Loi « Photoshop » : c’est officiel, l’État français vous prend pour des abrutis

Voilà : grâce à la loi imposant d'indiquer qu'une image est retouchée avec Photoshop, l’État montre clairement qu'il prend ses citoyens pour des imbéciles.
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Loi « Photoshop » : c’est officiel, l’État français vous prend pour des abrutis

Publié le 6 octobre 2017
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Voilà, c’est fait, c’est clair, net et précis : l’État français vient de franchir le point de non-retour où il lui était encore possible de prétendre ne pas prendre les citoyens français pour des abrutis. Depuis le premier octobre, il est officiellement impossible pour l’État, le gouvernement, les députés et toute leur clique institutionnelle de prétendre croire à l’intelligence des Français : depuis ce dimanche, il est maintenant obligatoire de signaler au public les retouches qui auront été faites sur les photos commerciales.

Soyons honnête : il était plus que temps que le législateur se penche sur cette épineuse question des photos retouchées et ce décret apporte enfin une vraie solution à un problème brûlant.

D’un côté, les principaux soucis du pays, depuis le chômage jusqu’à la désindustrialisation en passant par la pauvreté, le terrorisme et les problèmes de logements sont tous déjà amplement résolus depuis l’avènement d’Emmanuel Macron, Messie Cosmogonique et Républicain. D’un autre côté, la recherche du Bonheur Total et Complet ne peut se passer d’une saine réflexion sur les images que nous voyons tous les jours et sur l’absolue nécessité d’offrir à tous une publicité saine pour des esprits sains dans des corps pétillants de santé, ni trop sucrés, ni trop salés, ni trop gras, pour votre santé bougez plus, fumer tue, ralentissez enfants, il fait chaud je m’hydrate.

Il était donc aussi logique qu’inévitable que soit enfin abordée cette abominable dérive de notre société qui consiste à retoucher massivement des photos qui transforment des êtres banals en elfes féeriques et autres licornes merveilleuses sans que personne ne se doute de rien. L’objectif de ce nouveau décret — qui tire son origine de la « loi Mannequin » de 2016 et est donc en application depuis le premier octobre — est de lutter contre l’abominable diktat de la minceur (mais pas contre celui de la bêtise, ce serait nettement plus compliqué) en faisant ajouter une mention obligatoire du style « photo retouchée » au bas de l’image commerciale en question. Si l’on y adjoint les habituelles mentions concernant l’alcool, le mangibougisme, la loi Toubon et les précautions d’usage, on va arriver à une somme proprement impressionnante de petits astérisques et renvois en bas d’image sur un paquet de mentions qui n’auront rien à envier aux notices pharmaceutiques de médicaments génériques à formule variable.

L’idée n’est pas nouvelle puisqu’elle hante les couloirs de l’Assemblée depuis plusieurs années. On se souvient qu’en 2009, déjà, l’idée avait pris forme dans un projet de loi qui sera concrétisé par une loi en 2016, et dont le décret d’application vient juste de sortir. Au passage, admirez la rapidité d’action globale de notre belle République : il faut moins de huit ans à une idée idiote consistant à prendre les citoyens pour des buses pour passer de l’état de gribouillis informes sur une serviette en papier de la cantine de l’Assemblée à un décret d’application consternant ! On peut d’ailleurs se réjouir de cette médiocre performance sans laquelle les sprinklers à débilités législatives seraient ouverts à fond et auraient déjà noyé tout le peuple français sous l’avalanche de cerfas.

Fondamentalement, difficile de ne pas comprendre que la marche vers l’abrutissement des masses continue donc, sans le moindre ralentissement. Et si les pas ne s’accompagnent pas de bruits de bottes parce que les fascistes du moment ont appris à utiliser les patins de la morale, ils n’en sont pas moins cadencés comme toute armée en route vers un destin funeste.

