Faut-il interdire les collaborations familiales dans la vie politique ?

L’inquiétude des Français à l’égard des emplois familiaux dans la sphère politique est parfaitement légitime. Mais l’interdire sans penser à une solution “encadrée” risque d’évincer des personnes réellement compétentes.

Par Mathilde Berger-Perrin.

Le Pénélope Gate a contribué à renforcer la méfiance des Français vis-à-vis des collaborations familiales dans la sphère parlementaire. C’est pourquoi le nouveau projet de loi de moralisation de la vie publique se propose de mettre fin à cette pratique. Mais cette décision est-elle vraiment opportune ?

L’inquiétude des Français à l’égard des emplois familiaux dans la sphère politique est parfaitement légitime. Mais l’interdire sans penser à une solution “encadrée” risque d’évincer des personnes réellement compétentes avant d’être des « fils de ».

Si on l’interdit en politique, on l’interdit ailleurs ?

Paradoxalement, la politique ne bénéficie pas du même traitement que les autres sphères de la vie professionnelle. En effet, cela ne semble déranger personne d’avoir sur le devant des scènes de théâtre parisiennes ou à l’affiche des cinémas, la fille “de” ou le fils “de” dont le talent, par rapport au parent, est souvent quelque peu modeste.

Nul besoin de dresser une liste complète, mais on peut difficilement imputer la réussite de personnalités comme Lily Rose Depp, Nicolas Bedos ou, Lolita Chammah à leur (seul) mérite.

Il est fort probable que ces derniers tirent leur succès de la notoriété de leurs parents. Or cette ascension n’est contestée par personne, bien qu’elle puisse se faire au détriment d’acteurs plus travailleurs mais moins connus du grand public.

Une telle remarque est applicable au monde de l’entreprise où les collaborations familiales dérangent rarement. Personne ne revendique après tout la nécessité de légiférer quand le comex est composé à plus de 50% des membres d’une même famille.

Les chiens ne font pas des chats : la question de la vocation

Néanmoins, il n’est pas rare de trouver une « passion familiale » pour une activité, et, le politicien a droit aussi de transmettre la fibre à ses proches. Ceux qui décident d’accompagner un proche en politique, peuvent aussi le faire par vocation professionnelle.

Que le contexte familial l’ait influencé ou non, c’est avant tout un choix libre de carrière. On peut légitimement se désoler du poids du piston quant à l’accès à une profession. Mais peut-on (en politique comme ailleurs) empêcher le piston à coup de loi ?

C’est avant tout une question de compétence

En tant que libérale, à mon sens, la compétence est la seule chose qui importe véritablement (et d’autant plus dans la classe politique française). Si la personne recrutée en assistant parlementaire (ou autre poste) est qualifiée et efficace, son appartenance à la famille d’un élu n’a pas d’importance.

Ajoutons que, pour la politique, il vaut mieux employer des personnes convaincues par les idées que l’on porte. Au regard de cette nécessité, les membres de la famille sont bien souvent des valeurs sûres. Toujours est-il qu’une compétence ou et des qualités s’évaluent et se sélectionnent. L’emploi des membres de la famille d’un élu – ou de toute personne employée par un élu- doit donc se faire avec les règles d’un recrutement juste.

Pour un recrutement objectif : un pas vers la méritocratie ?

L’accès à certains postes de la fonction publique se fait déjà sur concours. Pourquoi ne pas étendre cette pratique pour les postes qui entourent les élus ? Si ce n’est pas un concours, au moins un entretien avec un jury comprenant des personnes externes à la famille, afin que le recrutement soit « plus objectif ».

Introduire plus de compétition dans ce milieu-là ne fera jamais de mal : ce serait faire un pas vers plus de justice et de méritocratie. Allons plus loin : une fois en poste, une obligation de résultat pour attester de la non-fiction de l’emploi serait mesure à sérieusement considérer, si ce n’est pas la moindre des choses.

On pourrait imaginer une mesure avec des critères d’évaluation de production quantitatifs et qualitatifs ou simplement par la vérification du remplissage des missions attribuées par exemple.

Bref, plutôt que d’interdire les collaborations familiales, encadrer plus fermement le recrutement de personnes qui gravitent autour des élus serait plus efficace pour rassurer les français, et ce, pour les membres de la famille comme pour les autres.

Porter le même nom ou une alliance ne devrait jamais suffire à justifier la prise d’une fonction. Il s’agit avant tout de prouver sa valeur et de mériter un poste au regard de ses qualifications et de sa motivation.

On pourrait d’ailleurs objecter le même argument à ceux qui revendiquent régulièrement la nécessité de mettre en place des quotas ou d’autres mesures de discrimination positive en faveur d’une catégorie particulière de population au détriment des compétences. Mais c’est évidemment un autre débat.