

Cette ambiance, ressentie par les étudiants Erasmus obligés de suivre des cours en Catalan dans le film L’auberge espagnole a déjà conduit les étudiants étrangers informés, à fuir la Catalogne pour d’autres régions d’Espagne.

L’environnement politique de la Catalogne est aussi préoccupant car la majorité actuelle est composée d’un triumvirat indépendantiste alliant le centre droit (PdeCat) qui est le plus important, la gauche républicaine (ERC) et l’extrême gauche de type France Insoumise (CUP). L’histoire montre que les 2 faibles d’un triumvirat s’allient souvent contre le fort pour le renverser.

À cela s’ajoutent les conditions non constitutionnelles d’organisation du vote organisé par le parlement Catalan et un déroulement du scrutin ne respectant pas les règles habituelles d’un vote démocratique (pas de listes électorales, possibilité de voter plusieurs fois, pas de scrutateurs extérieurs …), considérés par les intéressés comme justifiés compte tenu de la contrainte « Franquiste ».

Les mouvements totalitaires ont toujours considéré comme légitime le fait de recourir à la force ou de ne pas respecter la loi parce qu’ils sont les seuls à avoir raison.

La préférence catalane

Mon expérience d’étranger propriétaire non-résident en Catalogne sur la Costa Brava dans la ville de Blanes, m’amène à vous relater le comportement à l’égard des non-résidents. Dans cette ville, comme dans d’autres, le prix de l’eau est déterminé par la commune dont le maire, au nom de la justice sociale, a décidé que les résidents (riches et pauvres, au nom de la justice sociale ?) auraient un tarif réduit de 70 % par rapport aux non-résidents, ce qui permet à la commune d’obtenir facilement des ressources importantes (avec en plus une consommation minimum de 13 M3 tous les 2 mois) en pratiquant des prix très élevés à l’encontre de tous les propriétaires étrangers qui n’ont aucun moyen de s’exprimer (même en Catalan) du fait de l’absence de possibilité de vote.

On voit que l’absence d’encadrement réglementaire et de représentation électorale conduit dans ce cas à un abus contre une minorité ne disposant pas de droits, ce qui traduit un état d’esprit qui me semble un peu autoritaire et inquiétant pour l’avenir en cas d’indépendance. Il faut ajouter que les propriétaires non-résidents paient aussi l’IRNR (Impuesto sobre la Renta de No Residentes) qui est en fait l’impôt sur le revenu fictif que tirerait le propriétaire de la location de son bien et qui a été proposé par France Stratégie en France.

La fracture de la société civile espagnole

On voit clairement que s’est installé progressivement un état d’esprit avec des « étrangers » Espagnols, des étrangers non espagnols mais plus grave depuis l’élection du 1er octobre il y a une fracture de la société civile Catalane entre ceux qui veulent rester au sein de l’Espagne et les indépendantistes.

La fracture de la société civile Catalane est probablement ce qu’il y a de plus grave pour le futur de la prospérité et de la paix civile en Catalogne.

Depuis 1980, l’Espagne, et la Catalogne en particulier, ont connu une croissance économique importante avec une progression spectaculaire du niveau de vie. Cette énergie reposait sur l’unité de la population autour de la nouvelle démocratie et l’aspiration à un avenir meilleur par le progrès.

La concrétisation récente de cette fracture de la société civile à l’occasion des « élections » du 1er octobre, vient de briser cet élan en favorisant un repli sur soi des individus au détriment de la communauté Catalane et de la productivité globale de la région. Cette perte d’unité de la société civile est peut-être ce qu’il y a de plus grave pour le futur de la prospérité et de la paix civile en Catalogne.

En tentant un coup de force pour imposer leurs vues, les indépendantistes Catalans ont cristallisé aux yeux de l’Europe une image désastreuse de repli sur soi et provoqué une division grave dans la société civile.  Les nouvelles élections du 21 décembre ne pourront malheureusement plus rien y changer avant longtemps.