Alerte à la radioactivité ? Pas de panique !

Au début de l’année, un vent de panique a parcouru la France : un nuage radioactif venait de traverser les frontières. Faut-il s’affoler pour autant ? Certainement pas.

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Alerte à la radioactivité ? Pas de panique !

Publié le 12 octobre 2017
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Par Jacques Henry.

Au début de cette année une information a fait la Une des journaux : de l’iode radioactif a été détecté au dessus de l’Europe et a cette fois franchi les Ardennes, je veux dire la frontière française.

Il y a quelques jours, bien pire ! L’IRSN, l’institut français en charge de la protection contre les radiations a signalé la présence dans l’atmosphère française de ruthenium-106 et dans la foulée d’autres pays européens ont signalé la même anomalie.

Il faut en effet relativiser le « danger » que représente la présence de ce radio-isotope à des doses infinitésimales : des millibecquerels par m3 … Il faut filtrer au moins 1000 m3 d’air pour avoir la chance de détecter une désintégration par seconde – c’est la définition du Bq – de cet isotope artificiel du ruthénium qui émet un rayonnement beta et ça ne va pas vraiment être dangereux pour la santé du malheureux promeneur s’époumonant en courant dans la forêt de Fontainebleau durant deux heures.

Pas de quoi fouetter un chat

La pseudo-alerte a été lançée le 5 octobre courant par l’IRSN, et il n’y a pas de quoi fouetter un chat, bien que la provenance de ce radio-isotope soit toujours inconnue.

Puisqu’il s’agit ici de radioactivité artificielle il est intéressant de passer en revue par ordre alphabétique tous les autres radio-isotopes utilisés en médecine en dehors de ceux qui sont couramment et quotidiennement employés par les biologistes et les chimistes dans les laboratoires de recherche.

La « médecine nucléaire » est l’un des plus gros pollueurs en termes de radioactivité car il est le plus souvent impossible de contrôler les effluents provenant des malades ayant été soumis à un diagnostic, contrairement aux centrales nucléaires pourtant cibles quotidiennes des écologistes dont le ministre français de l’Énergie renouvelable et gratuite.

Le rôle du fluor

Par ordre alphabétique donc, l’un des radio-isotopes les plus utilisés en diagnostic et recherche médicale est le fluor-18. Cet élément provient du bombardement, par des noyaux d’hydrogène de haute énergie, d’une cible contenant de l’oxygène-18, l’isotope lourd de l’oxygène, donc en l’occurrence de l’eau.

Le fluor-18 est alors séparé et utilisé pour synthétiser rapidement du fluorodésoxyglucose où un atome de fluor-18 remplace un groupement -OH du sucre. Le fluor en se désintégrant émet des positrons détectables par tomographie (PET-scan) pour localiser des tumeurs et leurs métastases, et en recherche médicale pour étudier le métabolisme du cerveau en particulier.

Cette approche nécessite des équipements coûteux et les hôpitaux ne sont pas tous équipés pour procéder à des PET-scan, loin de là. En 24 heures toute trace de radioactivité a disparu …

Des doses confortables

Avant de mettre au point le fluorodésoxyglucose les radiologues utilisaient du gallium-67, un métal qui a tendance à s’accumuler préférentiellement dans les cellules cancéreuses et celles impliquées dans des processus inflammatoires car l’organisme croit que le gallium est du fer.

Dans certains diagnostics le gallium est remplacé par l’indium-111 qui cible les cellules sanguines de la lignée blanche pour tenter de localiser les foyers d’infection et de fièvre inexpliqués et indétectables par d’autres méthodes.

Les doses utilisées pour réaliser une gamma-graphie sont confortables puisqu’elles atteignent en routine 150 millions de désintégrations par seconde (ou becquerels), rien à voir donc avec le ruthénium qui a été détecté au dessus de nos têtes le 5 octobre 2017. Pour les curieux le gallium-67 est produit par bombardement de l’isotope 68 du zinc dans un cyclotron. En 78 heures la moitié du gallium-67 a disparu.

Des usages dans la médecine nucléaire

Toujours par ordre alphabétique et après l’indium on arrive à l’iode radioactif dont deux isotopes sont très utilisés en médecine nucléaire pour les radio-diagnostics de la thyroïde, le seul tissu utilisant de l’iode dans l’organisme (illustration : scintigraphie de la thyroïde).

