Macron l’Européen : l’Acropole position

Emmanuel Macron By: OFFICIAL LEWEB PHOTOS - CC BY 2.0

Singulier discours que celui prononcé par Jupiter/Zeus lui-même au pied de l’Acropole il y a dix jours. Propos abondamment relayé, peu lu et encore moins compris !

Par Serge Federbusch.

Il faut dire que la logorrhée et l’amphigouri présidentiels ne facilitent pas la tâche de l’exégète. On pourrait par snobisme faire référence aux mots tout aussi choisis de galimatias, phébus ou charabia.

Tous sont les marques de fabrique des discours macroniens. Quelques exemples glanés presque au hasard : « C’est ce qui nous tient réunis et évite les divergences qui nous éclatent » ou le tout aussi savoureux : « Choisissons une autre voie, une troisième, la voie inventée ici, la voie inventée à l’endroit même où nous nous trouvons ».

Bien, passons sans trop nous attarder au contenu malgré l’opacité du contenant…

La grande ambition de Macron

Emmanuel Macron veut « Refonder l’Europe avec un budget de la zone euro, avec un véritable responsable exécutif de cette zone euro et un parlement de la zone euro devant lequel il devra rendre compte». Grande ambition ! Pour cela, il rejette le principe d’un referendum qui présente pour lui l’inconvénient qu’on y réponde par oui ou par non ce qui ne serait évidemment pas démocratique.

Les «Riens» et autres peuplades de «Sans dents» sont facilement victimes, c’est bien connu, de méchants populistes qui refusent le vivre-ensemble en les dressant contre les nobles causes que les technocrates leur présentent. Oui ou non : pourquoi diable poser une question simple quand on peut construire des usines à gaz compliquées ?

Discuter de l’Europe

En lieu et place de ces dangereux référendums, Macron propose donc que :

Partout où les dirigeants choisiront de suivre cette voie, et je le souhaite avec ardeur, dans chacun des États membres, nous puissions pendant six mois organiser des consultations, des conventions démocratiques qui seront le temps durant lequel partout dans nos pays nos peuples discuteront de l’Europe dont ils veulent.

Et que se passera-t-il après ces six mois de discussion qui devraient selon ses vœux s’ouvrir durant le premier semestre 2018 ?

Par ces conventions démocratiques … débattons de cette feuille de route que les gouvernements auront construite dans ses principes et retrouvons-nous six mois plus tard pour en faire la synthèse et sur cette base, débattue, partagée par des débats sur le terrain, par des débats numériques partout en Europe, construisons ce qui sera le fondement d’une réinvention de notre Europe pour les dix ans, les quinze ans, qui viennent.

Grande synthèse jupitérienne

En résumé, les gouvernements proposeront des débats sur des thèmes qu’ils définiront et encadreront et, par le miracle d’Internet et dans la plus parfaite transparence, un public indéterminé aura ensuite la satisfaction d’en lire une synthèse qui s’imposera à tous avant d’être ratifiée par on ne sait qui.

On connaît déjà du reste ladite synthèse puisque son Grand inspirateur olympien l’a formulée : un parlement de la zone euro et un responsable exécutif qui va avec. Autant aller directement à la conclusion !
Comme exemple d’opaque transparence, on ne fait pas mieux. Tiens, tiens … un oxymore, encore un mot d’origine grecque.

Filet à parlotes

Les chefs qui croient nous gouverner tiendront donc tous les bouts de ce filet à parlotes : ils poseront les questions et synthétiseront les réponses. Il s’agit surtout d’éviter que la dépossession démocratique ainsi parachevée sous les yeux effarés d’une Europe enlevée par Jupiter n’apparaisse dans un jour trop cru.

Macron espère-t-il, dans une manière de fuite en avant, trouver un sol nouveau quand la terre française de ses ambitions sera brûlée par ses piètres résultats ? Pour rester dans d’hellènes références, on dira qu’il risque d’ouvrir une boîte de Pandore en espérant escamoter le débat.

Si tant est que ces conventions presque démocratiques soient un jour réunies, elles tourneront vite au verbiage et finiront en cahiers de doléances, ceux-là même qui portèrent jadis les orages pétitionnaires.

Jupiter est beaucoup plus révolutionnaire qu’il ne le croit lui-même ! Dommage que, d’ores et déjà, Junker et Merkel ont renvoyé ces sublimes tirades aux calendes de Périclès.

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