En votant pour les extrêmes, les jeunes se sont trompés de colère

Meeting Front National 1 mai 2012 credits Blandine Le Cain (CC BY 2.0)

Les jeunes plébiscitent les politiciens qui font tout pour détruire leur avenir. Ils méritent pourtant bien mieux.

Par Trevor Smith.

Lors du premier tour des élections législatives françaises, le dimanche 11 juin 2017, les jeunes ont été deux fois plus nombreux que le reste de la population à accorder leur suffrage à des idées qui datent pourtant d’un autre siècle, celles de la France Insoumise. Ainsi, 18 % des 18-24 ans et 21 % des 25-34 ans ont voté pour le parti de Jean-Luc Mélenchon, contre 11 % pour la population dans son ensemble (ce qui est déjà une proportion effrayante).

Ce faisant, ils ont confirmé leur vote exprimé lors de l’élection présidentielle : au premier tour, pas moins de 30 % des électeurs âgés entre 18 et 24 ans ont accordé leur voix à « Méluche », contre 19,2 % pour l’ensemble de la population ! Ce qui en fait le premier candidat, de loin, pour cette génération…

De façon plus anecdotique, les jeunes étaient également surreprésentés parmi les amateurs des fantaisies de Benoît Hamon ou de la nostalgie trotskiste de Philippe Poutou et Nathalie Arthaud.

En ajoutant à ce panel Marine Le Pen, qui fait également de bons scores parmi cette génération, les candidats se déclarant « antisystème », c’est-à-dire en réalité les plus farouchement étatistes, sont donc ceux qui peuvent espérer le plus de votes de la part des jeunes.

La jeunesse en colère

On pourrait se contenter de mettre ces préférences électorales sur le compte d’un esprit de rébellion propre à cet âge, qui se manifeste partout et en tous temps. En mai 68, par exemple, n’a-t-on pas déjà assisté à la révolte des étudiants, avec des mots d’ordre que ne renierait pas Jean-Luc Mélenchon ? N’observe-t-on pas des phénomènes similaires d’engouement générationnel pour des personnalités contestataires à l’étranger, tels Bernie Sanders aux États-Unis ou Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ?

Cela est vrai. Toutefois, ces explications ne doivent pas masquer le fait que la France a tout particulièrement échoué, depuis au moins une génération, non seulement à offrir une qualité de vie acceptable à sa jeunesse, mais également des opportunités pour qu’elle puisse s’épanouir. Il existe certainement peu de cas, dans l’Histoire, de pays qui ont si systématiquement saboté les espoirs d’une partie de leur population, représentant pourtant son futur.

Aucune préparation au monde du travail

La jeunesse a toutes les raisons du monde d’être en colère, quand la formation assurée par l’école de la République ne les prépare aucunement au monde du travail. 150.000 jeunes, soit une personne sur cinq, sortent chaque année du système scolaire sans qualification, alors que le taux d’échec en première année d’études supérieures atteint 48 %. Même le diplôme n’assure aucunement un emploi à la sortie.

La jeunesse a toutes les raisons du monde d’être en colère, quand 25 % des 16-25 ans est au chômage, contre une moyenne de 13,9 % dans les pays de l’OCDE (7,3 % en Allemagne). Et encore, ce chiffre masque la précarité des stages, des CDD, de l’intérim ou des emplois bidons « aidés ».

La jeunesse a toutes les raisons du monde d’être en colère, quand elle est débitrice de la facture des gabegies des politiques des 30 dernières années. Elle comprend très bien qui va devoir payer pour la dette laissée par ses aînés, en revanche elle n’a aucune assurance d’avoir elle-même une retraite le jour venu.

Le principal responsable de ce désastre : l’État !

Ce qu’il y a de particulièrement ironique dans cette histoire, c’est que tant de jeunes fassent porter la responsabilité de cet échec sur le « capitalisme », ou sur le  « libéralisme » (avec les préfixes de rigueur : « ultra- » ou « néo- » selon les écoles). Le vote massif de cette génération pour des candidats qui promettent encore davantage d’intervention étatique dans tous les secteurs de la société est à ce titre proprement tragique.

Le système scolaire, géré par l’État, les a laissé tomber. Le marché du travail, massivement régulé par l’État, les laisse à la porte, les politiques d’« insertion » les transformant en assistés. L’explosion de la dépense publique, déterminée par l’État, assombrit leur avenir. Dans de telles conditions, comment peut-on vouloir renforcer encore des politiques qui ont ainsi saboté les opportunités d’une génération ?

Faire son avenir à l’étranger

Bien entendu, l’ensemble de la jeunesse n’est pas dupe. 60 % des jeunes de moins de 25 ans déclare vouloir travailler hors de France, dans des pays où l’emprise de l’État ne les conduira pas à être des intrus. Mais un tel dénouement serait regrettable pour notre pays, qui serait vidé de talent et d’enthousiasme.

Cette génération, ma génération, doit aujourd’hui reprendre son destin en main, voir ce qu’il se passe à l’étranger, profiter des opportunités que nous offrent les nouvelles technologies, oser, créer, entreprendre, développer son savoir, refuser le statu quo, rejeter les démagogues qui prétendent la défendre,… avec à l’esprit le mot qui résume peut-être le mieux la jeunesse : liberté.