Contre la tyrannie fiscale, la solution est peut-être le Bitcoin (vidéo)

A législation comparable, Bitcoin connaîtra une adoption plus large dans les pays qui ne sauront pas maîtriser leurs dépenses publiques, leur dette et leurs prélèvements obligatoires que dans les pays qui sauront garantir un fonctionnement à peu près sain.

Un article de l’école de la liberté

On a beaucoup écrit sur la crypto-monnaie numérique bitcoin, et il n’est pas rare que l’attention portée à la conception technique de cette innovation nous empêche de prendre suffisamment de recul sur sa portée plus large en matière économique, politique et sociétale.

Dans la série de vidéos consacrées aux conséquences de la révolution numérique pour l’État et les pouvoirs publics, l’École de la Liberté publie une vidéo de Pierre Schweitzer consacrée à Bitcoin et dans laquelle il rappelle quelques implications prévisibles de cette innovation pour l’État dans un futur proche.

L’apparition des monnaies-papier et des produits bancaires, deux outils au service du développement fulgurant du commerce dans les siècles passés, a imposé la présence d’un tiers de confiance. Pour l’édition d’une monnaie papier il s’agit de l’État qui décide alors de la gestion plus ou moins rigoureuse de sa monnaie, avec les dérives que cela a souvent provoqué : croissance excessive de la masse monétaire et inflation consécutive.

Dérives du système étatique

Pour l’échange de valeur par jeu d’écritures, une manière de s’affranchir des inconvénients pratiques de l’argent liquide, la banque est là pour garantir la validité du paiement effectué et offrir au porteur de valeur des instruments pratiques pour dépenser son argent.

Mais les banques étant soumises légalement à l’État, de graves dérives ont émaillé le fonctionnement du système, comme la spoliation légale des épargnants chypriotes ou le mal-investissement encouragé par l’administration américaine à l’origine de la crise des subprimes à l’automne 2007. Il n’existait jusqu’à récemment aucun moyen de décentraliser ces systèmes pour se passer du tiers de confiance et des inconvénients liés.

Bitcoin : une étape historique

Bitcoin a changé la donne : par son architecture technique reposant sur la validation collective des transactions par la cryptographie, avec un risque de fraude extrêmement limité, la monnaie du même nom marque une étape historique dans l’histoire de la monnaie.

C’est la première fois que deux individus peuvent échanger de la valeur de manière fiable sans devoir recourir à un tiers de confiance : la confiance est dans l’ADN du système Bitcoin.

Il est également important de noter que l’émission monétaire y est strictement régulée dans sa conception même : le nombre de bitcoins total sera de 21 millions et pas un de plus, émis à un rythme constamment réajusté pour s’adapter au volume de transactions en attente, puisque l’émission de nouveaux signes monétaires n’existe que pour récompenser le travail des « mineurs », soit les individus ou groupements qui mettent à disposition de la puissance de calcul informatique pour authentifier les transactions.

Tendance déflationniste du Bitcoin

La tendance naturelle de la monnaie bitcoin est donc résolument déflationniste, et les possesseurs de bitcoins voient leur pouvoir d’achat augmenter avec le temps.

Tout ceci est à l’opposé de ce que nous connaissons actuellement. Aujourd’hui les banques centrales subissent une pression politique des États pour émettre toujours plus de monnaie, dans une vision de relance keynésienne.

Les taux d’intérêts, au lieu de se fixer naturellement, sont décidés d’en haut et sont actuellement au plus bas. Heureuse conjoncture pour les gouvernements qui peuvent ainsi financer à bon compte la croissance continue des dépenses publiques par de la dette.

L’obligation pour les agents économiques d’utiliser les monnaies à cours légal permet à ce système tout entier orienté vers le court terme et la dépense publique de se maintenir.

Ce que serait le bitcoin au quotidien

Imaginons un monde où les individus pourraient recourir aux bitcoins dans la vie quotidienne. L’État ne pourrait plus financer si facilement sa dépense publique, car les prêteurs comprendraient bien vite l’intérêt de posséder des bitcoins plutôt que de prêter des euros dont la valeur sera moindre au moment du remboursement.

Bien sûr nous n’avons pas encore atteint ce stade car d’une part Bitcoin est dans un flou juridique qui n’est pas de nature à rassurer les agents économiques, et d’autre part l’inflation demeure relativement maîtrisée dans les pays occidentaux.

Mais tous les pays n’ont pas cette chance : ainsi les citoyens du Zimbabwe, du Venezuela ou même de l’Argentine ont déjà compris que l’utilisation de Bitcoin permet de palier les déficiences de leur État, lorsque ce dernier est incapable de maîtriser l’inflation.

Remède aux systèmes monétaires défaillants

Le taux de pénétration de Bitcoin dans ces pays est notablement plus élevé qu’ailleurs, signe que ce dernier est prêt à prendre la place des systèmes monétaires défaillants pour redonner aux individus le pouvoir d’échanger loin de la rapacité des gouvernants.

La nature anonyme de Bitcoin, rendant très difficile l’évaluation par l’État du patrimoine en bitcoins de ses administrés, est une menace réelle pour les recettes fiscales. On pourrait y voir un risque de faillite à terme des services publics que l’État procure aux citoyens.

Mais passé un certain niveau de prélèvements obligatoires, et considérant que la quantité et la qualité des services publics est loin de s’accroître en proportion de ces ponctions fiscales, l’existence d’une alternative, même si elle devait un jour être déclarée totalement illégale, garantira à ceux qui en prendront le risque la possibilité de se prémunir de ce qui ressemble de plus en plus à une tyrannie fiscale.

On peut donc prendre le pari suivant : à législation comparable, Bitcoin connaîtra une adoption plus large dans les pays qui ne sauront pas maîtriser leurs dépenses publiques, leur dette et leurs prélèvements obligatoires que dans les pays qui sauront garantir un fonctionnement à peu près sain.