Deux isotopes de l’iode sont utilisés, l’iode-123 et dans une bien moindre mesure l’iode-131 ; et les doses injectées sont tout aussi alarmantes pour une personne apeurée par la radioactivité que pour le gallium puisqu’il s’agit de « seulement » 25 millions de becquerels.

L’iode-131, celui de la centrale nucléaire de Fukushima, est de plus en plus rarement utilisé car il émet un rayonnement beta énergétique qui endommage les tissus. Quant à l’iode-125 largement utilisé en laboratoire de recherche et d’analyse (radio-immuno-essais) sa durée de demi-vie est trop longue (59 jours) pour un usage médical et l’iode-123 lui est préféré en radio-diagnostic car sa demi-vie est de seulement 13 heures.

Une demi-vie de 41 milliards d’années

On arrive alors au lutetium-177 qui est utilisé pour le traitement de certaines tumeurs du pancréas encore au stade de la recherche. Une injection de 7,5 millions de becquerels par traitement permet tout de même au patient de retourner chez lui car il n’émet plus autour de lui « que » 25 microsieverts par heure bien que la demi-vie de ce radio-isotope soit de près de 7 jours.

Pour l’anecdote le rhenium-188 a été utilisé dans certains diagnostics mais a été abandonné en raison du caractère toxique de l’osmium apparaissant après émission de rayonnement beta.

Le rhenium a été originellement utilisé en médecine nucléaire car l’isotope radioactif (62 % du rhenium naturel) avec une demi-vie de 41 milliards d’années est plus abondant que l’isotope stable dans la croûte terrestre et il n’était pas nécessaire de le produire artificiellement.

Vient ensuite le thallium-201 qui est encore exceptionnellement utilisé lors des tests d’effort pour détecter les pathologies des valvules cardiaques et surtout pour visualiser les zones du cœur ayant subi une ischémie après un infarctus.

Des imageries médicales aux centrales nucléaires

On lui préfère aujourd’hui l’usage du technétium-99 qui est largement utilisé en radio-diagnostic. Les curieux peuvent aller consulter l’article de Wikipedia au sujet des multiples usages de cet isotope en imagerie médicale.

Enfin on arrive à l’yttrium-90 qui est présent à l’état de traces dans les produits de fission de l’uranium des centrales nucléaires dans les fractions contenant du strontium-90.

L’yttrium-90 est utilisé pour traiter certaines formes de cancers du foie et du colon par destruction des cellules cancéreuses à l’aide du rayonnement de ce radio-isotope (rayons beta – énergétiques) administré sous forme de micro-sphères qui sont absorbées par le tissu tumoral. Il s’agit de radio-thérapie au sens propre du terme comme pour les rayons X ou le cobalt radioactif (rayons gamma).

Il est donc tout à fait inutile de s’alarmer quand un « nuage radioactif » vient survoler l’Hexagone en se moquant des frontières compte tenu des énormes doses de radioactivité manipulées en médecine nucléaire mais aussi dans les laboratoires de recherche …

Sources : IRSN et World Nuclear News

Sur le web

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  • pas sympa le nuage radioactif ; avant , il s’arretait à la frontière française…..

  • @Jacques Henry, merci pour cet article. Peut-être cela conduira-t-il quelques personnes apeurées par la radioactivité à se poser des questions.
    Une autre approche pour relativiser les dangers de la radioactivité est de les comparer à ceux de la pollution atmosphérique: un accident nucléaire peut provoquer des morts rapides chez le personnel de la centrale ou les secouristes du fait de doses reçues de radioactivité très importantes. Seul Tchernobyl a fait des morts de cette façon, 31 au total. Il peut aussi provoquer des morts différées du fait de doses reçues plus faibles. Il s’agit donc là d’une diminution de l’espérance de vie. A titre d’exemple, dans la cohorte suivie après Hiroshima Nagasaki, la perte d’espérance de vie des personnes les plus touchées a été de l’ordre de l’année ( 80 ans au lieu de 81). On en évalue le nombre possible par une relation dose-effet linéaire avec une pente de 0,05 par sievert de dose efficace reçue.
    La pollution atmosphérique ne provoque pas les mêmes maladies, mais procède de la même façon. Lors d’un incendie, certaines personnes peuvent mourir rapidement par inhalation des fumées. Cela se produit fréquemment , et très récemment 4 personnes sont mortes (plus que ne fera en 50 ans la radioactivité à Fukushima) de cette façon dans l’incendie d’un immeuble en France. D’autres meurent prématurément de la pollution atmosphérique et en particulier des particules fines.Là aussi, il s’agit d’une perte d’espérance de vie. On utilise là aussi pour en prévoir le nombre une relation dose-effet à raison d’environ 0,05 pour 10 µg par m3 d’air de PM 2,5 dans l’atmosphère.
    On se rend compte alors que vivre à Paris, où la concentration de PM 2,5 est d’environ 20 µg/m3 et beaucoup plus en certains endroits est équivalent à vivre dans la plus grande partie des zones dites » contaminées » de Fukushima. Faut-il évacuer Paris ?
    Le principal problème que pose la radioactivité est en fait la peur qui a été distillée pendant des années par corruption systématique de l’information à ce sujet. Et cette peur a déjà beaucoup tué, mais ses responsables ont bien sûr bonne conscience.

