Macron est seul

Emmanuel Macron est le survivant d’un monde assiégé, non son héros triomphant.

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Macron est seul

Publié le 27 avril 2017
- A +

Par Dominique Reynié.
Un article de Trop Libre

La première manière de juger la performance d’Emmanuel Macron est de souligner l’exploit d’un candidat qui, n’ayant exercé aucun mandat électif, est devenu à 39 ans en mesure d’accéder à la présidence de la République. La seconde manière oblige à souligner la défaite simultanée des partis de gouvernement.

Ensemble, les candidats socialiste et Les Républicains (25,8 %) n’atteignent pas le score de Nicolas Sarkozy en 2007 (31,1 %) ou celui de François Hollande en 2012 (28,6 %), signe clair de ce délitement dont le 23 avril est le produit, autant que de l’audace de M. Macron. Son score (23,9 %) est l’un des deux plus faibles pour un président, si tel devait être le cas, avec Jacques Chirac, lui-même difficilement parvenu au second tour, avant la victoire, en 1995 (20,8 %) puis en 2002 (19,8 %).

La droite et la gauche hors jeu

À deux reprises déjà (1969 et 2002), la gauche a été éliminée du second tour. Mais lors cette élection, pour la première fois, aucun des candidats de la droite et de la gauche de gouvernement ne survit au scrutin.

Le parti héritier du fondateur de la Ve République et de l’élection présidentielle au suffrage universel se voit sèchement écarté. Le Parti socialiste n’a, lui, pas eu à subir la concurrence des écologistes ; de même, la droite défaite n’a pas eu à supporter la concurrence des centristes, pour la première fois depuis 1965. En 2017, les écologistes et les centristes n’ont pas ­présenté de candidat.

Seul Jacques Chirac…

Logiquement, la conséquence est une fonte rapide de l’assise électorale des candidats de gouvernement accédant au second tour. Depuis 1965, les deux candidats finalistes ont toujours été issus des partis de gouvernement, à l’exception de 2002 – et désormais de 2017.

Entre 1965 et 2012, en moyenne, les candidats de gouvernement accédant au second tour ont représenté 44,6 % de la population électorale (inscrits). En 2017, il n’y a qu’Emmanuel Macron que l’on peut considérer comme un candidat de gouvernement ; or, sa base de premier tour ne représente que 18,9 % des inscrits… Seul Jacques Chirac a fait moins, en 2002, (13,9 %) en raison d’une abstention supérieure (28,4 %).

Ce n’est pas non plus l’abstention qui peut expliquer l’hécatombe. Redoutée, elle n’a pas eu lieu. On s’en réjouit, mais c’est dans le cadre de cette forte participation que Marine Le Pen établit un nouveau record pour le FN, depuis sa création ; c’est encore dans ce cadre que Jean-Luc Mélenchon parvient presque à doubler son score de 2012, frôlant l’accès au second tour.

Or, à l’occasion de son discours, au soir du premier tour, Emmanuel Macron n’a pas semblé prendre la mesure de cette réalité profondément troublée. Il faudra convaincre lors du second tour. L’ambiance de fête au QG d’En marche ! était-elle appropriée ?

Face à un vote protestataire fragmenté

Ce même soir, depuis une cité populaire du Pas-de-Calais, Hénin-Beaumont, ces terres du socialisme sincère et du gaullisme historique, si loin de la capitale, siège de son adversaire, Marine Le Pen appelait à la « grande alternance », au « grand débat », celui de la France contre la mondialisation.

Sans attendre, elle pilonnait son concurrent, l’épinglait candidat du « système », de « la mondialisation sauvage qui ruine notre civilisation », de la dérégulation et de ses conséquences, « les délocalisations », « l’immigration », « la libre circulation des terroristes », « héritier de Hollande », figure parfaite de « l’argent roi », des « élites arrogantes », avant de s’affirmer « candidate du peuple », dans un hommage au général de Gaulle.

Il ne faut pas se tromper sur la difficulté du second tour, le 7 mai. Face à un vote protestataire fragmenté mais peu ou prou majoritaire, Emmanuel Macron sera bien seul.

Toutes celles et ceux qui ont appelé à voter pour lui ont été défaits, aux élections présidentielles ou aux primaires, faisant de lui le candidat des sortants. Marine Le Pen s’efforcera de mobiliser ce vote de rupture, la « France du non », celle de 2005, qui voyait ensemble les partis de gouvernement, de droite et de gauche, sèchement battus par des forces protestataires (54,6 %), de droite et de gauche.

Survivant d’un monde assiégé

Comme au Royaume-Uni ou aux États-Unis, le tour décisif prendra place dans un monde démocratique fragilisé, au cœur d’une Europe confrontée à une offensive populiste inédite depuis les années 1930, dans un pays, la France, où les programmes de rupture ont su donner le jour à une coalition hétéroclite mais majoritaire, en 2005, et où, le 23 avril 2017, la moitié des électeurs ont bel et bien cherché la rupture.

