L’égalitarisme n’est pas à confondre avec l’égalité

Si l’égalité en droit est facteur de progrès, l’égalitarisme est facteur de paupérisation.

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L’égalitarisme n’est pas à confondre avec l’égalité

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 28 septembre 2014
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Par Thibault Doidy de Kerguelen.

égalitéL’égalité, facteur de progrès

Si l’égalité est un facteur d’équilibre de la société car elle permet à chacun de disposer des mêmes droits en échange des mêmes devoirs, si l’égalité est un facteur incontournable de l’État de droit et la condition sine qua non d’une organisation sociale donnant à chacun ses chances en fonction de ses mérites et de ses mérites seulement, elle a généré, comme tout bienfait, sa propre perversion, « l’égalitarisme ».

L’égalitarisme, facteur de paupérisation

L’égalitarisme est une doctrine qui annihile l’aspect « devoir » de l’égalité pour ne retenir que sa composante « droits ». Dès lors, déconnectant l’un de l’autre, l’égalitarisme proclame que l’égalité n’existe que lorsque tous les hommes jouissent des mêmes prérogatives et des mêmes moyens. Si l’égalité, valeur républicaine s’il en est car elle gommait le privilège de la naissance, a permis le développement et le progrès, si elle est le levain de la France du XIXième siècle et de l’ascenseur social du XXième, si l’égalité portait en elle des valeurs morales, philosophiques plus que matérielles, si elle a généré la méritocratie républicaine à l’origine de tant de grands hommes issus des couches populaires, l’égalitarisme, pour sa part, n’a qu’un caractère essentiellement matériel.

L’égalitarisme prône une redistribution égale de l’ensemble de la richesse à l’ensemble des individus. Dès lors, l’investissement et le travail, valeurs cardinales de la société républicaine, perdent tout intérêt en tant que moyen pour le citoyen d’améliorer ses conditions de vie. La société égalitariste génère un monde dans lequel ceux qui produisent plus de richesses que la moyenne se voient privés de la différence au profit de ceux qui en créent moins que la moyenne. Dans un système égalitariste, moins un individu génère de richesse, plus son gain personnel lors de la redistribution est élevé. C’est ce que d’aucuns appellent la « prime à la paresse ». L’égalitarisme, en faisant disparaître toute possibilité d’améliorer sa situation par le travail et l’investissement, conduit inexorablement à un monde en permanente décroissance. Qui dit décroissance dit diminution des richesses à redistribuer. Qui dit diminution des richesses à redistribuer dit paupérisation. Paupérisation des individus, des citoyens, mais aussi paupérisation des institutions qui voient de facto leurs recettes fiscales, indexées sur la richesse nationale, décroître. L’égalitarisme ne voit donc son aboutissement que dans le dénuement le plus complet des citoyens.

La France égalitariste s’embourbe

Cela nous amène à plusieurs réflexions. À la situation de la France, bien sûr. Oui, la France, depuis 1945, avec un court intermède gaulliste dans les années 60, a cédé à l’idéologie égalitariste. Nous en voyons concrètement les effets, désindustrialisation, chômage de masse, baisse du niveau d’instruction, baisse du niveau de protection santé, baisse du niveau d’innovation (disparition de la recherche, effondrements du nombre de brevets…), baisse de la présence de la France sur les secteurs de pointe. L’égalitarisme n’est pas compatible avec la recherche de l’excellence. La paupérisation des citoyens, même si elle est amorcée, a été longtemps cachée par le recours à l’emprunt. L’État égalitariste a promis beaucoup mais, conséquence de ses promesses, n’avait pas les moyens de ses ambitions démagogiques. Plutôt que de revenir en arrière, de reprendre le problème à la base en abandonnant l’idéologie égalitariste pour recréer de la richesse, il a camouflé le problème avec un recours ahurissant à l’emprunt (actuellement, 33% du budget de la France est financé par l’emprunt).

La paupérisation collective est acquise, la paupérisation individuelle est en marche. Cette année, et en partie déjà l’an passé, l’État égalitariste a fait la démonstration d’une loi économique ô combien libérale, la fameuse règle de « trop d’impôt tue l’impôt », appelée aussi courbe de Laffer. Les taux d’imposition ont considérablement augmenté, mais comme la paupérisation due à l’égalitarisme est en marche, les assiettes se sont réduites et la collecte en valeur absolue est inférieure.

L’égalitarisme, facteur de blocage de la société

Si l’égalité a construit une société dynamique, une société de progrès dans laquelle les différences, même sociales et pécuniaires n’étaient ni vécues comme une atteinte à l’égalité ni rédhibitoires car le brassage des classes et l’ascenseur social ne fixaient pas ou peu les lignes, l’égalitarisme a, au contraire pour conséquence majeure de fixer les différences et de maintenir les classes de « la France d’en bas » ou des « sans dents » à leur condition. En annihilant toute velléité de progrès par soi-même, en décourageant (nous l’avons vu récemment avec l’annulation des heures supplémentaires défiscalisées ou la dénaturation du statut d’auto entrepreneur) toute activité susceptible de générer quelque amélioration qui permettrait de se distinguer du lot et en associant cela à des mesures dites « sociales » permettant de maintenir les couches paupérisées juste au dessus du naufrage complet, la bourgeoisie assoit tout à la fois sa position désormais plus contestée par les classes « d’en dessous » et rend ces dernières dépendantes de la manne étatique, donc dociles. En substituant à une société entrepreneuriale un monde d’assistanat sous couvert d’égalitarisme, la bourgeoisie a figé les lignes et protège ses positions. En cela, le sabotage de l’école publique qui, au nom de l’égalitarisme, n’autorise plus aux élèves d’espérer atteindre les formations supérieures (la suppression des bourses au mérite en est encore une funeste illustration) est une composante majeure du système « égalitariste ».

