Gouvernement Macron : du nouveau sous le ciel démocratique français ?

Auront-elles sur leur administration l’autorité qui convient ? Il n’y aucune raison de présumer que leur caractère et leur savoir ne sauront pas relever ce défi.

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Gouvernement Macron : du nouveau sous le ciel démocratique français ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 mai 2017
- A +

Par Philippe Bilger.

Ce n’est que le début, d’accord, d’accord, si je suivais la chanson de Francis Cabrel.

J’ai bien conscience de la fragilité et de la fraîcheur de ces instants graves et dignes qui depuis le 14 mai nous « clouent » devant notre télévision. Une solennité non empesée dont nous avions la nostalgie.

Il y a quelque chose d’étrange et de nouveau sous le ciel démocratique français.

Comme une stupéfaction civique d’avoir su collectivement franchir le pas si considérable d’élire un président qui n’a même pas encore quarante ans.

Et peut-être demain d’accorder au pouvoir une majorité confortable en ne cédant pas à cette tentation française d’avoir deux fers au feu : celui de l’Élysée et celui du Parlement.

Entre indifférence et liesse populaire

C’est un état qui, entre indifférence et absence de liesse populaire, relève d’une sorte d’étonnement admiratif comme si on n’osait pas encore y croire tout à fait mais qu’on espérait pour une fois ne pas être déçu.

Il est clair, pour reprendre l’expression de Philippe Labro, que ce président « a tout simplement la grâce » et qu’il a beaucoup réfléchi sur les quinquennats précédents. En faisant preuve d’une capacité inouïe pour rectifier le tir, tirant les leçons du soir du premier tour, sachant placer son épouse dans la lumière quand l’officiel l’exigeait et dans la discrétion lorsque le pouvoir était seul concerné.

 

La passation du pouvoir, le 14 mai, a été remarquable et à l’évidence, outre les gestes politiques, la démarche d’Emmanuel Macron a fait surgir une esthétique, une allure dont on sentait en creux, dans leur caractère appliqué et méthodique, qu’elles représentaient la volonté de nous faire passer dans une nouvelle ère pour l’apparence de l’État et de celui qui en a la charge.

Après les quinquennats vulgaire et bavard

Nous ne serions pas obligés de nous féliciter de ce qui en République devrait être la normalité si nous n’avions pas connu et enduré, dans la forme, avec Nicolas Sarkozy, un quinquennat vulgaire et, avec François Hollande, un quinquennat bavard et trop louis-philippard pour ce qu’il prétendait avoir de majesté.

Ce n’est pas rien que cette métamorphose qui, pour se rapporter à la superficialité, a déjà frappé un grand nombre d’esprits. La manière professionnelle et nette dont le Secrétaire Général de l’Élysée effectue les annonces n’est pas non plus sans incidence sur cette impression des premiers jours : un quinquennat élégant est en marche.

Ce sans-faute ne serait qu’éclat, façade et ornement si, dans le registre politique, le citoyen que je suis – je ne voudrais embarquer personne dans ma subjectivité et mes intuitions – ne percevait aussi un bouleversement qui n’est pas que la conséquence du « dégagisme » dont le président Macron a bénéficié mais une réflexion sur ce dernier et donc l’élaboration de pratiques inédites.

La tactique du chaos

Je ne suis pas naïf et mesure ce qu’il y a de tactique dans la configuration de ce paysage faussement chaotique, vraiment porteur d’avenir, qui sait ? La droite classique, orthodoxe, est gênée avec ce Premier ministre qui peut déranger mais qui est plausible dans le rôle de dynamiteur soft que lui a confié le président de la République.

Elle a forcément mauvaise conscience et le tour de force est de la contraindre à mettre en question et sans doute à récuser son sectarisme rassurant d’avant. Je l’excuse cependant quand elle est saisie face à la migration de Bruno Le Maire et de Gérald Darmanin qui ont l’honneur d’une mission capitale mais en subiront les effets s’ils l’assument mal.

La gauche socialiste laminée

 

Quant à la gauche socialiste ou ce qu’il en reste, elle est laminée et dépend trop des bonnes grâces – pas toujours compréhensibles – du pouvoir à l’approche des législatives pour constituer une alternative crédible. Emmanuel Macron est juste assez de gauche pour lui avoir pris l’essentiel de ce qui la structurait positivement.