Emmanuel Macron est le survivant d’un monde assiégé, non son héros triomphant. C’est pour préserver leur patrimoine d’une aventure hors de l’euro que les Français pourraient finalement le soutenir, non pour un programme de réformes dont ils ne veulent décidément pas, que l’Europe attend et que les gauches radicales s’apprêtent à combattre.

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  • Bonjour à tous.

    Je suis curieux.
    Quel est votre avis sur le reportage de Mathieu Ruffin face à Nicolas Doisy (de 2012 mais valable pour 2017) qui démontre que c’est bien la Haute Finance via l’UE qui dirige, entre autre, notre économie ?!

    Je ne peux poster la vidéo car je me suis fait censurer hier, mais elle facilement accessible.
    Bien à vous.

  • Rien à ajouter, la conclusion parle d’elle même.

  • Et le pourcentage de Macron par rapport aux Français de plus ou moins fraîche date en âge de voter ?

    Sachant que des femmes et des hommes « très bien », voire admirables, économico-politiquement cultivés et se dévouant sociétalement quotidiennement ne sont volontairement plus ou pas inscrits sur les listes de la tragi-comédie électorale

    • « le pari de la jeunesse et du dynamisme »: Attali, Bergé, Drahi (sans parler des Bayrou et autres « novateurs »)… Quelle jeunesse!
      Ces vieux vautours du capitalisme de connivence ne sont pas moins dangereux que MLP puisqu’ils nous ont déjà conduits là où nous en sommes aujourd’hui.
      Quant à Vichy, je vous rappelle que les pleins pouvoirs de Pétain ont été votés par une double chambre à très large majorité… socialiste, et non FN comme vous voudriez le faire croire (mais quand on est habitué à déformer l’Histoire, on n’est pas à ça près).

  • A quoi de se lamenter au lendemain d’un 1er tour, d’ergoter ou hésiter comme Mélenchon, une partie de la Gauche et de LR. Voulez-vous par ces lamentations au pire, analyses au mieux faire le lit de Marine le Pen. Vous oubliez que son parti est né d’anti-gaullistes et de vychisois et d’autres composantes de l’extrême-droite, et qu’il s’est certes banalisé mais n’a pas vraiment changé au fond comme le démontre hier la nomination de son leader à titre temporaire ! Faîtes le pari de la jeunesse et du dynamisme, d’une forme de libéralisme qui même si vous ne la jugez pas « pure » sera toujours meilleur que le protectionnisme ringard et l’isolationnisme archaïque de Marine Le Pen qui entraîneront la France vers la catastrophe.

    • Je ne veux ni de l’un, ni de l’autre. Je veux que cette élection passe vite car l’un ou l’autre ne pourra gouverner sereinement, Leurs programmes sont de vastes foutaises pour berner les gogos, de vrai fourre-tout pour plaire au plus grand nombre, démagogique à souhait mais tellement destructeur. Nous avons atteint le summum de l’incompétence en propulsant ces deux hérauts.
      Que le prochain président ou présidente s’avoure sa victoire juste un bon mois avant ces législatives qui risquent de rabattre les cartes.

  • ceux qui n’ont rien à perdre voteront MLP ,les autres voteront macron ; les consignes de votes des perdants ne serviront à rien ; quand à macron , il est certainement moins seul que le pen qui a tout les partis contre elle ;

  • Macron a commis deux erreurs depuis dimanche : sa fête à la Rotonde avec le gratin de la gauche caviar et ses paroles aux salariés de Whirpool qui ne vont pas lui assurer les voix de la France d’en bas … il devient un Sarkozy de gauche à grands pas

  • et la hausse inattendue du chômage en mars ne va pas le conforter puisqu’elle est le résulat d’une politique économique dont il est co responsable

  • Sans voter FN il n’est pas non plus utile d’adouber Macron ! pour l’instant, il est sélectionné par moins d’un Français sur 5 (24% du nombre de votants) .. il est voué à gagner mais par défaut une fois de plus dans notre pays ! ensuite il lui faudra trouver une majorité laquelle le tiendra rênes serrées et il ne pourra gouverner et ce sera le chaos annoncé … sa façon colérique de répondre aux medias n’est pas bon signe non plus ! bref ni lui ni l’autre ! et ceux qui critiquent les abstentionnistes et autres votes blancs ou nuls je leur rappelle simplement que nos députés et sénateurs s’abstiennent régulièrement au moment du vote des lois !! l’exemple vient paraît-il d’en haut mais en haut il n’y a personne !!

  •  » la droite défaite n’a pas eu à supporter la concurrence des centristes, pour la première fois depuis 1965″
    Heu, Macron est centriste.

    • je pense à un cheval de Troie.