    • Les écolos ont sur la conscience des millions de morts. Par l’interdiction du DDT qui permet à la malaria de tuer 2,5 millions de personnes tous les ans, principalement des enfants en bas âge.

      • Virgile, en préférant la fermeture des centrales nucléaires à celle des centrales à charbon, les écologistes allemands ont condamné à mort des dizaines de milliers de personnes en Europe, alors que leurs centrales nucléaires, comme les nôtres, n’ont tué personne du fait de la radioactivité.
        Le remplacement des centrales à charbon par des centrales nucléaires économiserait environ 1 million de morts prématurées PAR AN sur la planète, et permettrait à elle seule, selon les critères des climatologistes, de rester en-dessous des 2°C d’augmentation de la température de la surface terrestre.

        • @ BMD
          Je ne commenterai pas vos écrits, même si je ne suis pas d’accord avec vous. Je vous conseille plutôt que vous parliez avec Michel Gay qui revient périodiquement et mélange tout, comme vous. Mais entre la peste et le choléra, je ne demande pas à choisir.

      • @ Virgile
        Le problème principal du DTT est que sa toxicité est cumulative: c’était un excellent insecticide qui tuait bien les anophèles porteuses de malaria. Mais le répandre, c’est contaminer tout le monde, tout le temps. Est-ce légitime, sachant que la moindre dose absorbée ne fait qu’ajouter arithmétiquement la dose aux autres?
        En médecine, on tente de n’irradier à micro-dose que pour un bénéfice plus important espéré. Jusqu’à présent c’est considéré comme légitime par toutes les autorités.

        • C’est bien de poser le problème, mais il faudrait y répondre. Pour moi, il vaut mieux des millions de personnes vivantes, et chercher alors un remplaçant au DDT, que ces mêmes personnes mortes non-contaminées et le problème résolu faute de combattants.

        • @Mikilux, vous arrive-t-il parfois de vous informer vraiment avant de faire des déclarations péremptoires?
          Je vous conseille de lire un ouvrage court et facile à comprendre, celui du Professeur Pierre Bey  » faut-il avoir peur de la radioactivité? » chez Odile Jacob, Mai 2013. Vous y verrez que les doses médicales, loin d’être des microdoses, sont parfois considérables. Vous y verrez aussi que le nombre de gens ayant été traités par médecine nucléaire est maintenant si important que l’on peut affirmer qu’en dessous de 100 mSv de dose efficace reçue, il n’y a pas d’effet observable.
          Vous qui semblez si convaincu des effets délétères de la radioactivité quelque soit la dose reçue, j’espère que vos refusez énergiquement pour vous et vos proches de subir des radios et des scanners. Je vais vous faire aussi une confidence: IRM signifie irradiation par résonance magnétique, mais il s’agit de résonance nucléaire. Vous vous rendez compte ? NUCLEAIRE !!! La peste, le peste partout !
          A propos, j’espère que vous savez que vous êtes radioactif et donc pestiféré, entre autres parce que vous contenez du carbone 14 et du potassium 40. Ce dernier émet des rayons gamma qui sont presque deux fois plus énergiques que ceux du césium 137 avec lequel on affole les gens à Fukushima. Ces rayons vous traversent et irradient toutes les personnes de votre entourage !
          Du potassium 40 , il y en a partout, en particulier dans les champs où il s’accumule sans arrêt (sa période est de 1,25 milliard d’années), à cause des engrais qui en contiennent et qui sont apportés continuellement, et dans vos murs même s’ils sont en bois.

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