Présidentielle : les risques à se faire plaisir sur une candidature anecdotique

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Marine Le Pen, Leader of the French National Front Image Courtesy: Rémi Noyon (www.flickr.com/photos/remijdn/6957828536/), Licensed under the Creative Commons Attribution 2.0 Generic | Flickr

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Présidentielle : les risques à se faire plaisir sur une candidature anecdotique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 18 avril 2017
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Par Thierry Weil1
Un article de The Conversation.

Le 12 novembre dernier, sidéré par la récente victoire de Donald Trump, je publiai un article expliquant pourquoi un second tour opposant Le Pen à Jean‑Luc Mélenchon était plausible, sinon probable. Le raisonnement était purement arithmétique.

Si, comme cinq mois plus tôt en Angleterre ou quelques jours auparavant aux États-Unis, près de la moitié des électeurs rejetaient la classe politique traditionnelle et la mondialisation et partageaient leurs suffrages entre les deux candidats populistes dégagistes, en votant par exemple à 25 % pour Marine Le Pen et à 20 % pour Jean‑Luc Mélenchon, tandis que les autres se répartissaient de manière à peu près équilibrée entre les 3 offres des candidats souhaitant rester dans l’Europe et dans l’Euro (on pouvait supposer alors qu’il s’agirait d’Alain Juppé, François Hollande et Emmanuel Macron), alors nous aboutirions « mécaniquement » à un second tour Le Pen–Mélenchon.

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À ce jour quatre candidats sont à 21 ± 3 % d’intentions de vote déclarées, avec une tendance à l’érosion pour ceux qui sont en tête et une dynamique positive pour Jean‑Luc Mélenchon. L’hypothèse d’un duel Le Pen–Mélenchon au second tour reste donc plausible et inquiétante.

Sécession des riches et trahison des élites

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comme dans l’ancienne Angleterre industrielle ou la Rust Belt américaine, les populations qui subissaient de plein fouet les conséquences du déclin de l’industrie ont vu leur situation se dégrader. On leur répétait que la mondialisation était une source de prospérité, mais ils avaient le sentiment de ne pas profiter de cette prospérité.

Pendant les Trente Glorieuses, l’enrichissement général profitait à tous, et particulièrement aux moins favorisés. Les riches s’enrichissaient, mais leur richesse ruisselait sur le territoire sous forme d’emplois de mieux en mieux payés et de prestations sociales. Aujourd’hui, comme le décrit Pierre Veltz dans La société hyperindustrielle, les riches ont toujours besoin du travail des pauvres, mais pas forcément des pauvres de leur territoire. Ils achètent des produits fabriqués dans des pays à bas salaires, passent leurs vacances à l’étranger, embauchent des employés de maison venus d’Afrique ou d’Asie.

Cette perte des liens de solidarité entre les métropoles bénéficiant des opportunités de la mondialisation et leur arrière-pays se traduit par des velléités de sécession. Londres ne peut-elle rester une zone franche européenne ? La côte ouest de la Californie, New York et Boston doivent-ils subir les choix des ploucs du Midwest ? Des dirigeants d’entreprise en vue prônent des accords de compétitivité reposant sur la sobriété salariale et réduisent leurs effectifs tout en s’octroyant des salaires vertigineux. Des affaires comme les « Panama papers » révèlent qu’un nombre inquiétant de nantis se soustraient à leurs obligations de « contribution en fonction de leurs possibilités ».

On voudrait être convaincu qu’il s’agit de cas exceptionnels condamnables et pourchassés par des pouvoirs publics diligents. On découvre pourtant que des responsables politiques occupant de hautes fonctions et aspirant à de plus hautes encore ont usé de leurs privilèges d’une manière indélicate, même s’il appartiendra à la justice de décider s’il s’agit de détournements caractérisés d’argent public et de trafic d’influence. Sensibles aux pressions des lobbies, les élites politiques et administratives n’ont pas toujours fait leur travail de régulateur dans l’intérêt des plus vulnérables ou des générations futures.

Peut-on alors reprocher à l’homme de la rue de conclure que ceux qui profitent du système, parfois sans rien faire de répréhensible, se préoccupent peu de son sort et que les représentants élus ou nommés censés le protéger ont trahi leur mission ?

Quoi de plus naturel que de souhaiter « dégager » ces élites qui ont collectivement failli ?

Quelles alternatives au dégagisme ?