Le Front national s’en remettra mais il a été profondément affaibli par la fin calamiteuse de la campagne présidentielle. Le retrait de Marion Maréchal-Le Pen et la certitude de son retour (Valeurs actuelles) ont fragilisé encore davantage les tenants du statu quo.

Dans un parti où le culte du chef est primordial, ne plus pouvoir le célébrer, le culte comme le chef, est dramatique. Le déclin se poursuivra, surtout si la politique, comme le président en a manifesté l’ambition, parvient à réduire les causes fondamentales de l’adhésion populaire au FN.

Du mépris à la résistance

À l’égard de son électorat, il convient de passer du temps du mépris à celui de la résistance – la considération pour cette France oubliée, aigrie, frustrée à force de se croire rejetée, est fondamentale mais elle mérite que sa destinée ne soit plus exploitée mais apaisée. Pas seulement avec des mots mais grâce à des actions concrètes.

Jean-Luc Mélenchon n’est pas loin de réaliser son rêve. Faire des « Insoumis » la seule force d’opposition vigoureuse et radicale au Pouvoir. Aussi talentueux qu’il soit et tentante pour les extrémistes la vision qu’il propose, une fois passé le cap de Marseille s’il le passe, le succès d’Emmanuel Macron sera de nature, s’il survient, à rendre ses cris et sa rage toujours nécessaires en démocratie mais de moins en moins audibles.

Un gouvernement de poids lourds et de personnalités

La composition du gouvernement est non seulement habile mais cohérente. Certes il y a plus de quinze ministres mais ce n’est pas un reniement gravissime à trois présences près (BFMTV).

Compte, en revanche, ce mélange de « poids lourds politiques » et de personnalités ayant été incontestables dans leur vie professionnelle et respectées pour leur expertise. Leur présence ne relève pas du gadget ni d’un « coup » mais d’un dessein mûri et réalisé sur une large échelle.

Cette nouveauté me semble plus importante que la parité scrupuleusement respectée. Auront-elles sur leur administration l’autorité qui convient ? Il n’y aucune raison de présumer que leur caractère et leur savoir ne sauront pas relever ce défi.

Des ministres compétents

En plaisantant à peine, les citoyens éprouvent enfin cette délicieuse modestie qui les conduit à admettre qu’ils n’auraient pas pu être ministres à leur place et à les créditer d’une supériorité technique ou politique. Un sentiment auquel depuis des années on n’était plus habitué.

Enfin les reproches qu’on entend sur le caractère politicien, flou, ambigu de ces débuts présidentiels et gouvernementaux – le 17 mai, un auditeur le déplorait sur Sud Radio – me paraissent injustes.

Car ce qui se déroule est la traduction éclatante de ce qui a été proclamé par Emmanuel Macron et est le cœur de son projet : le dépassement de la droite et de la gauche ou leur union dans une même entreprise.

Du flou à la transparence

Quand du nouveau et du surprenant se produisent, ils échappent à la suspicion de la routine partisane puisqu’ils ont été annoncés. Le flou alors n’est plus du flou mais de la transparence.

Entre l’exaltation non critique et la détestation unilatérale, dans les premiers temps a-t-on le droit de se dire seulement : « Pourvou qu’ça doure » ?

Pourvou qu’ça doure !

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  • Hulot … compétent ?… en quoi ?

  • Monsieur Bilger, est-il devenu incorrect de faire des reproches ou d’avoir des réserves?

  • Ce président n’a que la grâce des media et des bobos, pas celle du peuple!

  • Ce gvt …c’est une affiche de cinéma avec des vedettes mais on ne connait ni le scenario ni les producteurs sauf un certain g.soros..en tout petit derrière l’affiche.

    • Et s’il n’y avait que Soros 🙂

      M.Bilger semble suffisamment connaitre la personnalité et les motivations profondes des ministres. D’où tient-il ce savoir ?

      Il a bien été question à propos du tableau de chasse de notre président si mal élu (moins de 18 % des électeurs inscrits) de « prise de guerre » et de « récompenser ».

      • @ SPRIKRITIK

        15 000 postulants de la « société civile » candidats aux législatives: avez-vous postulé?

        Si non, c’était pourtant votre chance de vous exprimer.

        Pourquoi devrait-on vous suivre dans votre « bashing » tous azimuts?

        Complot financier international, sources mystérieuses de Ph.Bilger, « tableau de chasse » du Président, élections truquées à majorité de 18% (66% contre M.Le Pen!), « prise de guerre » et « récompenser ».