En effet et comme je le notais déjà en 2009, toute l’idée de base de cette consternante législation consiste à faire comprendre aux abrutis que nos députés appellent citoyens par-ci, contribuables par-là, et usagers le reste du temps, que lorsqu’une gonzesse à moitié nue vend une voiture ou du chocolat, il se pourrait bien qu’en réalité, ses courbes invraisemblables de bonasse rebondissante soient en réalité un peu bidon et que la réalité palpable soit (au choix) trop plate ou trop charnue. Il partent probablement du principe qu’utiliser des gonzesses à poil pour vendre des crèmes glacées – qui pousseraient leurs consommatrices à une extase orgasmique – ou pour écouler des bagnoles – en faisant croire au possesseur qu’il sera un meilleur chasseur de bisons sur le périphérique – , ça marche.

C’est bien évidemment parfaitement ridicule : qui ne connait pas le mâle moyen qui achète un véhicule sur des critères terriblement terre-à-terre comme la consommation en ville ou le volume du coffre arrière ? Ou des femmes qui ont osé le bête bac d’un litre de Carte d’Or au lieu d’une demi-douzaine de Magnum Chocolat parce que bon, c’est tout de même foutrement cher leurs glaces à orgasme, zut à la fin ?

L’angle choisi consistera donc à ne pas mettre en exergue le fait, trop évident, que les retouches influenceraient nos comportements pour les consommations courantes (impossible à prouver et du plus haut ridicule, en réalité), mais, plus subrepticement, modifieraient durablement notre perception de la normalité au point de pousser certains ou certaines à l’anorexie.

Paf. L’idée est lâchée, le développement qui s’ensuit est évident : à force de mannequins trop maigres, certains se laissent prendre par la pression sociale et refusent de se nourrir correctement. Et même si réduire l’anorexie à cette caricature devrait largement faire pousser des cris à ceux qui en sont victimes, ça marche : huit ans plus tard, des petites mentions vont apparaître dans les magazines (sinon, bing, amende).

Tout ceci est tout à fait cohérent. Outre que prendre les contribuables, les électeurs, les citoyens pour des abrutis est déjà largement ancré dans les mœurs (et à raison : politiquement, ça rapporte), on va pouvoir faire du bon gros sexisme sans que personne n’y trouve à redire, en laissant bien comprendre que les femmes sont influencées par la publicité alors que les hommes, nettement moins.

Difficile en effet de trouver une seule association, un seul article pour dénoncer l’anorexie provoquée par des mannequins hommes trop maigres, chez les hommes. Difficile de dégoter un reportage qui présenterait des hommes étiques aux traits émaciés indirectement responsables de l’anorexie de Kevin ou de Robert. Il est vrai qu’on ne trouve pas plus d’enquêtes sur un développement dangereux des salles de musculation anarchiques ou la multiplication des maladies de foie et de reins chez certains bodybuilders interlopes adeptes du grignotage de pilules stupéfiantes (et métaboliquement risquées).

En réalité, cette loi et ce décret viennent s’ajouter à la tendance globale qui, en prenant les individus pour d’insondables abrutis incapables de faire la part des choses, crée une confusion générale grandissante et contre-productive. Le sexisme c’est mal, sauf quand on parle anorexie ; la liberté d’expression est indispensable, sauf lorsqu’on a des idées à contre-courant ; il ne faut surtout pas manger trop sucré, trop salé, trop gras, sauf lorsqu’on regarde des mannequins retouchés au Photoshop, auquel cas évitez l’anorexie et reprenez deux fois du cassoulet…

Encore une fois, l’État-nounou, incapable de régler les vrais problèmes de pauvreté, de chômage et de violence qu’il a créés par son intervention brouillonne tous azimuts, s’emploie à réfléchir pour vous et vous protéger de dangers chimériques par la multiplication de petits panneaux signalétiques et de drapeaux anti-girafes (qui marchent bien : regardez, il n’y a aucune girafe en France).

Forcément, ça va bien marcher.


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  • Les photos de Brigitte Macron vont alimenter la polémique, l’Elysée osera t’il signaler les retouches?

    • @francis
      Excellent ?

    • Les retouches ont été faites directement sur le sujet, avant photo.

      • Etant dans l’informatique je trouve que c’est la meilleure des optimisations possible : on fait les corrections une seule fois, à la source.

