Quel enseignement tirer du premier tour de l’élection ?

L’enseignement fondamental du 23 avril : la France n’est pas un pays qu’on domestique.

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Quel enseignement tirer du premier tour de l’élection ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 25 avril 2017
- A +

Par Philippe Bilger.

Cette fois, ça y est. C’est fini (France 2, Sud Radio).

Emmanuel Macron sera notre prochain président de la République. Il vaincra évidemment Marine Le Pen au second tour et le débat entre eux, le 3 mai, sera attendu avec impatience mais il ne sera pas susceptible de modifier ce « plafond de verre » même suprême dont le FN va encore pâtir.

On a commencé d’ailleurs d’emblée – et cela ira jusqu’à la nausée démocratique – à multiplier les soutiens à Emmanuel Macron, même de la part de ceux qui au gouvernement et durant cinq ans, à cause de leur politique si peu populaire ont fait monter le Front national. La présence de Marine Le Pen au second tour va à nouveau troubler le débat politique puisque toutes tendances confondues, gauche et droite réunies, haro sur le FN ! Le paysage reprendra son relief authentique et structuré ensuite. Plus tard.

Une campagne pas si pauvre que ça

Cette campagne prétendument pauvre sur le fond aura été excitante, stimulante, anecdotique, choquante, injuste et partiale. La justice s’en sera mêlée à son corps défendant mais il y a des irruptions médiatiques qu’on n’a pas le droit de négliger. François Fillon n’a pas cessé de décliner après son triomphe de la primaire.

D’abord à cause de certaines incertitudes programmatiques puis en raison des « affaires » qu’on a d’emblée collées à son statut de favori sans lui laisser une seconde de répit par la suite.

Détournant le citoyen de la qualité de son projet pour ostensiblement ne l’occuper qu’avec la découverte d’une personnalité surprenante, voire décevante. Qui par ailleurs a très mal géré sa défense. François Fillon s’est exprimé avec beaucoup de classe pour reconnaître son échec et en assumer seul la responsabilité. Il votera en faveur d’Emmanuel Macron.

Contre les puristes

Je considère que les « puristes » dédaigneux de cette campagne ont eu tort. Il faut croire que le peuple n’a pas agréé l’avis de ses élites prétendues. Puisque la participation a été considérable et que l’abstention se situe à un niveau acceptable de 22%.

Les primaires n’ont pas saturé, elles ont avivé, ravivé la passion civique.
Il y aura toujours des indifférents chroniques qui se moquent comme d’une guigne de la chose publique mais surtout une masse structurellement déçue qu’aucune espérance n’a mobilisée pour favoriser son retour vers une politique classique, même à tonalité extrémiste. Cette constance que plus rien n’affecte est une plaie pour la démocratie.

Le rôle des médias

L’effervescence médiatique elle-même n’est pas parvenue, malgré la qualité et la pluralité des débats qu’elle a permis, à impliquer dans le vote encore plus de citoyens.

Alors que pour les médias ces jours ont été d’abord des jours de gloire où leur utilité républicaine était manifeste mais aussi – l’un des paradoxes de cette période – des moments où discutés, contestés, voire vilipendés à cause de leur partialité et de leur questionnement, ils ont subi et enduré le pire. Jamais leur nécessité n’est apparue comme plus éclatante mais, en même temps, leur rôle et leurs méthodes n’ont jamais été plus sévèrement jugés.

Ce n’est pas parce que Jean-Luc Mélenchon n’a pas poursuivi sa montée stoppée juste avant François Fillon – étant devenu, avec la faillite de la cause du courageux Benoît Hamon, le seul candidat plausible des gauches socialiste et communiste – qu’il n’a pas profondément marqué cette campagne pour le meilleur et pour le pire.

Ce dernier est relatif à son programme qui n’a jamais su se dépêtrer d’une impression qu’un Matamore exhibant ses muscles et ses admirations pour des dictateurs « ensoleillés » ne serait pas le président capable de redresser la France et de réformer l’Europe. J’ose à peine imaginer ce que le premier tour aurait été si Benoît Hamon avait eu une absence d’amour-propre telle qu’elle aurait pu le conduire à se rallier à l’ascension longtemps impressionnante de Jean-Luc Mélenchon.

Importance du verbe

Le meilleur est venu de la constatation, enfin, que la qualité du verbe est capitale, la capacité de persuasion fondamentale, l’empathie discursive et l’intelligence démonstrative obligatoires, la culture une richesse qui irrigue la dialectique et nourrit les propos.

Là où Juppé a échoué – il n’a jamais voulu de coach alors que pour la primaire il en aurait eu tant besoin ! -, où Fillon n’a pas réussi, où Hamon n’a pas brillé, Mélenchon a excellé.

