L’avenir de la Zone euro dépend des libéraux allemands

Angela Merkel en campagne en 2013 (Crédits www.GlynLowe.com, licence Creative Commons)

Le parti ordo-libéral, pro-euro, souhaite une gestion rigoureuse des finances publiques et refuse la garantie bancaire européenne. Quel poids aura-t-il dans la future coalition ?

Par Ferghane Azihari.

Après quatre ans d’absence remarquée, les ordo-libéraux du Freie Demokratische Partei (FDP) ont fait leur retour au Bundestag allemand à l’issue des dernières élections. Ils participeront probablement au prochain gouvernement de coalition avec la formation politique d’Angela Merkel (CDU-CSU) et les Verts (Die Grünen).

Certains observateurs s’inquiètent du durcissement « eurosceptique » de la ligne du FDP. Le parti libéral allemand s’oppose aux réformes de la Zone euro notamment proposées par Emmanuel Macron. Il rejette par exemple le besoin de doter l’Union économique et monétaire d’un ministre des Finances et d’une plus grande capacité budgétaire.

Il serait cependant malvenu de voir dans ces réticences le développement d’une ligne eurosceptique.

Les ordo-libéraux allemands sont historiquement de fervents soutiens de l’intégration européenne. Ils le sont sans doute beaucoup plus que la plupart des politiciens d’Europe occidentale, si prompts à pourfendre le protectionnisme le jour tout en vilipendant les travailleurs d’Europe de l’est la nuit.

Signe de son engagement européen, le parti a notamment fait campagne sur l’approfondissement du marché unique dans de nombreux domaines comme le numérique ou l’énergie. Il ambitionne de se poser en gardien du libre-échange face aux replis protectionnistes.

Un parti pro-euro qui veut rassurer les contribuables allemands

Au-delà des questions commerciales, le FDP soutient une Europe de la défense et souhaite faire évoluer l’Union vers davantage de fédéralisme. Il n’est donc pas pertinent de taxer cette formation politique d’euro-scepticisme. Son refus de doter la Zone euro d’une gouvernance plus interventionniste ne traduit que la volonté – légitime – de ne pas faire un chèque en blanc aux États dont la discipline budgétaire laisse à désirer.

Plusieurs lignes rouges sont tracées : refus d’un fonds européen de garantie des dépôts bancaires, rejet d’une assurance chômage européenne obligatoire, volonté de limiter l’usage du mécanisme européen de stabilité et de le conditionner plus strictement à la mise en oeuvre de réformes, fin de la politique des taux bas de la BCE…

Derrière ce programme, une stratégie : rassurer les contribuables et les épargnants allemands, persuadés d’être spoliés par les banques, les États indisciplinés ainsi que par les taux d’intérêt quasi-nuls appliqués par la Banque centrale européenne.

Cette stratégie est loin d’être incohérente sur le plan politique. En lâchant du lest en 2010, 2011 et 2013 par l’institution de dispositifs destinés à mutualiser les risques financiers entre États (MESF, FESF, MES) le gouvernement Merkel II auquel participait le FDP a développé chez les contribuables allemands une frustration qui s’est traduite par la création d’une formation politique — laquelle est, pour le coup, véritablement eurosceptique : l’Alternative für Deutschland (AFD).

Cette formation a su séduire une certaine frange de l’électorat libéral avant de s’engouffrer dans un populisme conservateur et hostile aux étrangers. Pas question pour le parti libéral de répéter les mêmes erreurs.

C’est le respect de l’épargne qui permet les investissements et la croissance

Certains voient cependant dans ce positionnement politique un danger pour l’avenir de la Zone euro en la privant des instruments nécessaires à sa survie. C’est pourtant tout le contraire. La survie de la Zone euro repose essentiellement sur la crédibilité que lui accordent les citoyens européens, crédibilité mise à mal par la stagnation du Vieux Continent.

Ce n’est certainement pas en induisant toujours plus d’aléa moral par la multiplication des prêteurs en dernier ressort et en augmentant la dépense publique à l’échelle européenne que le Vieux Continent sortira de cette stagnation. Renouer avec une croissance soutenue nécessite plutôt l’assainissement des finances publiques, une plus grande sobriété fiscale ainsi que le respect de l’épargne des citoyens pour renforcer l’investissement et l’entrepreneuriat.

La centralisation des politiques budgétaires générerait quant à elle un relâchement de la concurrence et de la discipline fiscales, ce qui n’augure rien de bon dans un continent où la plupart des pays sont déjà lourdement endettés, fiscalisés et dirigés par des gouvernements qui peinent à adopter une gestion rigoureuse.

Reste à savoir si le parti libéral-démocrate sera capable d’inclure les éléments clef de son programme européen dans son contrat de coalition. Il lui sera indispensable de faire des concessions aux Verts et à la CDU-CSU (plus réceptifs aux propositions dirigistes pour la zone euro) pour participer au prochain gouvernement.

La stabilité de la Zone euro dépendra en particulier de la ténacité du FDP et de l’importance qu’il accorde aux questions européennes par rapport aux autres enjeux de politique intérieure.

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