La croissance mondiale est-elle en train de s’accélérer ?

D’après un rapport publié par le FMI il y a quelques semaines, la croissance mondiale devrait décoller. Un regain d’optimisme est-il de mise ?

Par Jacques Garello.

Le point d’interrogation s’impose. Si l’on se réfère au rapport publié il y a quelques semaines par le Fonds Monétaire International, la croissance mondiale devrait s’accélérer.

Mais si l’on détaille les arguments du rapport, cet optimisme est très sollicité. D’une part, les États-Unis tireraient la statistique mondiale. D’autre part, les incertitudes politiques devraient être levées. Ces hypothèses sont-elles vraisemblables ?

Optimisme global ?

Pour 2016, la croissance mondiale serait de 3,5 %, en hausse d’un point, et cette tendance se confirmerait en 2018 avec 3,6 %. Ces chiffres sont les plus optimistes depuis 2014, année où le FMI avait prédit une reprise mondiale, qui ne s’est d’ailleurs pas produite.

En passant du global au partiel, les prévisions sont assez disparates. Les États-Unis seraient les locomotives de la croissance, passant de 2,3 à 2,5 voire 2,6. Les pays émergents remonteraient de 4,1 à 4,5 % voire davantage. L’Asie se maintiendrait à un taux élevé, autour de 6,6 %.

L’Europe continuerait à stagner en dessous de 2 %. Si on passe maintenant du partiel au national, les contrastes apparaissent nettement. Au sein des émergents, l’Inde est très performante avec plus de 7 % (en dépit d’un tassement dû à sa réforme monétaire), alors que l’Amérique Latine se traîne.

Dans la zone Pacifique, la Chine se maintient autour de 6,6 % mais le Japon est stagnant. Le temps n’est donc pas tout à fait au beau fixe, d’autant plus que le FMI observe avec inquiétude une recrudescence du protectionnisme, dont la mode a été relancée avec les options de Donald Trump.

La relance américaine

La locomotive US serait elle-même lancée par le programme économique de Donald Trump.

On sait que l’un de ses projets est un investissement massif dans les infrastructures de transport, dans l’eau et l’énergie, dans le haut débit et dans les hôpitaux. Cela représente 1.000 milliards sur 5 ans.

Mais le financement n’est pas assuré et dans le budget prévu pour 2018, seulement 17 milliards de dollars sont prévus pour le transport. La hausse prévisible des taux d’intérêt réduira la capacité d’investissement de l’administration américaine.

Mais le FMI sous-estime ces contraintes, et suivant la théorie keynésienne qui inspire cette institution, il mise sur l’effet multiplicateur de dépenses publiques additionnelles.

En réalité, la dynamique américaine dépendra avant tout des gains de productivité, qui eux-mêmes sont suspendus à des investissements permettant l’adaptation de l’industrie manufacturière à la concurrence mondiale.

Mais quid si le protectionnisme renchérit les coûts de production et diminue le pouvoir d’achat des consommateurs américains ? Il y a trop d’incertitudes sur les mois à venir pour miser la croissance mondiale sur la « relance américaine ».

Le redémarrage européen

En revanche, les hypothèques politiques qui pèsent sur l’Europe sont peut-être en train de se lever. Certes le Brexit n’est pas encore réglé et la liquidation pourrait être coûteuse. Mais vraisemblablement, le Frexit vient d’être évité.

En Allemagne, la chancelière a remporté les élections en Sarre et le quatrième mandat est maintenant en vue. Hier lundi, le différentiel de taux d’emprunt à 10 ans (spread) entre France et Allemagne a chuté spectaculairement de 25 % après la victoire de Macron, et l’euro a repris trois points contre le dollar (passant de 1,08 à 1,04).

C’est dire que les chances de réorganisation des institutions européennes (et en particulier de la gestion de l’euro) réapparaissent. Certes, les nuages qui assombrissent le ciel européen sont encore bien noirs : la Grèce ne sort pas de sa crise, ni l’Italie, et les divisions sont grandes entre pays du Nord et du Centre, et pays du Sud.

Les relations politiques avec la Russie sont également tendues. Dans ces conditions, les conjoncturistes, et ceux du FMI en particulier, ont le choix entre le pronostic d’une croissance retrouvée et la prudence extrême, que commandent les données géopolitiques. Choisissons la prudence.

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