        Semer la suspicion n’a rien de rationnel!

        Des faits, des preuves, des arguments S.V.P. Ou alors sur face book!

  • Les français sont de grands enfants qui croient encore en l’homme providentiel, au génie qui va les sortir de la misère et des difficultés de la vie. On constate cela à chaque élection présidentielle. Souvenez vous de l’élection de Mitterrand en 1981 et de Jack Lang affirmant qu’on était sorti de l’ombre pour la lumière! 3 ans plus tard la flambée du chômage et la chute de l’économie, avec 3 dévaluations successives et un contrôle des changes, démontrait que le génie ( encore proclamé de nos jours par certains socialistes) était un crétin économique, n’y connaissant strictement rien. Cette adoration se termine inévitablement en jus de boudin lorsque revenu à la raison le citoyen se rappelle que son président n’est qu’un homme comme les autres, souvent totalement ignorant des processus économiques qu’on enseigne pas en France!

    • @ Virgile

      Beau commentaire! Bravo!

      Oui, la constitution de la Vième ne correspond plus aux nécessités actuelles!

      L’unification européenne des 27 ne se fera, dans les années qui viennent que sur le modèle de la social-démocratie, qui a pour principe le système: consultation-concertation, dialogue, concessions, recherche d’un compromis et décision finale, en « win-win » et à défaut, pas de gagnants, pas de perdants.

      Ce n’est même plus un choix, une évidence!

      La Vième prévoit un chef unique qu’aucun « vrai » monarque ne prétend être (sauf à Monaco et peut-être au Vatican).

      C’était le costume coupé pour Ch.De Gaulle, par pour les autres! Mais si confortable pour les successeurs!

      Un président moderne ne gouverne plus, en république européenne de l’ouest! (En Russie, en Turquie, si!)

      La balle est donc dans votre camp!

  • J’ai eu la malchance de suivre la politique française depuis bientôt 40 ans et RIEN de ce qui j’y ai vu ne m’incline à l’optimisme. La litanie des présidents de la république française me laisse autant de marbre et provoque autant d’évolution que le changement de secrétaire générale de l’URSS d’antan. Macron sera t il le Gorbatchev français? Je ne le penses pas. La France n’est pas encore au bout du rouleau, il y a encore du gras pour faire durer le « modèle sociale français » encore quelques années et donc ne faire des réformes qu’a la marge. Quand aux ministres je saluerais bien bas celui qui viendra expliquer au français que sont ministère ne sers à rien. Ce serais, pour le coup, un vrai marque d’intelligence et de lucidité. Hors qu’avons nous au gouvernement? Quelques vieux caciques (ledrian, colomb, Bayrou…). Un bonne rasade d’énarques, la marque de fabrique de tous les ratages français. le fait qu’il soient jeunes et de droite est secondaire, un énarque est avant tout un énarque à savoir certain de détenir la vérité et étatiste en diable. Une pincé de caution de société civile avec là encore une majorité de fonctionnaire ou de responsable de grande entreprise (ce qui est en France parfaitement échangeable) et l’écologiste de service la caution morale indispensable pour justifier les hausses d’impôts ET l’infiltration de l’état dans tous les rouages de la sociétés.
    Bref cela fait bien longtemps que je n’attend plus rien des politiques et il n’y aucune raison OBJECTIVES d’en attendre davantage de Macron. peut être sera t il un peu moins destructeur que ses prédécesseurs, c’est là la limite extrême que l’on est en droit de pouvoir espérer. plus probablement il marquera son époque de destruction bien à lui différentes de celle de ses ainées mais tout aussi dommageable pour les individus qui ont l’infortune d’exister sous les cieux de France. Les hommes ayant une mémoire de poisson rouge (cf le retour de Mélanchon le stalinien de service) il n’y a aucune raison que les électeur lambda ne continue pas de se cogner le museau sur a vitre des élections au résultat toujours semblables jusqu’à la fin des temps…

    • @ Laurent

      En principe, la solution est simple.

      En pratique, elle sera très difficile à mettre en oeuvre, tant elle va heurter la tradition, les habitudes, la culture, l’idée même de la France pour un Français et les préjugés.

      E.Macron a le mérite d’avoir « secoué le cocotier » mais il n’est pas au bout de ses peines et les Français non plus!

      Bon courage!

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