Rien ne rendra l’État efficace

Il faut cesser de demander à l’État d’être efficient. Il ne peut pas l’être et n’a sans doute pas vocation à l’être. Son efficacité devrait se mesurer selon d’autres critères.

Par Cécile Philippe.
Un article de l’Institut économique Molinari

Tout le monde a le mot à la bouche. L’État français n’est pas efficace. Pour preuve, les déficits générés aussi bien au niveau de son administration centrale qu’au niveau des collectivités locales ou encore de la Sécurité sociale.

Nombre de classements internationaux placent la France en mauvaise position, qu’il s’agisse d’éducation (26e position dans le classement 2016 de Pisa, mesurant le niveau des élèves de 15 ans au sein de l’OCDE), de la facilité à y faire des affaires (27e position sur 144 pays dans le classement de la Banque mondiale) ou du niveau de la qualité de vie (22e position sur 188 pour l’Indice de développement humain calculé par les Nation Unies).

Des dépenses publiques à 57% du PIB

Dans un pays où les dépenses publiques représentent 57 % du PIB et les recettes publiques 53 %, il y a tout lieu de penser que cela pose problème. Même s’il n’y a pas l’unanimité sur la question, nombreux sont ceux qui pensent qu’il est plus que jamais nécessaire de rendre l’État plus efficace.

Je pense, au contraire, qu’on se fourvoie en espérant rendre l’État efficace. Au lieu d’espérer corriger les dysfonctionnements qu’on constate, on devrait se poser les bonnes questions, ce qui nous orienterait vers des solutions efficaces aux problèmes de fond.

La difficulté du sujet vient sans doute de ce que l’on confond deux choses quand on parle d’efficacité. La première est simplement le fait d’atteindre son objectif. La deuxième est plus subtile car elle prend en compte la quantité de ressources qu’il a fallu utiliser pour atteindre ledit objectif. D’ailleurs, il existe un autre terme pour cela : l’efficience. S’il est normal d’attendre des structures publiques qu’elles atteignent les objectifs assignés, leur efficience est plus problématique.

Pour mesurer l’efficience, il faut des instruments de mesure. Ce qu’on ne peut pas mesurer a du mal à exister. Fort heureusement, nos décisions peuvent en général s’appuyer sur un instrument de calcul fondamental, les prix. Ces derniers permettent notamment de comparer ce qui a été obtenu par rapport à ce qui a été investi. La réalisation d’un profit indique que les ressources, loin d’avoir été gaspillées, ont permis de générer un surplus pouvant être alloué à autre chose.

L’État ne peut pas être efficient

Or dans le domaine public, les calculs sont difficiles ou impossibles à faire. C’est un monde où les prix résultant d’échanges libres n’existent pas. On ne peut pas mesurer la valeur d’un jugement ou d’une scolarité en fonction de ce que les utilisateurs sont prêts à payer, ces prestations étant financées par l’impôt.

D’où la difficulté à calculer l’efficacité de ces services, faute de pouvoir comparer les gains qu’ils génèrent pour les individus aux coûts de production des prestations. Est-ce un problème ? Oui, quand on se situe dans un pays comme la France où le périmètre de la sphère publique ne cesse de croître dans tous les domaines.

Plus encore, vouloir appliquer des critères d’efficience peut conduire à l’inverse de l’objectif voulu. En santé, par exemple, la doxa veut que le système devienne efficient et cesse de générer des déficits. L’objectif est noble mais les moyens proposés peuvent être pires que le mal.

En effet, faute d’avoir des prix, l’efficience du système se mesure à toutes sortes d’indicateurs sortis des manuels théoriques de management. Or, on ne peut jamais être sûr que la méthode employée est la bonne, à savoir qu’elle fournit le niveau de soin voulu par les patients pour un coût collectif qu’ils peuvent supporter.

Générer des externalités positives

Par conséquent, il faut cesser de demander à l’État d’être efficient. Il ne peut pas l’être et n’a sans doute pas vocation à l’être. Son efficacité devrait se mesurer selon d’autres critères, comme sa capacité à générer ce qu’on appelle des “externalités positives”.

Un bon État est, par exemple, à même d’assurer la sécurité des citoyens sur son territoire ou de créer un environnement juridique stable permettant le développement des individus et des entreprises.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut rien changer, bien au contraire. Mais il faut plutôt se poser les bonnes questions, et notamment se demander si l’État n’en fait pas trop. Les réformes qui marchent sont celles qui cherchent à redéfinir le périmètre de l’État plutôt que de rechercher une hypothétique efficacité. C’est là que réside l’efficience du système, dans un meilleur équilibre entre ce dont s’occupe la puissance publique et ce qui doit être organisé en dehors d’elle.

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