Face à Macron, il faudra reconstruire une opposition de qualité

Comment soutenir Macron dans les bonnes idées qu’il pourrait avoir et comment le refréner sur les mauvaises si l’on n’entend que les vitupérations étatistes de Le Pen et Mélenchon à l’Assemblée et dans les médias idoines ?

Par Nathalie MP.

À quoi ressemblera l’opposition à Emmanuel Macron ? La question semble prématurée, voire audacieuse : le second tour n’a pas encore eu lieu, on ne sait même pas vraiment à quoi ressemblera sa majorité, ni même s’il sera capable d’en trouver une.

Et il est vrai que si l’on considère qu’on a eu droit à beaucoup de surprises depuis le début de la campagne électorale présidentielle, on ne peut exclure tout à fait un retournement de l’opinion à la faveur de tel ou tel événement qui rendrait Macron complètement inacceptable pour une majorité d’électeurs. 

Ce que disent les sondages

Cependant, ce n’est pas ce qui se dessine actuellement. Les sondages disponibles tablent sur du 60 / 40 en faveur du candidat En Marche ! Dimanche dernierMarine Le Pen a obtenu 21,3 % des suffrages exprimés et 7,6 millions de voix.

Avec les reports envisagés depuis le socle électoral de Dupont-Aignan, depuis la droite filloniste, et depuis la gauche mélenchoniste – admirons au passage combien tous ces gens vont s’apprécier entre eux – elle parvient à se hisser à 40/42 %. Avant d’arriver à 50 % plus une voix, il lui reste un travail gigantesque à accomplir.

• Donc faisons l’hypothèse, raisonnable à ce jour, qu’Emmanuel Macron sera élu le 7 mai. Il me semble que ses électeurs du premier tour sont de deux sortes : ceux, jeunes très souvent, qui l’ont choisi pour le nouveau visage, pour la modernité, pour le changement, pour l’espoir et la fraîcheur printanière qu’il leur a promis de discours en discours, et ceux, plus tardifs et moins poètes dans leur adhésion, qui ont fui un Parti socialiste en déroute après l’élection de Benoît Hamon à la primaire de gauche.

Ralliements à gauche

Ajoutez à cela des ralliements de nombreuses personnalités indiscutablement issues du PS ou des cercles des « forces de progrès », voire du PCF en la personne de Robert Hue, ex-Secrétaire général de ce parti connu pour son goût pour l’initiative privée, et vous comprenez que la politique qui sera menée, même si elle s’affuble généreusement du terme « liberté », butera rapidement sur deux difficultés : comment concilier les attentes et les intérêts divergents de toutes ces personnes, comment s’extraire de l’ADN socialiste version social-démocratie qui est pratiqué en France depuis 35 ans, que ce soit mollement par la droite ou allègrement par la gauche après l’échec du programme commun de Mitterrand ?

Or la France est aujourd’hui dans une situation de faillite – disait Fillon, ce en quoi il avait totalement raison – qui tranche complètement sur ce qui se passe chez nos grands voisins et qui ne permet pas de s’accommoder des quelques timides mesures baignées d’envolées lyriques d’Emmanuel Macron.

La nouvelle situation en France

Pour bien prendre la mesure de la situation actuelle de la France, je vous propose de vous reporter au tableau comparatif avec l’Allemagne et le Royaume-Uni que j’ai dressé dans From beautiful France with love, et également au dernier article de h16 L’évaporation des problèmes n’est pas pour maintenant.

En plus de ce qui précède, nous pouvons aussi ajouter à la longue liste des mauvais résultats de François Hollande un élément supplémentaire dont nous avons eu connaissance hier : le chômage a fortement augmenté au cours du mois de mars 2017.

En un mois, la catégorie A, celle des chômeurs complètement sans emploi, a bondi de 43 700 personnes, soit la plus forte hausse depuis 2013. Au total depuis le début du quinquennat, le nombre de chômeurs de catégorie A a augmenté de près de 600 000 personnes sans jamais vraiment se retourner.

Les « bénéfices » de la social-démocratie

Si l’on intègre les catégories B et C (faible activité) pour la France entière,  on atteint 5,8 millions de chômeurs soit 1,2 million de plus qu’en mai 2012. C’était un petit condensé des bénéfices évidents de la social-démocratie.

Tout ceci n’a pas empêché François Hollande de nous expliquer récemment qu’il laissait à son successeur « un pays en bien meilleur état » que celui qu’il avait trouvé.

