Idée reçue : « Un groupe qui réalise des bénéfices ne devrait pas pouvoir licencier »

Interdire les licenciements d’entreprises qui réalisent des profits constitue un raccourci intellectuel dangereux.

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Idée reçue : « Un groupe qui réalise des bénéfices ne devrait pas pouvoir licencier »

Publié le 29 août 2017
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Par Eddie Willers.

De façon relativement régulière nous retrouvons l’affirmation suivante dans les programmes de l’extrême-gauche : “interdiction des licenciements si la société réalise des profits”. Voyons pourquoi une telle affirmation méconnaît les règles élémentaires de la finance et dénote d’une incompréhension de l’origine de la création de valeur.

Comptabilité : des stocks et des flux

Si vous avez suivi des cours de comptabilité, vous avez dû apprendre très vite qu’il existait deux types de documents permettant d’évaluer la santé financière d’une société : le compte de résultat et le bilan. Le compte de résultat détermine quelle a été la création de richesse au cours d’une période donnée (souvent un an). Le bilan, lui, établit la situation patrimoniale de la société à un instant t.

Les deux documents se complètent et ne se lisent que rarement de façon séparée. Ainsi une société peut réaliser d’importants bénéfices/profits que nous assimilerons au résultat net dans une sémantique comptable, pour autant sa situation bilancielle peut s’avérer bien plus compliquée.

Imaginons qu’elle doive faire face à une montagne de dettes, ses profits ne suffiront parfois pas à faire face à ses échéances de remboursement. Nous décelons donc ici une première erreur dans le raisonnement de certains militants d’extrême-gauche. En voulant séparer compte de résultat et bilan, ils oublient certaines réalités économiques, à savoir qu’une société peut faire des profits mais se trouver à cours de trésorerie.

Dans le meilleur des cas, elle obtiendra un rééchelonnement de sa dette, dans le pire elle se retrouvera en liquidation. Mais même dans le cas d’un rééchelonnement de sa dette, elle devra réaliser des ajustements. Une incapacité à faire face à ses échéances montre que l’on a vécu au-dessus de ses moyens, parfois en recrutant de trop nombreuses personnes. Le rééchelonnement d’une dette constitue dès lors l’occasion de corriger ses erreurs.

Un salarié, ça rapporte et ça coûte

La deuxième erreur fondamentale du raisonnement indiqué en introduction réside dans l’incapacité à considérer les salariés comme des ressources. Un salarié n’est engagé que parce qu’à l’origine, son employeur pense qu’il lui rapportera plus qu’il ne lui coûtera (c’est la définition d’une ressource). Or il arrive que certains salariés coûtent en réalité plus cher qu’ils ne rapportent à la société du fait de leur plus faible productivité. À l’inverse, d’autres rapportent bien plus qu’elles ne coûtent. Il est dès lors logique qu’un basculement s’opère et que l’on privilégie le salarié productif à celui qui l’est moins.

C’est ce qui se passe dans le cadre d’une délocalisation. Les salariés français ne sont pas jugés suffisamment productifs au regard de leur coût lorsqu’ils sont comparés à d’autres travailleurs ailleurs sur la planète. Cela est dû à une multitude de facteurs allant des talents de chacun au niveau d’imposition et de charges sociales, mais cela demeure une réalité. Et à mon sens, on ne peut pas critiquer une entreprise qui essaie de gérer au mieux les ressources à sa disposition.

L’entreprise est plus risquée que le salariat

Enfin, nos militants d’extrême-gauche pensent qu’une société ne devrait faire aucun profit car seuls les travailleurs sont créateurs de richesse. Toute différence entre les revenus et les coûts correspond donc à un manque à gagner pour les salariés qui n’ont pas été rétribués à leur juste valeur. Là encore, imaginer que la richesse ne provient que des salariés est une insulte à tous les auto-entrepreneurs de France et aux sociétés sans employés. Ces personnes et sociétés sont la preuve vivante que l’on peut créer des profits sans salarié. Il faut néanmoins accepter de prendre d’immenses risques en se lançant dans l’aventure entrepreneuriale : la rémunération de ce risque provient de la capacité à pouvoir capter les profits (lorsqu’ils existent). Et n’oublions pas qu’il faudra également assumer les pertes si elles interviennent.

Vouloir encadrer les profits revient à diminuer la rémunération du risque et limite donc l’incitation à créer une société et à innover. Pourquoi se donner du mal pour mieux répondre aux besoins de ses semblables si on me prend tout ?

