La mondialisation a-t-elle sonné le glas de l’État stratège ?

La France est un pays d’économie mixte. Mais si le Président veut adapter le pays à l’Europe et à la mondialisation, va-t-il choisir la privatisation ?

Par Jacques Garello.

Fin janvier, la Cour des comptes avait publié un rapport sévère sur l’État actionnaire. Elle sonnait l’alerte sur la situation des entreprises concernées par un État qui se veut stratège. Elles sont nombreuses : la France est un pays d’économie mixte. Mais si le Président veut adapter le pays à l’Europe et à la mondialisation, va-t-il choisir la privatisation ? Question d’actualité.

L’économie mixte : une exception française

Depuis les manufactures royales, l’État français n’a cessé de marquer son empreinte dans la vie économique. Actuellement, le dirigisme a un arsenal complet pour aider (c’est-à-dire contraindre) les entreprises : la réglementation, la fiscalité, les charges sociales, les subventions, les normes.

Cependant, la mainmise directe sur la gestion des entreprises a toujours été une pièce maîtresse du dispositif. Il y a eu des pics dans cette intervention : les ordonnances de décembre 1945 (nationalisation des banques et assurances, création de la Sécurité sociale, naissance du droit social), le programme commun de la gauche en mai 1981 (nationalisations industrielles, cogestion).

Mais aujourd’hui, la présence de l’État est remise en cause par la mondialisation, la plupart de nos partenaires européens ou mondiaux ont compris que la compétitivité ne pouvait exister avec un État omniprésent, encombrant et coûteux. Des vagues de privatisations et de retraits de l’État se sont donc succédé en Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne et Italie. Pour l’essentiel, la France en est restée à l’économie mixte, juxtaposition ingérable du marchand et de l’administratif.

Les résultats de l’État stratège

La forme la plus récente de l’économie mixte est élégamment appelée État stratège. La Cour a listé les 56 entreprises de statut privé et cotées en bourse auxquelles participe l’État, elle est impressionnante : pour n’en retenir que quelques fleurons Aéroports de Lyon et Paris, Airbus, Air France, Areva, Caisse Nationale de Prévoyance, Dexia, EDF, Engie, France Télévisions, Orange, PSA, Renault, Safran, Thales. Ainsi l’État est-il très présent voire acteur principal dans des secteurs en effet « stratégiques ».

Trois organismes se partagent les interventions : l’Agence des Participations de l’État (APE), la Banque Publique d’Investissement (bpifrance) et la Caisse des Dépôts et Consignations. La Cour a remarqué qu’il n’y a aucune coordination pour l’instant et recommandé au minimum une claire division du travail. Mais la Cour a conclu avant tout à « une situation financière dégradée », due à des erreurs de gestion criantes : la gouvernance est défaillante.

Évidemment, d’autres entreprises prestigieuses sont sous la gouvernance totale de l’État, comme les EPIC (entreprises publique à caractère industriel ou commercial, comme la SNCF, la RATP, La Poste, l’ADEME, etc.) dont la Cour n’a cessé de dénoncer les abus.

État stratège ou privatisations ?

Aujourd’hui l’idée d’un État confiné à des missions régaliennes a fait son chemin dans les esprits sinon dans les faits. Un changement est-il possible ? La situation actuelle ne peut durer : l’État actionnaire aspire les bénéfices des entreprises quand ils existent (plus de la moitié des résultats sont distribués) et plus souvent encore comble les pertes et reconstitue le capital.

La Cour s’en est inquiétée, car c’est une source durable de déficit du budget de l’État. En outre, plusieurs entreprises peuvent être rachetées à bas prix par des investisseurs étrangers (Aéroport de Toulouse, peut-être Alstom). Enfin l’incurie et les privilèges qui règnent dans ces firmes dégradent le climat social, pénalisent les PME sous-traitantes ou fournisseurs.

Alors pourquoi l’État ne liquiderait-il pas le plus vite possible ses participations ? C’est que naguère ministre de l’Économie, le Président s’était fait le champion de l’État fort qui devrait accroître son pouvoir de décision : les Inspecteurs des Finances ne sont-ils pas déjà dans la place pour faire le travail ? Le conflit d’Emmanuel Macron avec Carlos Ghosn est un précédent à méditer. Bien que 60 % des Français ne lui fasse pas confiance, l’État stratège pourrait avoir de beaux jours devant lui. Ses actions sont en or.

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