Whirlpool : la loi stupide qui fait fuir les entreprises

Un exemple de la sur-règlementation, adoptée à des fins électoralistes, qui décourage les entreprises à s’implanter dans le pays.

Par B. G.

Peu de gens le savent, mais la réindustrialisation du site de Whirlpool à Amiens est la résultante d’une législation nommée Loi Florange.

Le 24 février 2012, François Hollande en pleine campagne présidentielle visite le site d’Arcelor Mittal à Florange.

Les hauts fourneaux étaient censés fermer ; devant cette opportunité électorale, François Hollande prononça un discours très offensif envers le capitalisme et la finance : il promit d’empêcher par tous les moyens la fermeture des sites rentables. Deux ans plus tard, nos chers parlementaires pondent une loi visant à « reconquérir l’économie réelle ».

En clair, l’objectif est d’obliger les grands groupes fermant des sites à trouver un repreneur. Cette loi complètement démagogique fut retoquée par le Conseil constitutionnel car elle ne respectait pas la propriété privée.

Une loi pour éviter les licenciements et les friches industrielles ?

Le projet de loi a donc été amendé : désormais toute entreprise (hors procédure judiciaire) avec un effectif de plus de 1000 personnes en Union Européenne procédant à une fermeture de site (usine, centre d’appel, etc.) et mettant en place un plan social doit rechercher obligatoirement un repreneur (et non obligatoirement le trouver)  pour voir son PSE (Plan de sauvegarde de l’emploi) homologué par la DIRRECTE (Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), anciennement DDTE. Beaucoup diront qu’il s’agit d’une bonne loi pour éviter licenciements et friches industrielles.

Je vais tâcher de prouver le contraire (ce n’est pas très difficile). Premièrement, il s’agit d’une rustine, qui vise à empêcher les suppressions d’emploi ; nous n’agissons pas sur la cause (fiscalité et réglementation trop lourdes engendrant du chômage) mais sur les conséquences (la fermeture de site et la désindustrialisation).

Dans une économie d’innovation, la destruction créatrice est normale et souhaitable : mettre des barrières à la destruction empêche la libération des facteurs productifs vers des activités plus rentables et donc créatrices de valeur et d’emplois. Deuxièmement, les patrons cotisent, et donc ont déjà payé des assurances sociales pour couvrir le risque de perte d’emplois.

Extorsion légale

La loi oblige l’entreprise à rechercher des repreneurs puis à tout mettre en oeuvre pour qu’ils s’implantent sur le site. Cela passe donc par des financements privés, dans le cas de Whirlpool, l’entreprise américaine ayant mis plus de 20 millions d’euros sur la table pour financer le projet du repreneur (bien joué à lui).

Il s’agit d’une pure extorsion sur l’entreprise, des fonds privés sont encore une fois sollicités pour pallier notre système économique et social complètement défaillant. En économie, il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas.

Emmanuel Macron se félicite de sauver des emplois grâce au dialogue social (alors qu’il s’agit bien d’une obligation légale) mais combien d’entreprises n’ont pas voulu investir dans notre pays du fait de cette sur-réglementation ?

Créer des barrières à la sortie est un facteur de risque et augmente automatiquement le coût du capital exigé par les investisseurs. Imaginer que ces derniers ne prennent pas en compte le maquis social et réglementaire est erroné ; il se passera du temps avant que Whirlpool réalloue prioritairement des capitaux en France.

Cet exemple illustre très bien les maux de notre pays : site non rentable, réglementation, coup de pression des politiques, stigmatisation des entreprises. De plus, les syndicats de Whirlpool tentent de bloquer le PSE et peuvent donc mettre un terme à la reprise du site. Non, ce cas n’est pas une réussite, je vous l’assure.