Alerte à la radioactivité ? Pas de panique !

Au début de l’année, un vent de panique a parcouru la France : un nuage radioactif venait de traverser les frontières. Faut-il s’affoler pour autant ? Certainement pas.

Par Jacques Henry.

Au début de cette année une information a fait la Une des journaux : de l’iode radioactif a été détecté au dessus de l’Europe et a cette fois franchi les Ardennes, je veux dire la frontière française.

Il y a quelques jours, bien pire ! L’IRSN, l’institut français en charge de la protection contre les radiations a signalé la présence dans l’atmosphère française de ruthenium-106 et dans la foulée d’autres pays européens ont signalé la même anomalie.

Il faut en effet relativiser le « danger » que représente la présence de ce radio-isotope à des doses infinitésimales : des millibecquerels par m3 … Il faut filtrer au moins 1000 m3 d’air pour avoir la chance de détecter une désintégration par seconde – c’est la définition du Bq – de cet isotope artificiel du ruthénium qui émet un rayonnement beta et ça ne va pas vraiment être dangereux pour la santé du malheureux promeneur s’époumonant en courant dans la forêt de Fontainebleau durant deux heures.

Pas de quoi fouetter un chat

La pseudo-alerte a été lançée le 5 octobre courant par l’IRSN, et il n’y a pas de quoi fouetter un chat, bien que la provenance de ce radio-isotope soit toujours inconnue.

Puisqu’il s’agit ici de radioactivité artificielle il est intéressant de passer en revue par ordre alphabétique tous les autres radio-isotopes utilisés en médecine en dehors de ceux qui sont couramment et quotidiennement employés par les biologistes et les chimistes dans les laboratoires de recherche.

La « médecine nucléaire » est l’un des plus gros pollueurs en termes de radioactivité car il est le plus souvent impossible de contrôler les effluents provenant des malades ayant été soumis à un diagnostic, contrairement aux centrales nucléaires pourtant cibles quotidiennes des écologistes dont le ministre français de l’Énergie renouvelable et gratuite.

Le rôle du fluor

Par ordre alphabétique donc, l’un des radio-isotopes les plus utilisés en diagnostic et recherche médicale est le fluor-18. Cet élément provient du bombardement, par des noyaux d’hydrogène de haute énergie, d’une cible contenant de l’oxygène-18, l’isotope lourd de l’oxygène, donc en l’occurrence de l’eau.

Le fluor-18 est alors séparé et utilisé pour synthétiser rapidement du fluorodésoxyglucose où un atome de fluor-18 remplace un groupement -OH du sucre. Le fluor en se désintégrant émet des positrons détectables par tomographie (PET-scan) pour localiser des tumeurs et leurs métastases, et en recherche médicale pour étudier le métabolisme du cerveau en particulier.

Cette approche nécessite des équipements coûteux et les hôpitaux ne sont pas tous équipés pour procéder à des PET-scan, loin de là. En 24 heures toute trace de radioactivité a disparu …

Des doses confortables

Avant de mettre au point le fluorodésoxyglucose les radiologues utilisaient du gallium-67, un métal qui a tendance à s’accumuler préférentiellement dans les cellules cancéreuses et celles impliquées dans des processus inflammatoires car l’organisme croit que le gallium est du fer.

Dans certains diagnostics le gallium est remplacé par l’indium-111 qui cible les cellules sanguines de la lignée blanche pour tenter de localiser les foyers d’infection et de fièvre inexpliqués et indétectables par d’autres méthodes.

Les doses utilisées pour réaliser une gamma-graphie sont confortables puisqu’elles atteignent en routine 150 millions de désintégrations par seconde (ou becquerels), rien à voir donc avec le ruthénium qui a été détecté au dessus de nos têtes le 5 octobre 2017. Pour les curieux le gallium-67 est produit par bombardement de l’isotope 68 du zinc dans un cyclotron. En 78 heures la moitié du gallium-67 a disparu.

Des usages dans la médecine nucléaire

Toujours par ordre alphabétique et après l’indium on arrive à l’iode radioactif dont deux isotopes sont très utilisés en médecine nucléaire pour les radio-diagnostics de la thyroïde, le seul tissu utilisant de l’iode dans l’organisme (illustration : scintigraphie de la thyroïde).

Deux isotopes de l’iode sont utilisés, l’iode-123 et dans une bien moindre mesure l’iode-131 ; et les doses injectées sont tout aussi alarmantes pour une personne apeurée par la radioactivité que pour le gallium puisqu’il s’agit de « seulement » 25 millions de becquerels.

L’iode-131, celui de la centrale nucléaire de Fukushima, est de plus en plus rarement utilisé car il émet un rayonnement beta énergétique qui endommage les tissus. Quant à l’iode-125 largement utilisé en laboratoire de recherche et d’analyse (radio-immuno-essais) sa durée de demi-vie est trop longue (59 jours) pour un usage médical et l’iode-123 lui est préféré en radio-diagnostic car sa demi-vie est de seulement 13 heures.

Une demi-vie de 41 milliards d’années

On arrive alors au lutetium-177 qui est utilisé pour le traitement de certaines tumeurs du pancréas encore au stade de la recherche. Une injection de 7,5 millions de becquerels par traitement permet tout de même au patient de retourner chez lui car il n’émet plus autour de lui « que » 25 microsieverts par heure bien que la demi-vie de ce radio-isotope soit de près de 7 jours.

Pour l’anecdote le rhenium-188 a été utilisé dans certains diagnostics mais a été abandonné en raison du caractère toxique de l’osmium apparaissant après émission de rayonnement beta.

Le rhenium a été originellement utilisé en médecine nucléaire car l’isotope radioactif (62 % du rhenium naturel) avec une demi-vie de 41 milliards d’années est plus abondant que l’isotope stable dans la croûte terrestre et il n’était pas nécessaire de le produire artificiellement.

Vient ensuite le thallium-201 qui est encore exceptionnellement utilisé lors des tests d’effort pour détecter les pathologies des valvules cardiaques et surtout pour visualiser les zones du cœur ayant subi une ischémie après un infarctus.

Des imageries médicales aux centrales nucléaires

On lui préfère aujourd’hui l’usage du technétium-99 qui est largement utilisé en radio-diagnostic. Les curieux peuvent aller consulter l’article de Wikipedia au sujet des multiples usages de cet isotope en imagerie médicale.

Enfin on arrive à l’yttrium-90 qui est présent à l’état de traces dans les produits de fission de l’uranium des centrales nucléaires dans les fractions contenant du strontium-90.

L’yttrium-90 est utilisé pour traiter certaines formes de cancers du foie et du colon par destruction des cellules cancéreuses à l’aide du rayonnement de ce radio-isotope (rayons beta – énergétiques) administré sous forme de micro-sphères qui sont absorbées par le tissu tumoral. Il s’agit de radio-thérapie au sens propre du terme comme pour les rayons X ou le cobalt radioactif (rayons gamma).

Il est donc tout à fait inutile de s’alarmer quand un « nuage radioactif » vient survoler l’Hexagone en se moquant des frontières compte tenu des énormes doses de radioactivité manipulées en médecine nucléaire mais aussi dans les laboratoires de recherche …

Sources : IRSN et World Nuclear News

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