Pour ces trois raisons, à la fois techniques et philosophiques, interdire les licenciements d’entreprises qui réalisent des profits constitue donc un raccourci intellectuel dangereux.

Sur le Web.

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  • Oui… Mais pouvez-vous le dire un peu différemment?
    J’envisageais de passer votre article, excellent, à des amis « de gauche »… Mais vous avez laissé au moins un « mot chiffon rouge », et cela les bloquera instantanément…
    Ce mot est banal pour vous, mais il faut le remplacer par un synonyme si vous voulez simplement être _lu_ par ceux que vous/nous voulez/voulons convaincre..
    C’est le mot PROFIT ! Banal pour vous, essentiel bien-sûr, mais chiffon rouge devant la gauche. IL FAUT trouver un synonyme ou une autre façon de dire la même chose.
    C’est important; sinon vous ne serez même pas lu! S’il-vous-plaît, allez « un pas plus loin », et bravo !

    • Vous devez apprendre à vos amis que le profit, sous forme de dividende ou de plus-value de cession, est la rémunération normale du capital, de même que le salaire est la rémunération normale du salarié. Vous devez apprendre à vos amis qu’investir, c’est travailler. Prendre des risques en investissant son argent, c’est travailler. C’est même une des activités humaines les plus utiles à la société car sans capital investi, il ne peut exister d’emplois, donc de salaires, ni par suite d’impôts qui financent les emplois publics.

      Il ne faut surtout pas trouver de synonyme mais continuer à marteler la réalité jusqu’à ce qu’elle s’impose. Quels que soient leurs chiffons rouge, c’est à vos amis de s’adapter à la réalité, non l’inverse. La réalité ne se négocie pas.

  • Ouche… que d’erreurs dans cet article… je ne sais par où commencer.

    Le résultat net (puisque c’est le terme employé ici dans le 3ème paragraphe) inclut le remboursement des échéances de la dette, et donc une dette élevée ne change pas le signe du résultat net… puisqu’elle est déjà dedans.

    Ce qui peut modifier la perception du résultat net, ce sont entre autres (mais il y en a d’autres) les pertes ou profits exceptionnels : respectivement par exemple perte d’un procès, vente d’un actif, ce dernier point, comme le dit l’article se verra dans le bilan (actif/passif). D’autres façons : augmenter les stocks (légal) survaloriser les stocks (illégal) etc…

    Une étude assez simple permet de facilement cerner si une activité est bénéficiaire ou pas et ce grâce aux soldes intermédiaires de gestion dont l’EBITDA par exemple.

    L’article passe à coté du point primordial, c’est que ces entreprises dont on parle au niveau des licenciements, ont en général plusieurs activités et en divers lieux. Le résultat net global peut très bien être positif, mais une ou des activités peuvent être déficitaires et à ce titre elles plombent le résultat global : des salariés vivent aux dépens d’autres. Leur viendrait-il à l’idée de donner 1000€ par mois à des gens qu’ils ne connaissent pas ? C’est pourtant ce qu’ils font.

    Et ce faisant ils plombent leur propre avenir car le résultat déficitaire d’une activité obère les capacités d’investissement des activités qui génèrent des bénéfices : un nouvel entrant sur l’activité bénéficiaire ne sera, lui, pas handicapé.

    Hors délocalisation, une grosse partie des licenciements de ces dernières années a consisté à surtout externaliser des activités qui n’étaient pas dans le coeur de métier : ainsi par exemple les fonderies des constructeurs automobiles dont on a un peu entendu parler cette année. Ce n’était pas dans l’intérêt des constructeurs de conserver ces fonderies pour leur usage propre car il est préférable, pour équilibrer et optimiser la charge, d’avoir divers débouchés dans des industries ayant des cycles différents, ce qui rentabilise l’immobilisation des capitaux et permet même le partage des débouchés entre divers constructeurs (mutualisation) mais au sein d’une entreprise indépendante.

    Ainsi à d’autres niveaux il en a été de même avec les services maintenance, utilities, logistique… le but étant le lissage de l’activité, une plus grande flexibilité, une maîtrise des coûts, une diminution des risques et une meilleure affectation des capitaux.

    Il faut parfois couper une branche pour éviter d’avoir à couper l’arbre.

