Génération sans tabac : et si on essayait avec la liberté ?

fumée de cigarette-_P_ nos belmont(CC BY-NC-ND 2.0)

Lutte anti-tabac : si cette fois, au lieu d’infantiliser les fumeurs, on les traitait comme des consommateurs responsables ?

Par Richard Guédon.

Augmenter le paquet de cigarette à 10 €, comme le propose Agnès Buzyn, c’est continuer à prendre des décisions qui ne marchent pas. Pour lutter contre le tabagisme, il ne faut plus  traiter les fumeurs comme des victimes mais comme des consommateurs responsables. Et si on essayait la liberté ?

Le tabac, une catastrophe sanitaire

En matière de santé, le candidat Macron avait promis la prévention, le Président confirme et sa ministre de la Santé annonce un bel objectif : la prochaine génération sera non fumeuse.

On ne peut qu’applaudir car le tabac est une catastrophe sanitaire permanente, une petite guerre à 73 000 morts par an, à comparer aux 3500 morts annuels par accidents de voitures ou aux 950 morts par… homicides.

La cigarette tue par cancers, par étouffement progressif,  par maladies cardiaques, par accidents vasculaires cérébraux, par mort subite, etc.

Le tabac, contrairement à ce qu’on entend dire parfois, coûte très cher à la collectivité car les dépenses générées par les longues maladies des fumeurs sont beaucoup plus lourdes que ce qu’il rapporte en taxes et en retraites non versées.

La France lanterne rouge de l’ « enfumage »

En matière de lutte contre la cigarette, la France est la lanterne rouge des grands pays développés, on y fume plus que dans tout autre pays d’Europe occidentale, Grèce exceptée, et beaucoup plus que dans les pays anglo-saxons ou les pays du nord,  qui pourtant, viennent d’aussi loin que nous en matière d’ « enfumage ».

Chez nous presque 30% des adultes sont fumeurs et le tabagisme augmente encore ces années-ci chez les femmes et chez les jeunes. En comparaison, au pays du cowboy Marlboro 15% des adultes américains fument, et 15 ,8 %  des citoyens du Royaume-Uni.

Le paquet à 10€ une mesure aux effets pervers

Chez nous, les gouvernements ont toujours privilégié les mesures dirigistes collectives : prix imposés, publicité contrainte, interdictions en tout genre. Cette fois encore, la nouvelle ministre de la Santé, Agnès Buzyn annonce sa mesure phare, amener le prix du paquet de cigarettes à 10€ en 2020, sachant qu’il est  aujourd’hui à 7 €.

Il est vrai qu’une augmentation de plus de 10% du prix du tabac permet de faire baisser la consommation, notamment chez les jeunes, qui n’ont pas beaucoup d’argent et ne sont pas encore trop dépendants.

Mais cette baisse n’est que temporaire ; si elle n’est pas renouvelée rapidement, la consommation repart à la hausse.

Comme toute décision de prix réglementés, celle-ci engendre des effets pervers. D’abord elle alimente un marché parallèle qui représente 27%  du tabac consommé en France, ce qui enrichit les mafias et met en danger les consommateurs.

L’État en conflit d’intérêt

Ensuite, quand on augmente le prix du tabac, on ne sait pas bien avec quoi les gens compensent l’arrêt économique de leur addiction : cigarettes de contrebande, alcool, autres drogues ?

Ce qu’on sait, en revanche, c’est que cette mesure aggrave les inégalités devant la santé car ce ne sont pas les gens des milieux les plus défavorisés, les plus gros fumeurs, qui arrêtent mais les autres catégories sociales.

Enfin, une telle mesure est très mal acceptée par les intéressés car l’État garant de la santé publique est en conflit d’intérêt avec l’État collecteur d’impôts.

Les  fumeurs sont dépendants mais sont aussi des consommateurs

Le tabac est non seulement un toxique mortel, mais aussi une drogue plus asservissante que l’alcool, le cannabis, la cocaïne, et même que l’héroïne.

Au bout de longues années enfumées, la plupart des fumeurs voient leur santé se dégrader, constatent leur dépendance, calculent l’argent dépensé.

Ils savent ce qu’ils risquent, car personne ne l’ignore aujourd’hui, et sont capables de mettre ces risques en face des plaisirs et de décider d’arrêter, ou pas.

Beaucoup y parviennent car il y a des moyens efficaces pour les aider ; autour de nous les anciens fumeurs sont plus nombreux que les fumeurs. Les fumeurs sont dépendants mais ils n’en restent pas moins des consommateurs et des êtres rationnels.

Et si on cessait de traiter les fumeurs comme des victimes

Si, cette fois, au lieu d’empiler les mesures bureaucratiques qui ne fonctionnent pas, on essayait autre chose, on essayait la liberté ? Si cette fois, au lieu d’infantiliser les fumeurs, on les traitait comme des consommateurs responsables ? Si on laissait le commerce des cigarettes s’exercer librement sans aucune règlementation, ni sur ses prix ni sur sa promotion ?

Si on laissait les fumeurs et anciens fumeurs s’organiser et déposer des plaintes en class actions s’ils s’estiment mis en danger par la communication des industriels ? Si on laissait les fumeurs s’arranger avec les non-fumeurs, en direct, ou devant la justice ?

Si on laissait les fabricants des cigarettes électroniques proposer clairement leurs produits en lieu et place de la cigarette puisqu’il est maintenant prouvé que le vapotage est efficace pour arrêter de fumer, avec un danger minime par rapport au tabac ?

Et pourquoi pas le « pay as you smoke » ?

Une étude très sérieuse faite dans une grande entreprise américaine a montré qu’une motivation financière modeste aidait les gens, pris individuellement, à arrêter de fumer.

Imaginons une seconde une France normale où des assureurs maladies seraient en concurrence et où les fumeurs paieraient leur assurance santé selon leur risque, c’est-à-dire 2 fois plus cher qu’un non-fumeur à 30 ans, 4 fois plus à 40 ans et 7 à 8 fois plus à 50 ans.

Non seulement les assurés seraient fortement incités à arrêter, mais les assureurs auraient intérêt à leur  proposer des prises en charge efficaces, car, même avec une surprime, le caractère aléatoire du risque tabagique n’est pas souhaité par les assureurs.

Cela créerait une demande pour les méthodes d’arrêt efficaces, le vapotage, comme nous l’avons vu, ou les psychothérapies comportementales et cognitives, dont l’efficacité est prouvée mais qui sont sous-développées en France, pour cause d’obstruction psychanalytique.

Français, encore un effort si vous voulez être non-fumeurs

C’est l’État jacobin qui décide de tout depuis 30 ans dans la lutte anti-tabac et il a échoué, puisque presque un tiers des adultes fument encore et que femmes et jeunes fument de plus en plus. Cessons maintenant d’utiliser les méthodes qui perdent. Essayons la liberté !