      • La prochaine étape, c’est de devoir se balader dans la rue avec un panneau qui affiche toutes les retouches faite sur soi : mes jambes qui ont l’air de soie, c’est des bas ; mes beaux cheveux bruns, c’est de la teinture ; mon ventre plat, c’est une lingerie gainante ; mon nez parfait, c’est de la chirurgie esthétique, etc, etc…

  • Il serait très utile de faire une loi qui oblige à mentionner l’usage d’un maquilleur(se), coiffeur(se) en amont de la prise de vue et de tous les professionnels qui contribuent à nous abuser visuellement savamment et sauvagement!!! En voila des vilains pas beau…

  • En fait, il faudrait également interdire le maquillage pour tous les journalistes et, bien évidemment, politiciens lorsqu’ils nous font l’insigne honneur de nous parler par le biais de la petite lucarne. C’est vrai quoi, après on ne les reconnaît plus lorsqu’on les croise dans la rue.

  • « L’angle choisi consistera donc à ne pas mettre en exergue le fait, trop évident, que les retouches influenceraient nos comportements pour les consommations courantes (impossible à prouver et du plus haut ridicule, en réalité), mais, plus subrepticement, modifieraient durablement notre perception de la normalité au point de pousser certains ou certaines à l’anorexie. »
    Evidemment, puisque c’est « la faute à la Société » (de consommation pour sûr). Du coup, l’Etat-nounou nous protège de tout et de rien (surtout), pense pour nous, règle nos vies au micron maintenant, brèf nous prend en charge. Si nous sommes à sa charge, nous sommes tels des enfants, dont nos responsables légaux sont… les hommes d’Etat qui nous rendent irresponsables. Il est tout de même étrange que la marée-chausseée vienne encore frapper à portes et nous volent nos bonbons durement gagnés pour faire vivre l’Etat ! Le travail des enfants est interdit (ou presque) en France. Cependant, nos responsables en chef, irresponsables finis, ne sont jamais inquiétés pour les mauvaises conduites que nous pouvons avoir.

    • Sauf qu’il ne nous protège pas des terroristes islamiques, qui ne sont que des déséquilibrés selon lui!

      • @Virgile
        Bonsoir,
        C’est pourquoi j’ai marqué « l’Etat-nounou nous protège de tout et de rien (surtout) ».
        Les terroristes sont des déséquilibrés engendrés par la Société : tout ce qui va de travers est de sa faute.

  • Je crois que j’aurais pas pu écrire mieux, j’ai adoré le second degrés et le cynisme de ce papier…

  • Mais les français sont des abrutis! La preuve ils ont élu Macron, le clone de Hollande, responsable du bilan désastreux avec 1,1% de croissance en 2016 et 1 million de chômeurs supplémentaires. Il ne faut donc pas s’étonner s’il ne fait que se foutre du monde!

  • Juste un mot pour dire que Photoshop qui va fêter ses 28 ans – comme Brigitte – est en situation de monopole sur le marché des logiciels de retouche d’images. Et vu l’ouverture du marché des logiciels je trouve cela très étonnant.

    • Monopole?
      Photoshop a au moins un concurrent de qualité: « Gimp » qui est gratuit.

      • Et il y a au moins une demi-douzaine de concurrents divers, sur toutes les plateformes majeures… Drôle de monopole.

        • J’entends par cela qu’il n’existe aucune alternative crédible, et depuis longtemps. Affinity Photo, Luminar, Gimp et autre PaintShop n’ont pas le quart des fonctionnalités offertes par Photoshop.

          • @Funky Monkey
            Bonsoir,
            « Photoshop » est donc prédominant sur le marché. C’est ce qu’on appelle la concurrence. Vu qu’en plus « Photoshop » est payant, il ne manquerait plus qu’il soit surclassé par des produits gratuits. Les penseurs de cette entreprise doivent prendre en compte les souhaits de des clients, et/ou intégrer des fonctions qui au final, même sans requête de clients, améliorent le produit. Ce que ne font pas les grosses têtes pensantes administratives.
            Un monopôle implique un gros soutien de l’Etat. De ce que j’en sais, « Photoshop » n’est pas obligatoire.

