L’aveuglement économique de la Russie ne durera pas

Vladimir Poutine (Crédits World Economic Forum, licence Creative Commons)

L’histoire et l’économie de la Russie regardent du côté de l’Ouest. Le régime ne pourra indéfiniment ignorer le libre échange et la libre entreprise, et le choix de la guerre n’est pas évident : l’intendance ne suit pas.

Par Jacques Garello.

La visite de Vladimir Poutine en France a inspiré plusieurs articles sur la situation de l’économie russe et l’importance de ses relations avec les pays européens, notamment les membres de l’Union. Les considérations politiques sont souvent prioritaires, mais tôt ou tard les réalités économiques devraient s’imposer.

Une économie stationnaire

Le taux de croissance du PIB est désespérément fixé à 0,7 % depuis plusieurs années, la prévision de 0,8 pour 2017 est optimiste. L’inflation, qui avait dépassé 15 % en 1975, a été réduite à 7 % l’an dernier, mais elle pèse surtout sur les dépenses courantes de consommation et a donc un impact social considérable.

Paradoxalement ce sont les finances publiques qui se portent bien : le budget national est en déficit, mais dans la fourchette demandée par l’UE (3% du PIB) et surtout la dette publique est très faible (19 % du PIB). Enfin, la balance commerciale est excédentaire (3% du PIB) mais c’est peut-être là où le bât blesse.

En effet, le commerce de la Russie ressemble à celui d’un pays sous-développé : exportations massives des ressources naturelles, notamment de gaz et de métaux, et importations de produits finis.

La Russie inonde l’Europe de ses gazoducs, mais cette inondation a une dimension politique : elle tient les importateurs sous sa coupe.

D’autre part, les importations ont été freinées depuis 1974 à cause des répressions politiques décidées par l’Union Européenne après l’annexion de la Crimée, et la déstabilisation de l’Ukraine. Poutine n’a pas manqué de protester contre ce qu’il considère comme un chantage des pays occidentaux.

Les échanges avec la France

La France a une place à part dans l’économie russe, parce que ses liens sont bien plus étroits que ceux qu’entretiennent les autres pays de l’UE, et notamment l’Allemagne. La France est le premier investisseur en Russie. Lors du premier trimestre de l’an dernier, la France a investi 708 millions d’euros dans l’économie russe plus que l’Allemagne, 311 millions d’euros, et les États-Unis 115 millions d’euros.

Ces investissements représentent 130.000 emplois dans des entreprises comme Auchan, Leroy Merlin, L’Oréal, Renault, Peugeot, Citroën, Total, Société générale, BNP Paribas. En dépit des représailles, aucune de ces entreprises n’a quitté la Russie. En revanche, les représailles ont fait lourdement chuter les exportations françaises, et en particulier les exportations agro-alimentaires.

La chute des cours du porc pour les éleveurs français provient de la fermeture du marché russe et de la surproduction française qui s’ensuit. Globalement, le commerce a été réduit drastiquement en 2014 et 2016, diminuant de quelque 40 %, mais il y a une reprise depuis le début de l’année 2016. Enfin, et non le moindre, les investissements russes en France, en dépit de leur côté spectaculaire (millionnaires russes) sont relativement faibles.

Les perspectives politiques

Peu d’économies au monde sont dans un tel état de dépendance de la diplomatie de leur gouvernement. Vladimir Poutine a fait le choix de privilégier l’expansionnisme plutôt que la croissance économique.

Sa popularité vient de sa réussite dans la reconstitution de la Grande Russie, interprétée par le peuple (dûment chapitré, puisque l’opposition est bâillonnée) comme une victoire de la culture russe, une revanche contre l’humiliation et l’exclusion subies à travers l’URSS.

La tentation est grande de s’associer avec les anciens partenaires chinois et de tourner le dos à l’Europe, et il est vrai que le Kremlin mise beaucoup sur le développement de la Sibérie. Mais l’Oural est tout de même plus près de l’Atlantique que de la mer du Japon.

L’histoire et l’économie de la Russie regardent du côté de l’Ouest. Le régime ne pourra indéfiniment ignorer le libre échange et la libre entreprise, et le choix de la guerre n’est pas évident : l’intendance ne suit pas. Il va falloir se résoudre dans un terme assez proche à revenir à la liberté, tant intérieure qu’extérieure.

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