Idée reçue : « Un groupe qui réalise des bénéfices ne devrait pas pouvoir licencier »

CC BY-SA 3.0 Nick Youngson

Interdire les licenciements d’entreprises qui réalisent des profits constitue un raccourci intellectuel dangereux.

Par Eddie Willers.

De façon relativement régulière nous retrouvons l’affirmation suivante dans les programmes de l’extrême-gauche : “interdiction des licenciements si la société réalise des profits”. Voyons pourquoi une telle affirmation méconnaît les règles élémentaires de la finance et dénote d’une incompréhension de l’origine de la création de valeur.

Comptabilité : des stocks et des flux

Si vous avez suivi des cours de comptabilité, vous avez dû apprendre très vite qu’il existait deux types de documents permettant d’évaluer la santé financière d’une société : le compte de résultat et le bilan. Le compte de résultat détermine quelle a été la création de richesse au cours d’une période donnée (souvent un an). Le bilan, lui, établit la situation patrimoniale de la société à un instant t.

Les deux documents se complètent et ne se lisent que rarement de façon séparée. Ainsi une société peut réaliser d’importants bénéfices/profits que nous assimilerons au résultat net dans une sémantique comptable, pour autant sa situation bilancielle peut s’avérer bien plus compliquée.

Imaginons qu’elle doive faire face à une montagne de dettes, ses profits ne suffiront parfois pas à faire face à ses échéances de remboursement. Nous décelons donc ici une première erreur dans le raisonnement de certains militants d’extrême-gauche. En voulant séparer compte de résultat et bilan, ils oublient certaines réalités économiques, à savoir qu’une société peut faire des profits mais se trouver à cours de trésorerie.

Dans le meilleur des cas, elle obtiendra un rééchelonnement de sa dette, dans le pire elle se retrouvera en liquidation. Mais même dans le cas d’un rééchelonnement de sa dette, elle devra réaliser des ajustements. Une incapacité à faire face à ses échéances montre que l’on a vécu au-dessus de ses moyens, parfois en recrutant de trop nombreuses personnes. Le rééchelonnement d’une dette constitue dès lors l’occasion de corriger ses erreurs.

Un salarié, ça rapporte et ça coûte

La deuxième erreur fondamentale du raisonnement indiqué en introduction réside dans l’incapacité à considérer les salariés comme des ressources. Un salarié n’est engagé que parce qu’à l’origine, son employeur pense qu’il lui rapportera plus qu’il ne lui coûtera (c’est la définition d’une ressource). Or il arrive que certains salariés coûtent en réalité plus cher qu’ils ne rapportent à la société du fait de leur plus faible productivité. À l’inverse, d’autres rapportent bien plus qu’elles ne coûtent. Il est dès lors logique qu’un basculement s’opère et que l’on privilégie le salarié productif à celui qui l’est moins.

C’est ce qui se passe dans le cadre d’une délocalisation. Les salariés français ne sont pas jugés suffisamment productifs au regard de leur coût lorsqu’ils sont comparés à d’autres travailleurs ailleurs sur la planète. Cela est dû à une multitude de facteurs allant des talents de chacun au niveau d’imposition et de charges sociales, mais cela demeure une réalité. Et à mon sens, on ne peut pas critiquer une entreprise qui essaie de gérer au mieux les ressources à sa disposition.

L’entreprise est plus risquée que le salariat

Enfin, nos militants d’extrême-gauche pensent qu’une société ne devrait faire aucun profit car seuls les travailleurs sont créateurs de richesse. Toute différence entre les revenus et les coûts correspond donc à un manque à gagner pour les salariés qui n’ont pas été rétribués à leur juste valeur. Là encore, imaginer que la richesse ne provient que des salariés est une insulte à tous les auto-entrepreneurs de France et aux sociétés sans employés. Ces personnes et sociétés sont la preuve vivante que l’on peut créer des profits sans salarié. Il faut néanmoins accepter de prendre d’immenses risques en se lançant dans l’aventure entrepreneuriale : la rémunération de ce risque provient de la capacité à pouvoir capter les profits (lorsqu’ils existent). Et n’oublions pas qu’il faudra également assumer les pertes si elles interviennent.

Vouloir encadrer les profits revient à diminuer la rémunération du risque et limite donc l’incitation à créer une société et à innover. Pourquoi se donner du mal pour mieux répondre aux besoins de ses semblables si on me prend tout ?

Pour ces trois raisons, à la fois techniques et philosophiques, interdire les licenciements d’entreprises qui réalisent des profits constitue donc un raccourci intellectuel dangereux.

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