Je crois que j’ai une indigestion de féminisme

Coup de gueule contre le politiquement correct qui instaure de nouveaux tabous et réduit la liberté d’expression à la célébration de l’idéologie féministe. Cette fois, c’est la poupée Barbie qui en est la victime…

Par Fanny-Gaëlle Gentet.

Je crois que j’ai une indigestion de féminisme
By: anna HanksCC BY 2.0

Si je vous dis que Leonardo Dicaprio a été choisi pour jouer J. Edgar, que Morgan Freeman a incarné Nelson Mandela, Jamie Fox Ray Charles ou encore Marion Cotillard Édith Piaf, que me répondez-vous ?

Que sans être des sosies parfaits, ils répondent à un certain nombre de critères et sont crédibles dans leurs rôles respectifs.

Si par contre je vous avais annoncé que Leonardo allait être Mandela, Morgan Freeman Édith Piaf, Jamie Fox J. Edgar et Marion Cotillard Ray Charles, vous m’auriez sans doute répondu que la légitimité de ces choix était hautement contestable et mettait sérieusement en péril la crédibilité de ces films.

Est-ce raciste de dire que Jamie Fox ne peut pas jouer J. Edgar ? Ou que Leonardo ne peut pas jouer Mandela ? Est-ce raciste d’ailleurs que j’appelle familièrement Leo par son prénom quand je reste formelle pour Jamie Fox ?

Est-ce sexiste de dire à Marion Cotillard qu’elle ne peut pas incarner Ray Charles ?

Non. Je l’espère.

La fin du bon sens

Je l’espère, car sinon on peut dire que le politiquement correct de notre ère vient définitivement de prendre le pas sur le bon sens. Il est malheureusement impossible de juger des propos d’autrui sans avoir le contexte de ce qu’il est.

« J’ai croisé un noir » ne veut pas dire la même chose dans ma bouche ou celle de ma grand-mère.

Alors, pour vous aider un peu à me juger voici la version courte (très courte) de ce que je suis. Je suis une femme (ou une fille peut-être, je suis à ce moment de la vie où je ne sais pas lequel de ces deux mots employer pour parler de moi), blanche de 24 ans, Parisienne ayant voyagé à droite et à gauche, surtout à gauche où je vote régulièrement mais pas fidèlement. J’ai mon bac et quelques bouts de diplômes qui ne me servent pas à grand-chose à part faire plaisir à mon conseiller pôle emploi quand je les aligne sur mon C.V.

Faites-vous avec cela l’opinion que vous voudrez de moi.

Qu’importe ce que vous avez conclu, j’assume mes mots crus et lassés du politiquement correct et je reprends le fil de ma pensée.

Freeman jouera donc Mandela et Cotillard Piaf.

La grosse Barbie

Un film sur la reine Elizabeth se prépare ? Les directeurs de casting partent à l’assaut des réseaux et postent des annonces pour des petites vieilles ridées. Un film sur Michael Jordan ? Au tour des grands blacks chauves. Un film sur Barbie ? Une jolie blonde aux formes bien dessinées. Et pour un film sur… Stop. Non. On s’arrête. Finalement pour Barbie on va prendre une grosse.

Oh malheur, enfer et damnation, j’ai osé décrire une femme en utilisant le mot « grosse ». Pleine de formes aurais-je dû dire ? Au physique généreux ? Grande taille ? Il y a derrière cette peur des mots une incohérence qui me dépasse.

Les plus ardents féministes le crient sur les réseaux sociaux à qui veut bien l’entendre (et à ceux qui ne veulent pas au passage) : « Arrêtez de réduire une femme à son poids, toutes les femmes sont belles, qu’importe sa taille ! » (Il existe bien des variantes de ce slogan mais je crois que celle-ci résume assez bien l’affaire).

Mais depuis quand gros est-il l’antonyme de beau ? Si tu défendais sincèrement la beauté sous toutes ses formes tu ne verrais pas dans le qualificatif gros une insulte ou un affront. Alors pourquoi m’empêches-tu d’utiliser ce mot ?

S’offusquer de la réalité

Si je vois une femme blonde (telle que l’est Barbie), je dis qu’elle est blonde et qu’importe ce que je mets derrière ce qualificatif, peut-être que je trouve les blondes très belles, peut-être très moches, peut-être, mais une blonde reste une blonde.

Si je vois une femme grosse (telle que ne l’est pas Barbie), je dis qu’elle est grosse et peu importe ce que tu mets derrière ce mot, une grosse reste une grosse.

