Les jeunes diplômés ont-ils un problème d’ego ?

Verrions-nous plus d’employeurs satisfaits et plus de salariés hautement qualifiés si le système éducatif commençait par prendre ses distances avec son fonctionnement essentiellement basé sur le pré-formatage des élèves et le culte des egos ?

Par Annie Holmquist.
Un article de la Foundation for economic education

Les jeunes d’aujourd’hui le savent car on le leur répète du matin au soir : le passage par les études supérieures est l’élément le plus important pour décrocher un emploi. De ce fait, beaucoup d’entre eux se dirigent vers la meilleure université qui rentre (ou pas) dans leurs moyens financiers.

Un diplôme ne prépare pas au monde du travail

Mais si l’on en croit une étude récente venue du Royaume-Uni, un diplôme de l’enseignement supérieur ne fait pas pour autant un bon professionnel. Ainsi que le montre le graphique ci-dessous, de nombreux employeurs se déclarent de moins en moins satisfaits de leurs nouvelles recrues, notamment en ce qui concerne l’attitude à l’égard du travail, les capacités de communication et de résolution de problèmes, ainsi que l’aptitude à développer de bonnes relations avec les clients.

Le quotidien britannique The Telegraph a apporté de l’eau au moulin de cette étude en relatant les expériences de plusieurs employeurs. Parmi eux, Crescens George :

Crescens George est Directeur de l’exploitation dans l’entreprise d’assurances Be Wiser Insurance Group. Il a expliqué au Telegraph que les jeunes diplômés ne sont pas préparés au « vrai monde du travail » et qu’il est souvent nécessaire de flatter leur ego.

En tant qu’employeur, vous attendez d’un diplômé qu’il maîtrise un tant soit peu les règles de base de l’entreprise et qu’il dispose de quelques compétences en communication. »

 

Une expérience vécue avec un jeune diplômé qu’il avait préalablement recruté, lui rappelle de mauvais souvenirs :

 

« Il ne voulait pas passer par l’apprentissage de terrain. J’attribue cela au stress d’avoir à rembourser 50 000 dollars d’emprunt étudiant, et à la découverte déconcertante que le « vrai monde du travail » est très différent de ce qui en est dit dans les amphis.

 

SI nous n’avions pas perdu 12 à 14 mois à flatter son statut de diplômé, je suis certain que ce jeune professionnel aurait rencontré le succès bien plus tôt et qu’aujourd’hui il serait en mesure d’obtenir des postes d’encadrement.

Des employeurs tels que Crescens George attribuent les problèmes des jeunes diplômés à certaines caractéristiques propres aux grandes universités, mais on ne peut s’empêcher de se demander si le mal ne serait pas plus profond.

Des lacunes qui viennent de l’enseignement

Serait-il possible que les lacunes pointées par les employeurs – manque des connaissances entrepreneuriales de base, faibles compétences en communication et attitude négative face au travail – provinssent directement de l’enseignement reçu dès les premières années scolaires ?

Regardez par exemple ce qui est enseigné sur l’individu. Selon les mots de C. S. Lewis, le système scolaire encourage une attitude du style «  tout le monde vaut tout le monde » sans se préoccuper des aptitudes ou des capacités des uns et des autres.

Eduqués dans cette idée, les étudiants ont facilement tendance à se croire sortis de la cuisse de Jupiter. Si ce travers n’est pas corrigé, ils ne seront que trop enclins à exiger de plus de plus de louanges et d’avantages à mesure qu’ils grandissent et accèdent au marché du travail.

Le problème de la socialisation au travail

Ou regardez la façon dont l’école développe la socialisation des élèves. C’est depuis longtemps l’un des objectifs les plus importants du système scolaire, mais force est de constater que cette socialisation ne se fait qu’à l’intérieur d’une seule classe d’âge.

Les élèves ont alors du mal à interagir avec des individus n’appartenant pas à leur cercle immédiat. Cela devient problématique lorsqu’ils entrent dans la vie active et doivent coexister pacifiquement avec des personnes, clients ou collègues, ayant 10, 20 ou même parfois 50 ans de plus qu’eux.

Se familiariser avec le monde de l’entreprise

De plus, le système éducatif a éliminé bon nombre d’expériences qui permettaient de se familiariser avec le monde de l’entreprise – les classes-ateliers par exemple – tout en dénigrant le concept d’apprentissage. Sans ces expériences précoces, il n’est guère étonnant de constater que les jeunes salariés n’ont aucune idée du monde de l’entreprise dans lequel ils entrent.

Verrions-nous plus d’employeurs satisfaits et plus de salariés hautement qualifiés si le système éducatif commençait par prendre ses distances avec son fonctionnement essentiellement basé sur le pré-formatage des élèves et le culte des égos ?

Traduction de Nathalie MP pour Contrepoints.

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