L’Allemagne devrait se souvenir de l’héritage de Ludwig Erhard

L’Allemagne est à un tournant politique et devrait s’inspirer du père du miracle économique allemand pour trancher.

Par Bill Wirtz.

Rien ne semble vraiment changer à Berlin. Les sociaux-démocrates et les conservateurs d’Angela Merkel forment une grande majorité au parlement, qui a réduit les efforts de rigueur budgétaire et de réformes initiées par le gouvernement précédent. La Gauche allemande est dans l’impasse, divisée entre une nouvelle alliance avec Merkel ou une coalition avec les écologistes et l’extrême gauche.

En cette période de post-crise, l’Allemagne ne devrait pas faire de l’organisation du prochain gouvernement sa priorité mais plutôt s’intéresser au fait de savoir comment une économie de capitalisme libéral permettrait de libérer le potentiel de la population active allemande. Le champion historique du libéralisme, l’ancien politicien conservateur Ludwig Erhard, devrait servir de modèle contre le vide idéologique de la politique contemporaine allemande. Erhard est connu pour avoir organisé la période de dérégulation économique la plus importante du 20e siècle. Au lieu de s’orienter vers une politique de plus en plus interventionniste, Berlin devrait suivre l’exemple d’Erhard qui pensait que ce sont aux individus, et non aux décideurs centraux, de déterminer le futur du pays.

Créer une économie basée sur les individus

Ludwig Erhard, pointé du doigt pour ces idées libérales sous le gouvernement de Konrad Adenauer de 1949 à 1963 est connu sous le nom de « l’architecte d’un miracle ». Dans l’ouest de l’Allemagne, ravagé par la Deuxième Guerre mondiale, Erhard était convaincu que seuls les individus pouvaient être à l’origine du progrès économique. Cette conclusion l’a mené à abolir les contrôles de prix instaurés par les Alliés et qui avaient diminué la production alimentaire, à abroger les barrières tarifaires et à réduire l’impôt sur le revenu de 15%. Erhard, en dérégulant l’économie allemande, a déchaîné la production industrielle, qui a triplé en deux ans seulement, et permis l’augmentation rapide du niveau de l’épargne.

Ludwig Erhard se refusait les honneurs de ce miracle économique. En effet dans son livre Wohlstand Für Alle (« prospérité pour tous »), il définit parfaitement le capitalisme libéral :

Ce qui s’est produit en Allemagne… n’est pas du tout un miracle. C’est le résultat des efforts de tout un peuple à qui, en maintenant leurs principes de liberté, on a donné l’opportunité d’utiliser l’initiative individuelle et l’énergie humaine.

Même si l’Allemagne n’est pas dans la même situation économique qu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’interventionnisme de plus en plus prononcé est un frein pour l’économie. La dette publique allemande est à 78% du PIB, loin des critères de convergences de 60% prévus par le traité de Maastricht. Comparé à la France, on pourrait prétendre en effet que Berlin profite des faibles attentes à son égard. Tout de même, elle doit faire face à une perte d’attractivité dans les années récentes, notamment à cause des prix de l’électricité – les plus élevés en Europe du fait de la décision du gouvernement de sortir du nucléaire – et à cause de l’introduction du salaire minimum en 2015.

L’Allemagne doit retrouver une vision pour le futur à travers les principes du marché libre. Si le thatchérisme a su se maintenir au Royaume-Uni, alors l’héritage intellectuel de Ludwig Erhard lui-aussi devrait être conservé. Il est temps que les libéraux fournissent à l’Allemagne la diversité intellectuelle dont elle a besoin.

Cet article est une traduction de l’article « Make Germany Miraculous Again », originalement publié par la Foundation for Economic Education (FEE).