Ce n’est pas rien d’avoir fait entrer dans les têtes populaires, politiques et médiatiques cette évidence que parole et adhésion sont indissociables et que c’est peine perdue de prétendre enthousiasmer sans le charisme d’un verbe exemplaire et admiré. J’espère une contagion pour le futur.

Les instituts de sondage fiables

Les instituts de sondages n’ont pas à rougir. Ils n’ont pas démérité pour ce qu’ils avaient à exiger d’eux-mêmes, pour ce qu’on avait le droit d’attendre d’eux. Depuis des semaines, peu ou prou ils nous annonçaient le duo de tête et ne nous cachaient pas l’essor de Mélenchon et, malgré une légère reprise, le tassement de Fillon.

Il est significatif que malgré l’offre pluraliste présentée sur la table de la démocratie, il y ait tout de même, malgré le « mouchoir de poche » qu’on pressentait, une distinction aussi sensible entre les deux premiers et les deux suivants – si proches l’un de l’autre – pour ne pas évoquer Hamon lâché.

A bien apprécier le résultat, il me semble qu’il a effectué un partage net et original entre les politiques classiques et éprouvés – quelles que soient les différences entre leur programme, le caractère « insoumis » de l’un et conservateur de l’autre – et deux incarnations de l’inconnu.

Les partis classiques en miettes

En effet, Mélenchon et Fillon – et j’y ajoute Benoît Hamon – relevaient d’un monde ancien, orthodoxe, repérable. Le citoyen se sentait en pays de familiarité et de connaissance. Mais les partis classiques, installés de gauche comme de droite sont en miettes.

Avec Emmanuel Macron et Marine Le Pen, dans un registre sans commune mesure, l’électeur avait privilégié une sélection inédite. Un saut dans l’inconnu. Pour Macron, sa jeunesse, l’étrangeté fulgurante de son destin, son parcours professionnel rapide et contrasté, sa nouveauté dans l’univers politique, sa personnalité si naturellement centriste et, pour beaucoup, convaincante dans sa volonté de dépasser les clivages traditionnels constituent autant d’éléments qui paradoxalement ont plus rassuré l’électeur qu’ils ne l’ont inquiété.

Nouveauté de Macron

On l’a crédité, en ces temps violents et troublés, d’une aptitude au régalien, d’une présomption d’autorité qu’il n’avait pas encore démontrées. On lui a fait confiance précisément parce qu’il ne les avait pas usées et donc qu’il n’avait pas eu le temps de décevoir.

Marine Le Pen, même défaite le 7 mai, aura gagné son pari. La dédiabolisation qu’elle a menée aura atteint ses effets.

La distinction entre l’extrémisme du père et le pragmatisme rigoureux de sa fille a été clairement marquée et seuls encore quelques obtus, parce qu’on ne se détache pas des vieilles lunes et des conformismes, ressassent que Jean-Marie et Marine participent du même monde intellectuel, historique et politique.

Macron l’inconnu

Macron a été choisi parce que le visage de l’inconnu, avec lui, était désirable, honorable, ne troublait pas l’âme ni l’esprit. Marine Le Pen a été choisie puis sera vaincue parce qu’on avait envie d’essayer sur l’arc démocratique – ou de s’en donner l’illusion – une flèche qui n’avait pas encore servi, qu’on devinait guère opératoire mais que l’inconnu, avec elle, faisait peur, donnait mauvaise conscience, aurait trop ressemblé à un chaos que son programme et ses ennemis auraient engendré.

Un inconnu tentant, un inconnu éprouvant, inquiétant, provocant. L’arbitrage était facile pour un peuple qui aspire aux audaces mais tempérées, au changement mais douillet et confortable, qui proteste mais ne désire pas être pris au mot, aux maux.

Un président de la République ayant jeté l’éponge, des primaires qui à droite et à gauche ont donné des résultats que leurs suites ont dégradés, des bouleversements et des controverses de tous les instants, une classe politique pas si médiocre que cela, Emmanuel Macron élu le 7 mai prochain.

Il y aura les élections législatives. Derrière l’apparence tactique de la concorde jusqu’au 8 mai, le parti des Républicains et le parti socialiste seront revisités, agités jusqu’à leur possible disparition. Les frontières de la politique ne seront plus les mêmes et les camps perdront de leur identité rigide. Pour la vie démocratique aussi, il y aura de l’inconnu à foison.

L’enseignement fondamental du 23 avril : la France n’est pas un pays qu’on domestique.