    • Il ne suffit pas de se dire centriste pour l’être. Il est centre-gauche.
      Un centriste, dans l’intérêt du pays, chercherait à diminuer le poids de l’État, constatant que notre situation comparativement aux autres nations n’est pas raisonnable et ne chercherait pas à faire des cadeaux qui déresponsabilisent (impôts locaux, droit au chômage pour des non cotisants)… Trop de promesses pour être centriste (malheureusement).

      • Même si je comprends votre réponse, je ne peux m’empecher de persister : centre-gauche, donc centre !
        Et vu les ralliments récents, il arrive aussi à fédérer (un peu) le centre droit. Enfin !

        Pour moi un centriste est avant tout un pragmatique, apte à prendre les bonnes idées à droite, à gauche, en haut, en bas dès lors qu’elles sont utiles.
        Ca n’est pas forcément un libéral total : si une solution libérale est néfaste dans une situation donnée, alors il ne faut pas la mettre en place.
        Par contre si la situation change et que la solution libérale préalablement rejetée devient une bonne solution, alors il faut la mettre en place.

        Et pour le moment, Macron a montré qu’il suivait cette ligne là.

  • Je suis retraité ancien du RPR en rupture avec LR. Toutefois pour ma conviction démocratique j’ai toujours refusé le FN. le pensant extrémiste et dangereux. Aujourd’hui j’admets très sincèrement que je constate un abandon de ces thèses extrémistes, ces termes peuvent peut être choquer la génération Miterrand, élevée dans l’illusion et l’abandon de la culture et de l’identité Française, mais je pense que le moment est venu de réfléchir et de conclure que presque 8 millions de Français ne sont pas des extrémistes et que toute cette classe politique liée au capital n’a plus le droit de nous représenter. Mr Macron va, pour combler le déficit de ces 30 dernières années, augmenter la CSG d’environ 1.75%, ce qui va encore impacter le pouvoir d’achat et le rendement de vos économies, quelles sont ses solutions pour améliorer votre quotidien? Ce soir je vais l’écouter sur TF1 en espérant le voir se découvrir et sortir enfin du brouillard, et me convaincre que voter Marine est une erreur, mais pour l’instant (??????) Faites pareil et ne vous laissez pas endormir par les médias qui jusqu’à ce jour ont téléguidés vos esprits et vos votes. Nous ne méritons pas ces abus et devons réagir, alors éliminons les produits de ce système.

  • Excellent article!
    Ce second tour sera l’occasion d’une dernière victoire victoire a la Pyrrhus de ce qui apparaît réellement comme étant le « Système ». Celui-ci ne prend même plus la peine d’être discret.
    Quant aux « No pasaran » moraux que l’on répète a chaque scrutin, il a prouvé son inutilité, puisque les sondages indiquent que MLP a déjà gagné 19 points.
    Rassurons-nous, elle n’obtiendra jamais plus de 12 ou 13.000.000 de votes au second tour. En fonction de la capacité de Macron a convaincre les Français des bienfaits de la mondialisation, des directives européennes, de l’honnêteté et du sens social des banquiers a qui il doit tout…ces 12 ou 13.000.000 de voies représenteront entre 35 et 43% .
    Suivront les législatives de juin qui si le rapport de force de ce premier tour se confirme promet une belle pagaille et de nombreux appels au « front républicain ».
    Un concept qui a de moins en moins de sens pour de plus en plus de Français.
    On leur oppose une « peur théorique », un retour a l’age sombre de la collaboration », « des cohortes de « chemises brunes » sur les champs Elysées…c’est bien, mais a Amiens, les lettres de licenciements, les huissiers, et tôt ou tard la police, sont bien réels eux.
    On oppose des chimères aux menaces réelles de la mondialisation que l’on promet, bien entendu, de reformer. Une mondialisation a laquelle s’oppose 42% des electeurs (melanchon+Le Pen)…
    Soit, ce qui reste de la démocratie gagnera en ce dimanche de mai, mais au pris de la disparition de sa structure, des partis politiques qui en furent les piliers…
    Que restera-t-il a opposer dans 5 ans?

  • Il n’y a rien de neuf dans le macronisme.
    Non ce n’est pas  » c’est nouveau, ça vient de sortir ! « , ce n’est pas la fin du système par la disparition des deux partis majeurs LR et PS.
    C’est au contraire l’aboutissement de quarante année du système politique de rente et d’accointance en France.
    En Marche a remplacé ce que d’aucuns qualifiaient d' »UMPS » et ce parti est la concrétisation du « Front Républicain ». EM c’est Le Camp du Bien, le camp de la bienpensance morale et des accointances entre les entreprises du CAC 40 et l’Etat.
    A voir la foule des médias, des politiciens et des sponsors qui s’y précipitent de droite et de gauche… c’est un coup de génie.
    Pour quel avenir ?

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