    • faux seuls les intérêts de la dette affectent le résultat net mais pas le capital remboursé. C’est pour cela que les entreprises qui se rachètent par accumulation de dette (LBO) peuvent se trouver en impasse de trésorerie même en étant bénéficiaire… pour le reste je suis d’accord

      • Merci de la précision, mais je partais du principe général que le prêt (donc la dette) est amorti sur la même durée d’utilisation que le bien, qui lui est amorti avant obtention du résultat net, donc déduit.

        (exception faite des fonds de commerce qui ne sont amortissables que sous certaines conditions restrictives depuis décembre 2015)

    • Pour défendre l’article, il s’agissait de simplifier les propos pour faciliter la lecture et non pas faire une théorie sur le bilan comptable, le ROI et je ne sais quoi d’autre comme terme comptable.
      L’erreur, c’est l’angle sous lequel vous l’avez lu. C’est très facile de critiquer.

      • C’est l’auteur qui a placé le raisonnement sur le plan comptable, alors autant ne pas dire des bêtises.
        Une entreprise n’est jamais mise en liquidation pour un problème de dettes si d’autre part elle est bénéficiaire : c’est d’ailleurs, lors du redressement judiciaire, le rôle de la période d’observation qui permet de voir si l’entreprise a une activité viable HORS charge de la dette.

        Le cas majoritaire des entreprises qui licencient tout en étant bénéficiaire n’est tout simplement pas décrit dans cet article, et ce n’est pas pour une histoire de dette ni de trésorerie : c’est simplement parce que une des activités est déficitaire, un bon exemple est celui de Total en france avec son activité de raffinage et c’est d’ailleurs les exemples souvent mis en avant par les gauchistes.

        Wiki cite d’ailleurs que le terme de « licenciement boursier » a été sorti pour la première fois en 2001 par un député communiste à l’occasion de licenciements chez Danone alors que le Groupe dégageait 130ME de bénéfice et n’avait pourtant pas de dettes excessives ni de problèmes de trésorerie. Idem dans mon souvenir pour Michelin.

        Ne pas utiliser les bons exemples, ni les bons arguments c’est ajouter au malheur du monde.

        L’auteur est venu nous expliquer un problème en se focalisant sur ce qui représente peut-être 1% des licenciements… et ça ne vous apportera aucun argument si vous vous retrouvez dans une soirée face à des gauchistes, mes arguments si.

  •  » Pour ces trois raisons, à la fois techniques et philosophiques, interdire les licenciements d’entreprises qui réalisent des profits constitue donc un raccourci intellectuel dangereux. « 
    La formule est très douce…

    Excellent article.

  • C’est très difficile voir impossible de raisonner les gauchistes sur les réalités économiques et surtout de les faire comprendre les simples rudiments en économie. Comme si c’était responsable pour un entrepreneur d’attendre des grosses pertes voir un risque de faillite pour entreprendre des licenciements. Ce que les gauchistes ne comprennent pas non plus c’est qu’un bilan positif ne veut pas dire liquidité disponible. J’ai souvent entendu des socialos dire que c’est pas un problème si la valeur du patrimoine d’une entreprise est supérieur aux déficits. Ils ne comprennent pas que les fournisseurs et les salariés se font payer en liquidité et non en recevant un bout de patrimoine ( terrain, machines etc… ). On comprend mieux pourquoi quand ils sont au pouvoir ils se foutent de creuser des déficits et des dettes.

  • Bonjour. J’ai relayé votre article empreint de bon sens sur LinkedIn avec le complément suivant « Une vision financière de bon sens mais insuffisante.
    D’expérience, je vois un élément plus important. On ne change pas d’équipage ou de mode de fonctionnement d’un bateau en pleine tempête et l’on ne réorganise pas un régiment en cours de combat au contact de l’ennemi. Donc, même si c’est contre-intuitif et difficile à comprendre par « la base », c’est par temps calme que l’on peut le mieux anticiper et conduire des adaptations, voire des transformations. Par ailleurs cette situation permet de dialoguer de façon plus sereine et de trouver des solutions aux situations individuelles. Enfin, pour une entreprise, une excellente situation financière dégage des marges permettant d’accompagner financièrement le traitement social de la réorganisation, ce qu’une situation de déficit interdirait. »

  • Très bon article malgré les approximations techniques relevées par sam player. J’ajouterai un point essentiel: les comptes publiés reflètent l’état passé de l’entreprise. Le fait d’avoir fait des bénéfices l’an dernier ne préjuge en rien des résultats de cette année et encore moins de l’an prochain. Les licenciements sont faits pour préparer l’avenir.

  • Les commentaires sont fermés.

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