Tous les candidats proposent donc, comme Macron, « de nouveaux visages et de nouveaux usages ». Aucun ne défend le bilan de la dernière législature, puisque le candidat du PS dont ce devrait être le rôle s’est construit contre ce bilan. Mais toutes les alternatives ne se valent pas.

Celles que proposent les isolationnistes populistes ressemblent au mieux à la Pologne ou à la Hongrie, au pire au Venezuela ou aux régimes autoritaires. Mais les gens raisonnables ont souvent sous-estimé le temps nécessaire pour que leurs dégâts soient sensibles. Beaucoup d’Anglais auxquels on promettait une apocalypse imminente n’ont pas encore vu de dégradation manifeste de leur situation. La bourse américaine montre une certaine confiance des marchés moutonniers dans les perspectives américaines qui ne peut que conforter les électeurs de Trump.

Le Pen comme Mélenchon ont remarquablement réussi leur dédiabolisation. La nouvelle stratégie de Fillon consiste à dire qu’il ne demande pas aux électeurs de l’aimer ni de l’estimer mais de vouloir l’alternance. Malgré un programme largement aussi clair que celui de ses adversaires, Macron a du mal à contrer simultanément la stratégie de la droite prétendant qu’il est un cryptogauchiste héritier d’un bilan que personne ne défend depuis l’éviction de Valls et la stratégie de la gauche dénonçant tout libéralisme comme nécessairement antisocial.

Vote plaisir ou vote utile ?

Ceux qui n’adhèrent pas au projet de Macron se rebiffent face à l’argument du vote utile pourtant prôné par des personnalités comme Braouézec ou Cohn-Bendit, peu suspectes d’ultralibéralisme, ou par un François Bayrou qui n’est pas devenu bolchevik. Croyant que la messe est dite et que les acteurs du second tour sont déjà connus, ils souhaitent exprimer leur positionnement plus libéral en votant Fillon ou plus social en votant Mélenchon ou Hamon, voire leur écœurement en s’abstenant… ou pire. Quoi de plus légitime ?

Ce raisonnement, nous l’avons déjà entendu il y a quinze ans. Presque personne ne doutait alors que le second tour opposerait Jospin et Chirac. Les sondages ne donnaient-ils pas encore cinq points d’avance au premier sur l’outsider Le Pen à l’aube du premier tour ? Pourquoi alors se priver du plaisir d’envoyer un signal de l’importance qu’on attachait à l’écologie, à la souveraineté ou à certains thèmes sociaux ?

Ceux qui se firent ainsi plaisir le firent à moindres frais. Ils avaient certes fait perdre la gauche, mais pouvaient au moins voter au second tour pour un candidat républicain, convaincu de la nécessité de poursuivre le projet européen malgré ses défauts et que la France ne pouvait se désintéresser de la situation mondiale, abandonner les pays les plus vulnérables aux appétits des puissances hégémoniques, ne pas appeler au respect des droits de l’homme.

Ceux qui ignorent l’histoire prennent le risque de la voir se répéter. Mais le risque aujourd’hui est bien plus grand qu’hier.


Article sous licence CC-BY 2.0 – sur le web
The Conversation

  1. Membre de l’Académie des technologies, Professeur au centre d’économie industrielle, Mines ParisTech – PSL.
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  • Tout cela est bien joli, mais il faut le rappeler, chacun n’a qu une voix/voie ! on ne peut pas donner une « conscience » au résultat. Ce qui fait que le seul vote utile d un premier tour c’est de voter selon son choix, y compris pont un petit candidat, blanc ou de s abstenir. IL sera toujours temps de faire de la stratégie entre les deux tours. Ce ne sont Pas les electeurs qui votent mal c est un système qui est devenu absurde en ne donnant la possibilité que de choisir entre des nuls, qualifes par des élus stupides et abstentionnistes.

  • D’après les derniers sondages Macron, Fillon et Mélenchon seraient dans un mouchoir de poche.
    Je ferais donc un vote utile dimanche à l’occasion du 1er tour.

  • d’aprés sputnik , fillon est assuré d’être au second tour ;

  • Faillite totale de tous les gouvernements depuis des lustres.
    L’offre politique des partis traditionnels est minable, de plus bonnet-blanc et blanc-bonnet. Pour un média soi-disant indépendant vous exagérez, vous intimez pratiquement vos lecteurs de voter utile c’est à dire Fillon en l’occurrence !
    Votons Asselineau !

