Tiens, des élections législatives !

assemblée nationale credits parti socialiste (licence creative commons)

Tiens, on est lundi, et la France est sauvée, ou presque ! Comme c’est surprenant ! Ah oui, c’est vrai, il y a eu des élections législatives ! Sapristi, j’avais presque oublié…

Il faut dire qu’en termes de campagne électorale, il aurait été difficile de faire plus nul, plus insipide, plus incolore, inodore et sans saveur. L’électeur fut en effet confronté à une vague sans précédent de soupe tiède, de consensus mou, d’arrangements vagues et de propositions baignées dans des barils de Cajoline.

D’ailleurs, cela s’est directement traduit dans une participation assez éloignée de toute excitation : non seulement, la campagne n’a pas passionné les foules, manifestement trop occupées avec des matchs d’aquaponey endiablés. Elles ont surtout découvert, au fur et à mesure, que le renouvellement prôné par Macron ressemblait furieusement à celui qui avait mollement poussé Hollande au pouvoir il y a cinq ans, et avait abouti à une brochette somme toute relativement banale de politiciens à l’honnêteté douteuse, mais de plus cette campagne aura été parasitée par – déjà – quelques croustillantes affaires politico-financières impliquant tour-à-tour Ferrand ou Bayrou, pour ne citer que ces deux-là.

Au passage, cette abstention record aura des conséquences directes que peu de politiciens évoqueront sur les plateaux télé : comme les subventions aux partis dépendent directement du nombre d’électeurs ayant voté pour eux, cela signifie une baisse raide des fonds publics pour les Républicains et leur quasi-disparition pour le Parti Socialiste qui va découvrir, comme le Parti Communiste en son temps, les bienfaits de la vente de muguet et des petites sauteries apéritives payantes…

Par dessus le marché, l’évaporation majeure des principaux partis aura rendu les candidats plus que prudents dans leurs programmes.

Déjà, rares sont ceux qui veulent effectivement s’affirmer socialistes : bien sûr, pour des raisons de cohérence, les têtes de liste comme Cambadélis ne peuvent pas éviter d’assumer leur appartenance à l’épave politique laissée par cinq années de hollandisme débridé, copieusement sabotée par chacune des petites phrases et autres affirmations péremptoires du Pépère dramatique. Mais voilà : ceux-là qui, justement, ne peuvent pas fuir leurs responsabilités et leur passé se retrouvent dans de bien délicates situations à présent. Pour les autres, tout est fait pour minimiser leur appartenance, passée ou actuelle, à ce parti en déroute totale.

À droite, le constat est à peine moins amer : si, à l’évidence, les Républicains ont encore quelques arguments à faire valoir, la sévère muflée de l’élection présidentielle et les affaires de la campagne qui l’a précédée n’ont guère arrangé leurs affaires. À ceci, il faut ajouter les atermoiements et le rabotage (sabotage ?) massif d’une plateforme électorale qui avait pourtant recueilli l’assentiment de plusieurs millions de Français pour achever de peindre un tableau particulièrement morose et nébuleux dans lequel on peut distinguer des électeurs flous se diriger en hésitant vers des urnes imprécises dans lesquelles ils glisseront sans conviction des bulletins vagues.

Et je n’aborderai ici que furtivement les abandons en rase campagne de ces mêmes Républicains qui ne font plus partie de rien du tout et qui s’improvisent un entichement calculé au gros parti centriste et attrape-tout créé par Macron à la suite de sa présidentielle médiatico-médiatique : il y a pour ceux-là un mélange entre le désir de continuer à compter dans la politique, malgré leur âge, leurs idées moisies ou leurs compromissions répétées, et l’impérieuse nécessité de trouver une planche de salut. Après tout, ils ne savent rien faire d’autre, ils sont tombés dans la politique quand ils étaient encore tout petits. Ce qui donne bien sûr de croustillantes situations où des individus qui se sont fait satelliser lors des primaires se retrouvent à devoir défendre une politique assez éloignée de celle qu’ils prônaient alors. Du reste, ils ont bien raison puisque l’électeur s’en fout.

Bilan des courses : on se retrouve avec un PS minuscule et un LR réduit à sa portion congrue, des Insoumis qui ressemblent en idées, en comportements et en nombre aux Communistes d’un autre siècle, quelques frontistes dont la progression ne semble guère émouvoir le pays (mais qui en dit long sur l’état réel des esprits), et, surtout, avant tout, on n’a essentiellement plus qu’un gros blob mou, une espèce de parti unique qui rassemble tout ce patchwork d’élus d’un centre social-démocrate indécis sur tout, dont la France n’arrive toujours pas à se débarrasser depuis des décennies d’attentisme.

Voilà qui envoie du rêve ! Cela justifie probablement l’engouement micrométrique des électeurs pour la campagne et les programmes présentés, et place le pays dans une situation assez paradoxale : si, d’un côté, une vaste majorité présidentielle n’est pas une nouveauté dans le cadre de la Cinquième République dont le mode de scrutin a été, pour ainsi dire, conçu pour cet objectif, le fait est que cette majorité sera en réalité assise sur un effondrement des partis traditionnels et un transfuge massif des politiciens de ces partis vers le nouveau détenteur de la majorité, ce qui en fait une curiosité politique certaine, mais vraiment pas une assise électorale ferme.

Tout ce paradoxe est d’ailleurs perçu par le président qui a bien compris que cette forte majorité, si elle lui donne sur le papier de larges marges de manœuvres en termes législatif, lui impose cependant d’avoir une main très ferme pour tenir ses troupes.

Chose qui semble plus aisée à dire qu’à faire : outre une quantité de novices qu’il sera peut-être aisé de manipuler, la nouvelle Assemblée récupèrera – malgré toutes les promesses contraires – un paquet des vieux schnoques et des vieilles couleuvres dont on ne pourra garantir qu’un comportement : celui de toujours aller dans le sens de leurs intérêts propres avant celui d’un parti ou d’une politique, comme ils l’ont d’ailleurs brillamment démontré en se retrouvant En Marche après avoir été joyeusement Socialiste (pour leur majorité) ou Républicains (pour quelques autres).

Autrement dit, Macron aura une belle majorité (dont les rangs seront gonflés de toute la panoplie des socialistes de droite, de gauche et du centre que compte le pays) et ne pourra guère en faire plus que ce qu’en avait fait Hollande (dans la plus parfaite improvisation) ou Sarkozy (sans le moindre talent) avec les résultats (ou, plus exactement, leur absence) qu’on connaît.

De fait, certains pourront toujours se consoler en se disant qu’au moins, nous n’avons pas écopé d’une Marine Le Pen dont le programme politique et la prestation au débat montrent qu’elle aurait été une catastrophe majeure pour le pays ; peut-être aurions-nous eu à subir un gouvernement autoritaire décidant par ordonnance, ou pondant une bordée de lois visant à faire entrer l’état d’urgence dans le droit commun et le rendre permanent, ou d’autres surprises plus ou moins savoureuses de cette ordre, qui rendent cette perspective tout à fait affolante et d’autant plus rassurante la présence d’un vrai démocrate comme Macron à sa place. Peut-être.

En attendant, les choses se précisent : le changement n’est décidément pas celui qu’on avait prévu, et ça ne ressemble pas à une bonne nouvelle.


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