      • Il faut être sérieux, alors oui GIMP est gratuit, mais vous comparer une trottinette cassée (c’est bourré de bugs) à une grosse berline allemande.

        • Je n’ai pas constaté de « bugs » dans les versions récentes de Gimp sous Linux que j’utilise (et qui offrent même quelques bonnes surprises) mais il faut apprendre à s’en servir, ce qui peut être plus difficile pour les victimes d’une pratique excessive de Photoshop.

  • Euh, personnellement, je considère que l’année zéro du foutage de gueule, celle où l’Etat a commencé vraiment à nous prendre pour des imbéciles, c’est l’année où l’on a créé la direction de la sécurité routière (1972) qui nous a seriné pendant 45 ans que les radars sauvent des vies, alors que c’est grâce aux progrès techniques réalisés par les constructeurs automobiles que nous devons nos routes plus sécures…
    C’est à peu près à la même époque que l’Etat nounou a pris son essor, en nous inculquant, pour notre bien, et à grands coups de PV, l’amour de la ceinture de sécurité et du casque, premier coin moderne enfoncé dans nos libertés individuelles.

  • Il parait que Martine Aubry, Emanuelle Coste, Raquel Garrido, Cécile Duflot, Gérard Larcher, Michel Sapin … ont soutenu ardemment ce texte de loi. On ne sait pas pourquoi..

  • « Outre que prendre les contribuables, les électeurs, les citoyens pour des abrutis est déjà largement ancré dans les mœurs »
    Tout va trop vite et bien des citoyens n’ont guère le temps de faire l’analyse critique qui s’impose avant de diffuser des pièces reçues sur leurs mails. Et pourtant combien de ces pièces ne sont que des montages bidons. Je n’ai pas lu le texte de Loi mais je crois qu’il faudrait prévoir que toute photo publiée soit certifiée lieux et date, car nous avons trop vu à l’appui d’un événement précis des photos d’un événement, lieu ou personnages, pris dans d’autres circonstances et faussant complètement la compréhension du visionneur.

  • Mon commentaire semble ne pa être passé et je le renouvelle.
    Je ne connais pas cette loi mais je suggère que les photos publiées soient certifiées lieux et date car on voit trop de photos décalées dans le temps ou l’espace à l’appui d’informations tronquées.

  • Ils n’ont que cela à foutre ces courges ! Pendant ce temps là le pays se meurt

    • @marie210917
      Bonjour,
      Apparemment oui, ils n’ont que cela à faire. Ainsi que réguler le fait de pouvoir transférer ses congés à un collègue de travail. Il n’y avait rien qui l’interdisait, du coup ils ont pondu et voté devatnt cette urgence vitale un texte pour cadrer cette liberté.

  • Perso j’ai connu un gars a qui il manqué quelques heures de cuisson qui regardait les photos sur les catalogues les dames en vêtements ou en sous vêtements comme « la Redoute » et qui croyait que l’on achetait l’article et le modèle.
    D’autre part amusez vous à rester quelques minutes devant le rayon des hebdomadaires à lire tous les titres des magazines comme « Ici Paris, Closer, Match etc », et regardez les acheteuses de ces journaux.
    Rien qu’a voir leur soucis et les drames que vivent toutes nos célébrités je suis heureux d’être en citoyen lambda.
    Une chanson résume cet état de voyeurisme cupide c’est JJ Goldmann dans « elle vit sa vie par procuration »

  • Navrant … pour les rides de Brigitte
    Attention, à la lecture des commentaires tout ce qui concerne le maquillage et le coiffeur coûtent la peau des fesses à l’état …
    Au passage c’est une loi …. fondatrice … pour ce quinquennat et bienvenue dans cette république de branquignoles … l’avenir est lisse et sans rides …

    • La peau des fesses en haut de l’Etat, d’après la théorie du ruissellement, c’est la peau des couilles pour le contribuable.

  • Les commentaires sont fermés.

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