Il s’accroche comme il peut à son refrain du « Ça va mieux », au cas où des hagiographes se mettraient en tête de devenir biographes. Il est un point, cependant, sur lequel il nous a livré des indices intéressants : d’après lui, quand on est socialiste, on est forcément social-démocrate. Et d’après lui toujours, il faudrait que son successeur s’inscrive dans la continuité de son action.

Ce premier tour est une satisfaction pour le président, qui voit un ancien ministre, l’un de ses proches, en mesure de remporter la présidentielle. (déclaration d’un proche de François Hollande)

Hommage à la nullité de Hollande

Comme il vient d’annoncer son intention de voter pour Emmanuel Macron le 7 mai, on ne peut que redouter que le quinquennat de ce dernier ne se transforme en un long hommage à la nullité de son prédécesseur.

• C’est pourquoi j’en suis venue à me dire qu’il faudrait que l’opposition qui va se former contre lui, dans l’opinion publique comme à l’Assemblée nationale, soit une opposition de qualité.

J’entends par là une opposition qui ne verse pas automatiquement dans les projets extrémistes qui nous ruineront rapidement et à coup sûr comme ceux de Marine Le Pen, présente au second tour, et Jean-Luc Mélenchon, non présent mais fort de 19,58 % des voix, et singulièrement silencieux sur ses consignes de vote et son propre vote, pour quelqu’un qui a toujours prétendu vouloir battre le Front national tout en soutenant bruyamment Hugo Chavez (grand bienfaiteur du Vénézuela comme chacun sait).

Programme communiste

Tout  programme qui, à l’instar du programme commun de la gauche en son temps, intègre protectionnisme, revalorisation brutale du salaire minimum et des pensions, baisse du temps de travail, baisse de l’âge de départ en retraite, fiscalité confiscatoire, abandon pur et simple du respect des 3 % concernant le déficit public, fuite dans la dette et passage obligé par la volonté de l’État dans tous les domaines – un tel programme se termine inéluctablement en débâcle dont les personnes les plus modestes font les frais avant toutes les autres par le chômage et la baisse du pouvoir d’achat.

Or ceci est exactement la proposition du FN et du Front de gauche, modulo quelques différences de moins en moins perceptibles, même sur les questions de l’immigration, de l’Europe et de l’Euro (éléments vilipendés mais qui n’expliquent pas vraiment nos difficultés quand on se compare à nos voisins).

Le poids des extrêmes

Le poids de ces deux composantes politiques qui ne sont pas sans rapport entre elles, sur le plan des idées comme sur celui des électeurs, est inédit lors d’une présidentielle et il se répercutera forcément sur la qualité de l’opposition au futur Président.

Comment soutenir ce dernier dans les bonnes idées qu’il pourrait avoir et comment le refréner sur les mauvaises si l’on n’entend que les vitupérations étatistes de Le Pen et Mélenchon à l’Assemblée et dans les médias idoines ?

Je crois que la composition de la prochaine Assemblée doit se préparer dès le second tour de la Présidentielle.

Si l’opposition à Macron de type Marine Le Pen vous convient, si la politique du pire vous attire, alors n’hésitez pas : votez Le Pen déjà charitablement épaulée par le Front de gauche, donnez-lui un large score, accordez-lui une crédibilité et une assise populaire qui lui permettront d’engranger des députés et faire des discours outragés sur l’ultra-libéralisme du gouvernement – appréciation purement fantasmagorique, car pour Marine Le Pen comme pour Jean-Luc Mélenchon, François Hollande a mené une politique ultra-libérale !

Penser l’autonomie des personnes

Mais si comme moi, vous espérez que les projets du gouvernement pourront peut-être être amendés pour certains, stoppés pour d’autres et acceptés pour quelques autres encore, et si comme moi vous souhaitez voir émerger dans notre classe politique des idées de qualité vraiment libérales, c’est-à-dire celles qui favorisent l’autonomie des personnes, alors ne votez pas pour Marine Le Pen le 7 mai et permettez que se forme ensuite un groupe parlementaire solide comprenant des députés de la droite et du centre.

Non pas que je prenne l’UDI ou LR pour des partis très libéraux. Il existe cependant la possibilité que le passage renouvelé dans l’opposition ainsi que le quinquennat hollandais qui se profile ne réactivent la nécessité de « transformer la France en profondeur » pour de bon. Possibilité qui est complètement exclue si on laisse tout le bénéfice de l’opposition à Le Pen et son allié objectif Mélenchon.

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