  • Si vous trouvez que votre qualité de vie et votre pouvoir d’achat se sont améliorés depuis 2002 quand on nous a imposé le passage à l’euro en 2002 : votez Fillon ou Macron. Si vous voulez être plus taxés, que tout soit plus taxé et donc que les prix montent : votez Mélenchon. Dans tous les cas contraires, vous savez pour qui voter. C’est très clair et simple et a même le mérite d’éviter le débat sur la défense des valeurs chrétiennes pour lesquelles nos ancêtres se sont battus.

  • Un second tour Melenchon Le Pen est le meilleur résultat possible.
    Cette élection est vraiment géniale, déja on a assisté a l’explosion du PS, une des organisations les plus nuisibles que la France est jamais connue.
    Un second tour des extrêmes parachèvera la démolition. Macron n’incarne rien hors de la perspective Présidentielle.
    Si il n’est pas au second tour , on n’entendra plus jamais parler de lui et de son parti.
    Tous les rats qui avaient fui le navire Hamon couleront avec le navire Macron.
    Si Fillon n’est pas au second tour, la Droite explosera tout comme la Gauche.
    Si Le Pen veux le pouvoir , elle devra proposer une alliance avec la Droite classique, si les caciques refusent, ils se suicideront au yeux de leurs électorat qui n’accepterons pas de voir la Méluche Président.

    Si la Méluche arrive au pouvoir, on aura un type qui ne représentera réellement que 10 % de l’électorat. Probablement, ce ne serra rien d’autre qu’un Tsipras qui reniera toutes ses promesses arrivé au pouvoir, mais l’hypothèse Maduro est pleine de potentiel aussi pour guérir définitivement la France du socialisme.

    Et l’auteur parle de plaisir, quel plaisir DIVIN ce serra de voir la tète déconfite de tous les donneurs de leçons de morale pendant l’entre deux tours. Ça vaux bien le risque en ce qui me concerne.

    • La théorie du chaos, la seule qui pourrait nous sauver de la funeste pente sur laquelle nous nous sommes engagés !? Elle n’est pas sans mérite et à certains égards, même peut-être séduisante !

      • Une théorie du risque, pas du chaos.
        Cette élection est historique, on ne choisit pas le locataire de l’Elysée pendant les 5 prochaines années, mais le destin de notre pays.
        Si vous croyez qu’être raisonnable, c’est ne pas prendre de risque alors votez pour un candidat modéré qui ne prendra pas de risques.
        Gamelin était considéré ,et a juste titre, comme un des militaires les plus intelligents de France. Il était très raisonnable aussi, accommodant, ouvert, la crème des hommes.

  • Ce n’est pas aux candidats « extrêmes » qu’il faut imputer la situation économico-politique actuelle. Voilà quelque chose de difficilement escamotable. Mélenchon fait peur et donc on veut le diaboliser, c’est logique. Je prétends que JL Mélenchon soutient l’esprit d’entreprise, l’entreprenariat. Ce qu’il a dans le collimateur c’est le grand capital. Ob essaie de nous dire que sans eux, il n’y aura plus qu’un désert économique en France. Mais l’argent est là à profusion. Draghi fait tourner la planche à billets mais l’argent reste là car il n’y a plus personne pour se lancer. Ce n’est donc pas le capital qu’il faut défendre mais l’industrie et les PME et Mélenchon le fait.

  • Avant on peut toujours faire des prédictions qui ont l’apparence de la cohérence. Mais les hypothèses de départ le sont elles ? Vraiment ?
    En vérité, il n’y a aucun scénario écrit d’avance aujourd’hui. Il sont quatre a pouvoir sortir du chapeau. Et il n’y a que deux places.
    La vérité sera celle d’un jour, celles des Français dans l’isoloir.
    La Palice n’aurait pu dire mieux, mais La Palice a pour mérite d’avoir toujours raison. Ce qui est loin d’être le cas de la thèse présentée ici par M. Weil qui inclut dans le couplé gagnant le dernier des outsiders. Selon les intentions de vote attribuées par les derniers sondages, l’occurrence statistique du tandem « Penanchon » (selon mon propre calcul… discutable) ne dépasse pas 8%…

  • Mon dieu , que tout cela est insignifiant ,la disparition du PS et des républicains nous mène à la IVeme république la République des ententes entre enfoirés !

  • Le vote utile serait le vote Macron?

    Non, si on veut voter utile il faut voter Fillon. Macron patine, la dynamique est du côté de Fillon.

  • Les commentaires sont fermés.

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