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  • Votre article est pertinent, mais contrairement à vous je pense tout à fait l’opposé. A savoir et pour faire une synthèse de ma perception de cette élection, je persiste à penser qu’elle nous a été volée par les médias qui nous ont véritablement détourné des véritables enjeu et programme pour n’en faire qu’une piètre série de télé réalité qui inonde nos écrans pour nous abrutir un peu plus. Et donc, nous avons été domestiqué, manipulé et amené là ou nos élites le souhaitaient.Par contre la réaction qui se fait entendre et qui est étouffée à chaque nouvelle élection finira malheureusement par prendre le dessus, mais cette fois avec de telles frustrations, rejet et colère que le résultat ne pourra être que violent. Et la vous pourrez affirmez que la france ne peut être domestiqué, mais la situation ne sera pas propice à s’en réjouir.

  • macron élu le 7 mai prochain ….vous avez une boule de cristal ? vous pouvez me donner les prochains numéros du loto , please ? merci d’avance…….

    • @ véra
      + 1 000
      Non, l’avenir n’est pas écrit: je viens de lire que 42% disent qu’ils vont voter M.Le Pen et entre 20 et 30 % pour E.Macron, le reste, indécis: il y a le feu!

      Les « Français » se sont habitué à une extrême-droite « édulcorée ».

      Mais elle est bien restée xénophobe et raciste, utilisant les boucs émissaires comme seuls responsables du désastre national et le repli national comme seule solution. C’est simplement absurde et démago! Grandiloquent et ridicule!

      Et si M.Lepen passait malgré le « plafond de verre » (hypothétique!), vous rendez-vous compte du discrédit total dans lequel la France va tomber dans sa politique extérieure?

      E.Macron reste un « ? », plus contingent que doctrinaire ou idéologique, sans doute, mais « dans les normes ».

      M.Le Pen, c’est la porte ouverte au n’importe quoi! Mais sûrement à la catastrophe puisque les prémisses sont fausses!

  • « la France n’est pas un pays qu’on domestique. » C’est une boutade?

  • La grande question reste les législatives.
    On saura alors si les partis « historiques » PS/LR sont vraiment morts ou non.

    • @ AxS
      Poser la question est y répondre!

      Les politiciens feront semblant que oui, la population a déjà décidé que non!

      Les « primaires » étaient bien le cache-misère (et la preuve?) de partis désunis!

      • Ne vous méprenez pas, je souhaite vivement un renouvellement et la fin de ces partis historiques.
        Ne serai-ce déjà que pour eux, pour qu’ils puissent se remettre en question et renaitre pour enfin apporter quelque chose à la France et aux français.

        Mais je reste lucide : les législatives sont autrement plus rigides que la présidentielle. Les partis historiques – au sens très large : le PC a encore de nombreux députés ! – peuvent conserver un grand nombre de siège, bien au delà de leur représentativié réelle.

        Un renouvellement est à portée de main, mais ça ne sera pas facile du tout.
        Macron a peut etre fait le plus facile…

        • @ AxS
          Vous voulez dire que le système est « blindé » pour que les électeurs ne perturbent pas le jeu de « de l’entre-soi »?

  • La France est peuplé par des abrutis. 3 candidats marxistes dont un obtient 19%, 24% pour le clone de Hollande et 21 pour MLP! Comment peut-on redresser un pays en décadence dans ces conditions?

  • Cette élection nous enseigne…..Que sur 12 candidats 1 seul était présentable bien que normalement disqualifié par sa présence au gvt ,ce qui veut dire que la sélection préalable à été truquée , un jeune étalon au milieu de tocards..Le résultat est assuré avec l’accord tacite de tous …Complot ou tentative de sauver la France en donnant à nos prêteurs ce qu’ils veulent?

    • Les primaires de droite et de gauche ont sélectionné des candidats très marqués, aux positions diamétralement opposées. Laissant un boulevard à l’opportuniste et brillant Macron… qui n’aurait pas dépassé 10% avec Juppé à droite et Hollande à Gauche…

      Ce qui m’a choqué profondément durant cette campagne, c’est qu’elle est perçue comme une compétition au seul but d’être le premier le soir du 7 mai.
      Hors, il s’agit de choisir un projet pour l’ensemble du pays, l’ensemble de ses habitants.
      Le pire a été atteint quand Fillon faisait siffler les juges, les médias et même jusqu’aux élites LR éloignées de la ligne Fillon…
      C’était helas habituel chez Le Pen…. et cela a aussi été entendu dans les meetings de hamon et de Melanchon.
      Le 7 mai il y aura un nouveau président, issue d’une base fragile ne dépassant pas 24% des 77% de participant soit moins de 20% des citoyens…
      Alors un peu d’humilité…. tant chez les candidats que chez leurs supporters dont l’enthousiasme devrait s’éloigner du fanatisme…

      • Une fois encore on en revient à un décalage de plus en plus grand entre nos élites et le peuple Français. Un président élu avec 20% des voix c’est 80% de frustrés!!! comment croire dans ces conditions que cela peu fonctionner!

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