Non, Bachar El-Assad et Daech ne sont pas « des barbares de la même nature ».

Non, Daech et Bachar El-Assad ne sont pas de même nature, et il convient d’avoir une réponse différenciée face à chacun.

Par Alain Cohen-Dumouchel.

« Daech d’un coté et Bachar Al-Assad de l’autre sont aujourd’hui des barbares de la même nature » déclarait Benoît Hamon le 7 avril 2017, cité – entre autres – par Le Monde – d’après une dépêche AFP.

Une fois de plus, Benoît Hamon a tout faux. Car quiconque a un minimum de culture politique est capable de faire la différence entre un régime totalitaire et un régime dictatorial.

Quel que soit le caractère odieux et insupportable des frappes chimiques imputées à Bachar El-Assad, il existe bien une différence de nature entre les crimes du dirigeant syrien et ceux de Daech.

La dictature est une forme d’organisation du pouvoir dans l’État. Le dictateur emploie tous les moyens pour conserver le pouvoir et notamment la force et la violence. Le contraire de la dictature c’est la démocratie, qui permet aux individus de révoquer les hommes de l’État lorsqu’ils deviennent indésirables (les démocraties ne permettent évidemment pas de les choisir). Bachar El-Assad est clairement un dictateur sanguinaire, un criminel, capable de tout pour garder le pouvoir.

Dans un tout autre registre, Daech est une organisation totalitaire, c’est-à-dire un groupe qui vise à étendre de façon quasi totale le pouvoir de l’État sur les individus. Daech prétend régler tous les détails de la vie des femmes et des hommes. Les écarts de la population par rapport au modèle défini par Daech (écouter de la musique, danser, chanter, peindre, boire de l’alcool, avoir des relations sexuelles hors mariage, être athée ou homosexuel, etc.) sont punis d’emprisonnement, de sévices, de mutilation ou de mort. Le contraire du totalitarisme c’est donc le libéralisme qui laisse les individus libres de poursuivre leurs buts tant qu’ils n’empiètent pas sur le droit des autres.

En plus de son caractère totalitaire local, Daech a clairement des visées hégémoniques et veut convertir la terre entière à ses principes.

Daech n’est pas une organisation totalement antidémocratique. Les prises de décisions et le pouvoir au sein du groupe État islamique, du moment qu’ils obéissent au modèle théocratique islamiste, sont relativement partagées et ses dirigeants sont interchangeables. Bien entendu ils ne sont pas élus au suffrage universel mais les processus de nomination des chefs ressemblent un peu à ceux de la grande époque du communisme ; une démocratie relative au sein du parti, des comités de quartier ou des entreprises.

Ces définitions établies, on voit bien que Bachar Al-Assad n’est pas un totalitaire. Il ne cherche pas à imposer un mode vie particulier et précis au peuple qu’il gouverne. Dans la Syrie de Bachar on peut faire à peu près ce que l’on veut tant que l’on ne s’oppose pas directement ou indirectement au pouvoir. On est libre de sa religion, de sa nourriture, on peut circuler librement, commercer, se distraire, recevoir des amis. Seule la critique du régime ou l’opposition politique sont violemment interdites.

Donc lorsque Emanuel Macron établit une hiérarchie entre Daech d’une part et le régime de Bachar El-Assad il n’a pas tort. De même lorsque François Fillon désigne Bachar El-Assad comme un point de passage possible pour une négociation, il ne fait que constater « au feeling » une différence de dangerosité entre les deux régimes.

Pas sûr toutefois que tant Macron que Fillon aient une parfaite conscience de la différence fondamentale qui fait que l’on peut négocier avec Bachar El-Assad mais qu’il est totalement exclu de faire de même avec les hommes de Daech. Il faudrait pour cela qu’ils aient quelques bagages théoriques en philosophie politique que l’on n’acquiert malheureusement, ni en maîtrise de droit ni à l’ENA, si brillant soit-on.

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