« Passoires thermiques » : les idées lumineuses de Nicolas Hulot

Nicolas Hulot Point presse fondation Nicolas Hulot by COP Paris-Domaine public

Nicolas Hulot veut instaurer de nouvelles taxes sur l’immobilier mal isolé, dit « passoire thermique » : comment l’État s’attaque à la population à travers son habitat.

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

La norme, le règlement, les exigences de « qualité » minimale, tuent chaque jour les indépendants, petits commerces ou petits exploitants. Car ils n’ont pas les reins assez solides pour supporter les dépenses supplémentaires induites par ces tracasseries administratives. Combien de commerces, d’exploitations, d’écoles ou d’hôtels ferment parce qu’ils ne peuvent suivre l’inflation réglementaire ?

Non content d’asphyxier toute une partie des indépendants les plus modestes, voilà que l’État voudrait s’attaquer au reste de la population à travers son habitat. Le ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot, souhaite en effet, au nom de l’écologie bien sûr, de la sauvegarde de la planète et par respect pour Gaïa, appliquer des taxes sur les maisons dites « passoires thermiques ».

Or il est certain que ce sont les bailleurs les moins fortunés qui vont en faire les frais tandis que les propriétaires plus aisés pourront s’exécuter. Les donations et ventes seraient aussi impactées. Tout ça pour un effet environnemental des plus incertains.

La double sanction par la taxe

Cette proposition découle de la pensée largement répandue que l’impôt peut servir à inciter les contribuables à agir dans un sens ou un autre. Lorsque l’on s’est rendu compte que l’impôt engendrait des effets particuliers influençant l’environnement économique, certains en ont conclu qu’il devait être réduit et simplifié au maximum ; d’autres, qu’il pourrait peut-être être manipulé de manière à orienter ces effets vers des buts louables, définis par eux-mêmes, bien entendu.

C’est ainsi qu’apparaît le rôle incitatif de l’impôt, complètement antilibéral.  Autrement dit, en plus de soustraire un bien à l’imposé, l’impôt vient le forcer ou l’inciter poliment à servir la volonté du législateur.

C’est exactement le principe qui est appliqué ici, copié sur le modèle du bonus-malus automobile qui a remarquablement fonctionné.

Mais il néglige un fait économique premier : celui qui consomme beaucoup a déjà été « sanctionné » puisque ses factures d’électricité ou de chauffage, dans le cas qui nous occupe, étaient plus élevées. Or ces factures comportent déjà une part très importante de taxes, dont certaines au titre de l’écologie, comme la taxe carbone.

Deuxième « oubli », il est possible d’habiter dans une maison que Nicolas Hulot considère comme non écolo-compatible sans être un criminel au carbone. Tout dépend de la manière dont les ressources sont utilisées. La maison bien isolée et spacieuse d’un célibataire qui aimerait vivre dans une atmosphère chauffée à 25 degrés ne serait pas taxée, tandis que celle d’une famille qui économise pour chauffer à 18 degrés, si ! Pourtant, rapporté par tête, le deuxième cas est plus économe. Vous me direz, avoir une famille, ce n’est pas très écologique.

Qui plus est, cet impôt va peser largement sur les détenteurs de vieilles maisons campagnardes, assez peu réputées pour leurs fenêtres isolantes. L’on va ensuite pleurer sur ces « territoires » qui se vident et s’appauvrissent, ces propriétés qui dépérissent ; et l’on créera une aide pour leur rendre -mais un peu moins- ce que l’on a pris pour satisfaire ces lubies. De même, les ménages modestes vivant dans les lotissements construits au siècle dernier vont devoir s’accrocher.

Le dogme environnemental de Nicolas Hulot

Anomalie suivante, courante chez ceux qui pensent le monde de manière statique : considérer les déperditions d’énergie de manière isolée. Croit-on vraiment que ceux qui ont des maisons mal isolées n’ont pas pensé à faire des travaux ? Peut-être ne le peuvent-ils pas ou peut-être n’est-ce pas rentable.

Il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas : les pertes énergétiques, c’est ce que Nicolas Hulot voit (si on accepte le présupposé que les taxes ne sont pas l’unique but recherché). La « pollution » inhérente à la fabrication et à la mise en place des solutions d’isolation, il semble ne pas la prendre en considération.

Peut-être le propriétaire y a-t-il renoncé parce que le coût en était rédhibitoire et le retour sur investissement incertain – surtout s’il est âgé ? Or on peut directement rattacher ce coût à son « impact environnemental ». Un simple calcul actuariel permet de savoir si les gains éventuels vont compenser le coût des travaux, que ce soit en termes énergétique ou monétaire.

Il en va de même pour les voitures que l’on prétend remplacer, voire éradiquer, en envoyant à la casse des engins pouvant encore rouler : économie ou gâchis ? Ou encore pour des éoliennes qui ne sortent pas de terre sans grande dépense d’énergie (fabrication, transport, installation, sans compter la maintenance) et sont censées compenser une production électrique déjà installée et qui plus est totalement décarbonnée ! Il y a une incohérence profonde dans la manière de percevoir l’écologie en France, qui tient plus à l’idéologie qu’à la raison.

Une belle nouvelle administration

Ensuite, n’oublions pas la nécessaire création de l’administration chargée d’homologuer les logements taxables ou non ! Combien d’agents pour se rendre chez vous afin d’homologuer votre maison, de vous administrer la sainte reconnaissance écologique ?

Puis viendra « l’évolution » de ces normes qui, déjà horribles, deviendront kafkaïennes. Cette administration qui reçoit le pouvoir de s’immiscer dans nos vies, à tous les étages, aura sous sa coupe un pan nouveau de notre intimité. Mais qu’est-ce que nos vies face à la toute-puissance de la bonté du législateur qui, finalement, ne souhaite que notre bien à tous ?

Enfin tous… Presque tous car on sent bien dans ce plan que sont visés les propriétaires, riches forcément, donc coupables encore plus évidemment. Si des travaux n’ont pas été faits, c’est par radinerie. À tel point que les locataires sont victimes de leur cupidité : ils sont écrasés par la facture énergétique.

Si bien que Nicolas Hulot propose de faire supporter celle-ci par le propriétaire à part égale. Quelle idée lumineuse ! Encore une fois, le raisonnement statique prévaut. Il est évident qu’une telle mesure va faire tout simplement augmenter le loyer à moyen terme, voire la consommation puisque le locataire perd la responsabilité de payer. Au pire, le propriétaire récalcitrant verra la donation ou la vente de son bien surtaxée. Une raison de plus de ne pas être propriétaire.

La taxe : alpha et oméga de la politique française

Source : Eurostat, retraitement IREF

Nous sommes finalement ici dans une situation bien française où toute action politique doit comporter sa taxe, quand toutefois la taxe n’est pas le seul objet de l’action.

Ce plan va introduire une double taxation : celle appelée « carbone » déjà en place en plus des nouvelles.

L’idéal serait sûrement de reconstruire entièrement le parc d’habitation en France, au travers d’un grand plan pensé intégralement par le haut, donc nécessairement mieux organisé. Cela permettrait une belle relance ! Et puis des blocs de béton gris, ça rend probablement certains nostalgiques.

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