Et quand bien même tu jugerais différemment que moi ce qui est blond, ce que je trouve blond est peut-être pour toi châtain clair. T’en offusques-tu ? Non, car on ne s’offusque que ce dont on se sent coupable.

Alors ne blâmez pas autrui pour l’utilisation d’un adjectif neutre auquel vous prêtez de mauvaises intentions. Eh oui, Amy Schumer est grosse. Car c’est bien d’elle dont je parle.

J’ai, je l’avoue, attendu un peu trop longtemps pour en arriver au but, mais c’est le problème des conversations actuelles, le contexte faisant toute la différence, on ne peut plus s’en passer.

Silence radio autour du choix de casting

Barbie est un concept. Certains diront que c’est un mauvais concept, certains le défendront, je ne suis pas là pour en juger. C’est un concept entier et indiscutable qui perdure depuis plusieurs décennies. Et ce concept implique une femme blonde aux courbes fines, à la taille de guêpe et aux jambes fuselées.

Amy Schumer n’est en rien semblable à cela. Et la caster pour jouer Barbie c’est comme caster Marion Cotillard pour jouer Ray Charles. C’est complètement con.

Seulement on ne dit rien.

Les progressistes de Los Angeles, New-York et ailleurs applaudissent l’initiative et vont fêter le contrat au bar du coin avec les féministes un peu trop zélés.

Ils se félicitent d’embrasser la cause des femmes et de participer aux changements des mentalités. Mais, messieurs, si vous vouliez vraiment aider les femmes vous leur écririez de jolis rôles à la John McClane avec un peu trop de bide et des catch line aussi badass que Yippee-ki-yay Motherfucker ! Si vous vouliez vraiment lutter contre l’influence néfaste de Barbie sur les jeunes filles, vous ne feriez pas une adaptation cinématographique qui a l’avantage de voir poindre au bout du chemin un joli paquet d’argent et en vous donnant bonne conscience en employant une comique vulgaire et trop grosse pour le rôle.

La vraie égalité homme/femme

Car oui Amy Schumer est vulgaire, c’est peut-être avec la couleur de ses cheveux, la seule chose qu’elle a en commun avec la célèbre poupée.

Je ne veux pas que ma fille (hypothétique, bien sûr) prenne comme exemple Amy Schumer, je ne veux pas que ma fille pense que pour être une « femme bien » il faut glousser à la télé, provoquer gratuitement, taper sur les hommes, faire du sexe l’élément majeur de son émancipation. Je préfère autant que ma fille (hypothétique, toujours) idéalise une poupée en plastique.

L’égalité homme/femme est une idée précieuse que je défends (ardemment ? non je l’avoue car du haut de mes privilèges et de mes acquis, j’ai parfois du mal à penser qu’on en soit si loin), c’est un principe essentiel de l’évolution de nos sociétés.

Mais nous sombrons dans une époque où le politiquement correct détourne toutes les bonnes idées et les jolis principes pour nier les différences et enfermer chacun dans un ressentiment malsain. Vivre ensemble, ce n’est pas annuler nos différences mais les accepter.

Moi, jeune femme (finalement c’est cela, l’entre deux femme/fille) de 24 ans, pas toujours bien dans ma peau, je vous le dis, le féminisme est à l’égalité homme/femme ce que l’extrémisme est à la religion, un moyen assuré de gâcher une bonne idée en nous l’enfonçant dans la gorge par la force.

Je suis une femme et je veux pouvoir avoir les mêmes opportunités de travail et de salaire que quelqu’un doté d’une anatomie plus intrusive. Je suis une femme et je veux pouvoir être jugée, évaluée de la même façon qu’un homme. Oui. Je ne me laisse pas marcher sur les pieds ou dominer par quelqu’un juste parce qu’il est homme et moi femme, je veux le faire parce que la personne est plus intelligente, expérimentée, sage ou qualifiée que moi.

Oui, l’égalité homme/femme est un principe de base, une bonne putain d’idée que je défends.

Seulement nous sommes tous pareils, après une indigestion au chocolat au lendemain des fêtes de Noël (fêtes de fin d’année devrais-je dire, n’est-ce pas ?), n’avons nous pas tous dit « plus jamais de chocolat ».

Nous sommes tous pareils, on blâme à tort le chocolat et non la main qui nous a nourris et je crois bien qu’aujourd’hui j’ai une indigestion de féminisme.