Université : le scandale de la sélection par tirage au sort

Par manque de courage politique, on a institué le plus bête des systèmes de sélection à l’université. Retour sur l’une des dernières initiatives catastrophiques du président Hollande.

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’Iref-Europe

L’origine du problème est connue : le baccalauréat est considéré comme le premier grade universitaire, car les jurys sont présidés par un universitaire qui, de facto, n’a aucun pouvoir, les consignes de correction étant données par le rectorat.

Cette « fiction » permet à tout bachelier d’accéder librement à l’université. Ce principe connait des exceptions, puisqu’il existe des filières sélectives dès le départ (comme les IUT) ou au bout d’un an (comme la médecine avec le numerus clausus).

En outre, la liberté est partielle, le droit à l’inscription n’étant automatique que « dans un établissement ayant son siège dans le ressort de l’académie où il a obtenu le baccalauréat ou son équivalent ou dans l’académie où est située sa résidence ».

Critère idiot : on peut aller faire des études dans un pays étranger, si le dossier est jugé de qualité, mais, à l’intérieur de l’hexagone, il existe des barrières d’une académie à l’autre, qui ne peuvent être franchies que par des critères arbitraires.

Car il arrive souvent – surtout avec l’afflux croissant d’étudiants – que la capacité d’accueil ne permette pas d’admettre tous les candidats (en Staps-activités physiques et sportives, sciences de l’éducation, arts du spectacle, mais aussi parfois en LEA, droit ou psycho).

La logique et les exemples étrangers indiquent une solution équitable : le choix en fonction des compétences et de la qualité des candidats, suivant ses mentions au bac ou un concours d’entrée (comme dans les grands écoles ou les IEP), ou des prérequis, ou un examen du dossier…).

Mais en France la sélection est un mot tabou à l’université et, au nom d’une égalité confondue avec l’égalitarisme, tout le monde a droit à s’inscrire partout, alors que, comme disait Aristote : « Il n’est de pire injustice que de traiter également de choses inégales ».

Une circulaire publiée au moment où on regardait ailleurs !

Faute de vraie sélection, on a mis en place une usine à gaz avec des filtres successifs qui pouvaient se terminer par un tirage au sort. Celui-ci n’ayant pas de bases légales, les tribunaux ont souvent annulé ces décisions.

Le gouvernement, n’ayant pas le courage de proposer une sélection sur critères universitaires, a voulu donner une base légale à ce système en présentant au CNESER un texte, que l’IREF avait décortiqué à l’époque (23 janvier 2017 : Non à la sélection par tirage au sort !).

Face à la levée de boucliers des opposants au projet, le gouvernement a retiré son texte pour ne plus en parler… et le publier, sous forme d’une circulaire adressée aux recteurs et présidents, au BO de l’éducation nationale le 27 avril 2017.

La date a été choisie avec soin, les Français suivant alors la campagne de l’entre-deux-tours, et les lycéens et étudiants, dont certains étaient en vacances, soit n’ont rien vu, soit étaient occupés à manifester contre le capitalisme ! Le sujet a été vite occulté.

Des critères absurdes conduisant au tirage au sort

Passons sur le fait que l’on a remplacé un projet d’arrêté par une simple circulaire : cela pourrait être juridiquement discuté, car une circulaire de ce type (« réglementaire », puisque « créant du droit ») peut entraîner des recours devant un tribunal administratif.

L’examen du texte montre à quelle usine à gaz conduit le refus d’une authentique sélection. Les nouveaux bacheliers expriment des choix via le Portail admission-Post-Bac.

S’il y a plus de candidats que de capacités d’accueil, on tient compte successivement de plusieurs critères : le domicile, dont on vient de souligner l’absurdité, puis l’ordre des choix par le candidat, en fonction donc de la priorité parmi l’ensemble de ses vœux.

S’il reste alors des candidats ayant le même rang de classement, on accorde la priorité aux étudiants mariés, pacsés ou concubins. Message subliminal : « pour obtenir la filière de votre choix, concubinez » ! On procède de même pour ceux qui viennent d’une autre académie.

In fine, si l’on manque toujours de place, pour choisir entre ceux qui ont un même ordre de priorité « il est recouru à un tirage au sort entre ceux-ci ».

Rappelons que le secrétaire d’État aux universités, Thierry Mandon, avait déclaré que le tirage au sort « est le plus bête des systèmes ». Il a raison… mais il est, avec Najat Vallaud-Belkacem, à l’origine de ce texte.

Une situation typique des blocages à la française

Cette situation est typique des blocages à la française : refus des solutions qui existent ailleurs (ici refus d’une sélection sur critères universitaires) ; construction d’une usine à gaz pour faire face à la réalité qu’un refus idéologique n’a pas fait disparaitre ; arbitraire le plus total et donc injuste (ici le tirage au sort, qui peut conduire à prendre un candidat incompétent à la place de celui qui pourrait suivre facilement la filière).

Mais la réalité se venge et une autre sélection se fera ensuite, par l’échec à la fin de la première année, conduisant les étudiants à des frustrations et ruinant le contribuable, en raison du coût de l’encadrement (TD notamment) d’étudiants voués à l’échec.

Ajoutons le manque de courage des politiques, qui refusent d’affronter la réalité et camouflent leurs décisions entre les deux tours d’une élection. On se moque ainsi de l’avenir de la jeunesse, comme de l’argent du contribuable.

Vigilance de l’IREF face au nouveau gouvernement

Emmanuel Macron avait, dans son programme, sans utiliser le mot de sélection, envisagé des prérequis à l’inscription dans chaque filière « pour enrayer la sélection par l’échec ».

Mais quels prérequis ? Comment vérifier que l’étudiant les possède bien ? Les universités seront-elles autonomes (donc libres de leurs critères) pour les recrutements ?

Le nouveau ministre de l’enseignement supérieur va-t-il abroger cette circulaire et instaurer une vraie sélection ? L’IREF, qui défend autonomie et concurrence pour les universités, fera preuve, ici comme ailleurs, d’une grande vigilance.

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