L’égalitarisme n’est pas à confondre avec l’égalité

égalité

Si l’égalité en droit est facteur de progrès, l’égalitarisme est facteur de paupérisation.

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

égalitéL’égalité, facteur de progrès

Si l’égalité est un facteur d’équilibre de la société car elle permet à chacun de disposer des mêmes droits en échange des mêmes devoirs, si l’égalité est un facteur incontournable de l’État de droit et la condition sine qua non d’une organisation sociale donnant à chacun ses chances en fonction de ses mérites et de ses mérites seulement, elle a généré, comme tout bienfait, sa propre perversion, « l’égalitarisme ».

L’égalitarisme, facteur de paupérisation

L’égalitarisme est une doctrine qui annihile l’aspect « devoir » de l’égalité pour ne retenir que sa composante « droits ». Dès lors, déconnectant l’un de l’autre, l’égalitarisme proclame que l’égalité n’existe que lorsque tous les hommes jouissent des mêmes prérogatives et des mêmes moyens. Si l’égalité, valeur républicaine s’il en est car elle gommait le privilège de la naissance, a permis le développement et le progrès, si elle est le levain de la France du XIXième siècle et de l’ascenseur social du XXième, si l’égalité portait en elle des valeurs morales, philosophiques plus que matérielles, si elle a généré la méritocratie républicaine à l’origine de tant de grands hommes issus des couches populaires, l’égalitarisme, pour sa part, n’a qu’un caractère essentiellement matériel.

L’égalitarisme prône une redistribution égale de l’ensemble de la richesse à l’ensemble des individus. Dès lors, l’investissement et le travail, valeurs cardinales de la société républicaine, perdent tout intérêt en tant que moyen pour le citoyen d’améliorer ses conditions de vie. La société égalitariste génère un monde dans lequel ceux qui produisent plus de richesses que la moyenne se voient privés de la différence au profit de ceux qui en créent moins que la moyenne. Dans un système égalitariste, moins un individu génère de richesse, plus son gain personnel lors de la redistribution est élevé. C’est ce que d’aucuns appellent la « prime à la paresse ». L’égalitarisme, en faisant disparaître toute possibilité d’améliorer sa situation par le travail et l’investissement, conduit inexorablement à un monde en permanente décroissance. Qui dit décroissance dit diminution des richesses à redistribuer. Qui dit diminution des richesses à redistribuer dit paupérisation. Paupérisation des individus, des citoyens, mais aussi paupérisation des institutions qui voient de facto leurs recettes fiscales, indexées sur la richesse nationale, décroître. L’égalitarisme ne voit donc son aboutissement que dans le dénuement le plus complet des citoyens.

La France égalitariste s’embourbe

Cela nous amène à plusieurs réflexions. À la situation de la France, bien sûr. Oui, la France, depuis 1945, avec un court intermède gaulliste dans les années 60, a cédé à l’idéologie égalitariste. Nous en voyons concrètement les effets, désindustrialisation, chômage de masse, baisse du niveau d’instruction, baisse du niveau de protection santé, baisse du niveau d’innovation (disparition de la recherche, effondrements du nombre de brevets…), baisse de la présence de la France sur les secteurs de pointe. L’égalitarisme n’est pas compatible avec la recherche de l’excellence. La paupérisation des citoyens, même si elle est amorcée, a été longtemps cachée par le recours à l’emprunt. L’État égalitariste a promis beaucoup mais, conséquence de ses promesses, n’avait pas les moyens de ses ambitions démagogiques. Plutôt que de revenir en arrière, de reprendre le problème à la base en abandonnant l’idéologie égalitariste pour recréer de la richesse, il a camouflé le problème avec un recours ahurissant à l’emprunt (actuellement, 33% du budget de la France est financé par l’emprunt).

La paupérisation collective est acquise, la paupérisation individuelle est en marche. Cette année, et en partie déjà l’an passé, l’État égalitariste a fait la démonstration d’une loi économique ô combien libérale, la fameuse règle de « trop d’impôt tue l’impôt », appelée aussi courbe de Laffer. Les taux d’imposition ont considérablement augmenté, mais comme la paupérisation due à l’égalitarisme est en marche, les assiettes se sont réduites et la collecte en valeur absolue est inférieure.

L’égalitarisme, facteur de blocage de la société

Si l’égalité a construit une société dynamique, une société de progrès dans laquelle les différences, même sociales et pécuniaires n’étaient ni vécues comme une atteinte à l’égalité ni rédhibitoires car le brassage des classes et l’ascenseur social ne fixaient pas ou peu les lignes, l’égalitarisme a, au contraire pour conséquence majeure de fixer les différences et de maintenir les classes de « la France d’en bas » ou des « sans dents » à leur condition. En annihilant toute velléité de progrès par soi-même, en décourageant (nous l’avons vu récemment avec l’annulation des heures supplémentaires défiscalisées ou la dénaturation du statut d’auto entrepreneur) toute activité susceptible de générer quelque amélioration qui permettrait de se distinguer du lot et en associant cela à des mesures dites « sociales » permettant de maintenir les couches paupérisées juste au dessus du naufrage complet, la bourgeoisie assoit tout à la fois sa position désormais plus contestée par les classes « d’en dessous » et rend ces dernières dépendantes de la manne étatique, donc dociles. En substituant à une société entrepreneuriale un monde d’assistanat sous couvert d’égalitarisme, la bourgeoisie a figé les lignes et protège ses positions. En cela, le sabotage de l’école publique qui, au nom de l’égalitarisme, n’autorise plus aux élèves d’espérer atteindre les formations supérieures (la suppression des bourses au mérite en est encore une funeste illustration) est une composante majeure du système « égalitariste ».

Un Chinois nous parle d’égalitarisme, Alain Juppé reconnait être un démagogue

Regardez bien cette vidéo jusqu’au bout. Outre que le regard cru de ce diplomate chinois sur notre système égalitariste, outre qu’il explique très bien que la Chine a éradiqué la misère grâce à l’abandon du système égalitariste (il faut dire que la Chine avait poussé très loin l’expérimentation égalitariste et que cela avait coûté des dizaines de millions de morts de faim), il y a la réaction d’Alain Juppé et son aveu phénoménal : « Nous avons nous aussi nos clients, comme les entreprises ont leurs clients, les hommes politiques ont leurs clients. » Alain Juppé est un clientéliste qui promet ce qu’il faut pour être élu sans considération aucune pour le bien public. Si c’est de cette manière qu’il espère convaincre les Chinois des bienfaits de la démocratie !

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