Loi de finances 2018 : le retour au faux débat

Avec le vote de la loi de finances, nous verrons l’éternel retour du débat entre politique de relance keynésienne et politique du respect des engagements européens. C’est un leurre.

Par Francis Pérani.

Vers un débat gauche – gauche lors de la prochaine présentation du budget de l’État

La prochaine loi de finances 2018 qui sera présentée en Conseil des ministres à la fin du mois va une fois de plus illustrer la continuité socialiste du gouvernement actuel. Nous n’aurons pas de virage libéral puisque ce n’était même pas dans le projet des dernières campagnes électorales.

Au contraire, nous verrons l’éternel retour du débat entre politique de relance keynésienne et politique du respect des engagements européens. Le clivage que mettront en avant les médias sera donc un clivage gauche/ gauche.

Le déficit de l’État est de 18%, ce qui est calamiteux

Pour que les mots gardent un sens, on peut dire que 69 milliards sur 382 milliards de dépenses, cela fait un déficit de 18%. Lorsqu’on parle du fameux seuil de 3% imposé par l’Europe, et si peu respecté par les gouvernements français, il s’agit du rapport entre le déficit budgétaire (recettes moins dépenses) et le PIB. Cet indicateur est donc dérivé du déficit budgétaire mais ne lui correspond pas au sens strict du terme.

Ne pas vouloir appeler un chat un chat en dit long sur le déni de nos gouvernants mauvais gestionnaires. On peut comprendre que ce n’est pas agréable d’afficher une performance régulièrement dans le rouge chaque année. Le silence des medias est moins compréhensible, sauf à considérer que la lutte contre le déficit étant un sujet tabou, il est préférable de l’ignorer.

La contrainte européenne étant de rester tout juste sous la barre des 3% sur PIB, on peut être sûr que le budget 2018 restera à un niveau de déficit comparable à celui de 2017 et donc autour de 18%. La mauvaise gestion demeure une continuité du pouvoir, qu’il soit de gauche ou de gauche.

Des polémiques médiatiques

Les thèmes sont déjà posés : hausse de la CSG, et en même temps suppression des cotisations maladie et chômage, quasi suppression de la taxe d’habitation, réaménagement de l’ISF, hausse de la fiscalité sur l’assurance vie et le PEL, baisse de l’impôt sur les sociétés, hausse de la taxe carbone, etc.

Le problème ne sera pas abordé de manière stratégique, on ne se posera pas la question de savoir comment retrouver un budget en équilibre ou mieux encore, un budget en équilibre et en baisse. La pièce est montée pour qu’on s’agite sur des chiffons rouges catégoriels selon un savant mélange de symboles de gauche et de droite.

On se perdra ainsi dans des polémiques sur l’ISF avec des invectives prévisibles de la France Insoumise qui parlera de président des riches. Les Républicains s’agiteront sur la défense des retraités touchés par la hausse de la CSG. Les barons locaux crieront famine face à l’exonération massive de la taxe d’habitation. Les catégories soignées par ce toilettage fiscal (entreprises, jeunes, travailleurs, écolos bobos) défendront le gouvernement en lui conservant son 20 à 30% de soutien dans les sondages.

Poursuite de la dette

La France n’a plus le pouvoir souverain d’émettre de la monnaie pour produire de l’inflation et rembourser ses dettes en monnaie de singe. Profitant de taux d’intérêts anormalement bas, elle continue son chemin vers un endettement de 100% de sa production au rythme d’un déficit annuel d’un cinquième de ses dépenses. La France voudrait être prise au sérieux comme l’Allemagne mais sa gestion keynésienne la condamne pour l’instant à de la figuration bruyante sur la photo européenne.

À 46% de niveau de prélèvements obligatoires par rapport au PIB, il n’y a aucune marge de manœuvre du côté fiscal pour continuer à alimenter la musique du toujours plus.

Chaque catégorie voudrait plus d’État et moins de taxes. Pour faire plaisir à sa clientèle électorale, seul le redéploiement est possible, et c’est ce à quoi nous assistons : un peu moins pour les retraités, un peu plus pour les travailleurs, un peu moins pour les riches rentiers, un peu plus pour les riches entrepreneurs, un peu moins pour les générations futures (dette), un peu plus pour les entreprises…

Un plan crédible pour éliminer le déficit et arrêter le gonflement de la dette

C’est ce qu’on ne verra pas lors de la prochaine présentation du budget 2018. Comment sauver 70 milliards sur un budget d’environ 385 milliards, sachant qu’on ne peut pas toucher aux charges d’intérêt ni aux contributions européennes et que beaucoup de promesses électorales ont été faites ?

Ne pas se poser la question c’est éviter le spectre libéral de la coupure des coûts et des privatisations. Tant que nous ne sommes pas au fond du gouffre pourquoi chercher à se redresser en quittant le socialisme ? La musique du déficit peut alors se poursuivre jusqu’à ce que la remontée des taux d’intérêts et l’insolvabilité y mettent fin un jour prochain.