Un Chinois nous parle d’égalitarisme, Alain Juppé reconnait être un démagogue

Regardez bien cette vidéo jusqu’au bout. Outre que le regard cru de ce diplomate chinois sur notre système égalitariste, outre qu’il explique très bien que la Chine a éradiqué la misère grâce à l’abandon du système égalitariste (il faut dire que la Chine avait poussé très loin l’expérimentation égalitariste et que cela avait coûté des dizaines de millions de morts de faim), il y a la réaction d’Alain Juppé et son aveu phénoménal : « Nous avons nous aussi nos clients, comme les entreprises ont leurs clients, les hommes politiques ont leurs clients. » Alain Juppé est un clientéliste qui promet ce qu’il faut pour être élu sans considération aucune pour le bien public. Si c’est de cette manière qu’il espère convaincre les Chinois des bienfaits de la démocratie !

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  • incroyable ce que dit Juppé qu’il le pense ok mais qu’il est le courage de le dire ..

  • L’égalitarisme est un dogme, l’égalité une valeur. L’égalitarisme est la perversion de l’égalité en un mantra idéologique qui en anéantit les bienfaits. Il creuse les inégalités, comme le pacifisme, perversion idéologique de la paix, conduit à la guerre. il suffit d’analyser l’égalité dans son rapport à la liberté pour comprendre la nature de cette perversion. Ce n’est pas un hasard si la LIBERTE ouvre la marche de la trilogie des valeurs républicaines, car si l’égalité n’est pas seconde elle devient nécessairement liberticide. Elle doit donc être seconde, sans pour autant être secondaire. Milton Friedman l’a résumé ainsi: si vous laissez l’égalité primer sur la liberté, vous n’avez ni l’un ni l’autre. Si la liberté prime, vous pouvez espérer obtenir une mesure raisonnable des deux (« you may expect a fair measure of both »).

  • La vidéo est jouissive.

  • La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, texte pompeux écrit à la va-vite sur un coin de table par des grands bourgeois et ecclésiastiques pris dans la fièvre révolutionnaire, avait omis d’expliciter les grands principes qu’elle mettait en exergue à savoir la Liberté, l’Egalité, la Sureté et le droit à la Propriété.
    Conscients de ces insuffisances, leurs successeurs, les conventionnels de 1793 et ceux de 1795 (convention thermidorienne) rédigèrent donc deux autres DDHC; même si elles peuvent différer dans leurs articles, leur rédaction concernant les quatre droits fondamentaux sont quasiment les mêmes.
    L’article de Thibaut Doidy de Kerguelen ne concernant que l’Egalité opposée à l’égalitarisme, je ne met que les deux versions des DDH de 1792 et de 1795 concernant ce droit:
    – (24 juin 1793) – art 2: ces droits sont l’égalité, la liberté, la sureté, la propriété – art 3: tous les hommes sont égaux par la nature et devant la loi – les articles 4 et 5 proclament que la loi est la même pour tous et que les emplois publics sont admissibles à tous les citoyens.

    – (5 fructidor an III – 1795) – art 1: les droits de l’homme en société sont la liberté, l’égalité, la sureté et la propriété – art 3: l’égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. L’égalité n’admet aucune distinction de naissance, aucune hérédité de pouvoir.

    C’est net et clair, juridique, pour les différents rédacteurs de la Révolution, l’égalité c’est ça et pas autre chose

  • Mauvais raisonnement (individualiste). Êtes-vous l’auteur de la page sur wikipédia sur l’égalitarisme ? Car on y retrouve exactement les mêmes arguments erronés.

    Vous confondez d’ailleurs l’égalitarisme minimal (à la base de notre méritocratie) avec l’égalitarisme absolu, c’est une première erreur. La vertu première de l’égalitarisme est l’égalité des chances entres les hommes, indépendamment du sexe, du milieu social, de l’origine, de la croyance…

    Vous reprochez à l’égalitarisme la privation de la notion de devoirs des citoyens, mais aussi du nivellement par le bas qu’elle impliquerait. Les conséquences peu objectives dont vous faites état seraient le fruit d’un égalitarisme absolu à son point le plus extrême.

    Vous dites qu’un citoyen ne pourrait pas améliorer sa condition de vie, pourquoi ne le pourrait-il pas ?
    Vous prenez l’exemple de la production de richesse, ce qui est en soit un facteur difficilement mesurable par individu. Soit. Votre raisonnement est malgré tout basé dessus.
    Le profit (aussi la condition de vie) de chacun serait déterminée par la production de richesse moyenne de tous. « De tous » et pas seulement « des autres ». Selon votre raisonnement ceci favorisait les moins « productifs », c’est vrai. C’est le but. Mais selon vous ceci mettrait en déclin l’implication et l’investissement des individus. Voilà qui souligne le trait de caractère individualiste de votre raisonnement.
    Vous remettez en cause l’action de l’individu « plus productif que la moyenne ». Vous dites que celui-ci ne pourrait pas améliorer sa situation par son travail. C’est faux. C’est tout autant faux que de dire que dans une démocratie le vote d’un individu ne compte pas. Celui-ci en jouit. Comme il jouit avec les autres, de sa production.

    Le malheureux manque d’objectivité de votre raisonnement est tel qu’à aucun moment vous ne vous attardez sur les optiques optimistes d’une telle doctrine.

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