Cambadélis devant la spirale de l’échec du Parti socialiste

J-C Cambadélis mars 2015-Parti Socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)

Cette semaine, malgré les menaces d’exclusion de Cambadélis à l’égard des élus socialistes qui accordent leur parrainage à Emmanuel Macron, un certain nombre de proches de François Hollande évoque un « mal-être » face à la campagne de Hamon.

Par Nathalie MP.

« Bonjour mes amis », comme dit Jean-Christophe Cambadélis, Secrétaire général du PS, au début de ses petits éditos vidéos hebdomadaires. Généralement il poursuit en expliquant que « cette COP21 est déjà une réussite » ou que « ce référendum sur l’unité du PS pour les Régionales est déjà une réussite » ou que « cette primaire de la Belle Alliance Populaire est déjà une réussite. » Cette élection présidentielle serait-elle déjà une réussite pour le PS ? Oh que non. Lundi (le 6 mars 2017), tout déprimé qu’il était, notre Camba ! 

Il y a seulement quinze jours, il faisait encore une lecture relativement optimiste de la situation électorale de Benoît Hamon, candidat officiel du PS. Plaçant Marine Le Pen largement en tête, relevant les difficultés des candidats Fillon (emplois présumés fictifs) et Macron (formulations approximatives), tenant compte d’un premier succès de Hamon dans son effort de rassemblement de la gauche (ralliement des écologistes), il considérait que les trois grands concurrents du FN étaient potentiellement entre 18 et 20 % des intentions de vote, ce qui permettait à chacun d’envisager un accès au second tour. À chacun, donc à Hamon, pour peu que la gauche (n’est-ce pas M. Mélenchon ?) veuille bien s’unir autour du candidat validé par la primaire de gauche.

Un futur pas si désirable

Analyse déjà fort audacieuse à l’époque, car si Benoît Hamon a ponctuellement atteint les 18 % dans un sondage IFOP au lendemain de la primaire, il ne les a jamais dépassés. Aujourd’hui, Mélenchon a claqué la porte des négociations de rapprochement avec le PS, et Hamon, malgré son intention de s’adresser directement aux électeurs de gauche « pour battre la droite et l’extrême droite » et faire advenir « un futur désirable », a du mal à se faire entendre au-delà d’un modeste score oscillant entre 13 et 15 %.

La semaine politique que l’on vient de vivre, entièrement occupée par les aventures de François Fillon, ne lui a certes pas facilité la tâche. Même le fringant Macron s’est retrouvé à dévoiler son programme le jeudi 2 mars 2017 dans une relative indifférence alors qu’il était précisément attendu au tournant sur ce sujet.

C’est justement ce que déplorait Cambadélis sur un ton complètement désabusé et déconfit dans son édito vidéo de lundi (ci-dessous, 01′ 55″). On nous amuse avec le feuilleton Fillon et on ne peut même plus faire campagne convenablement :

Sur le plan politique, la France est au bord du chaos (…) tous les jours il y a un événement qui interdit au débat politique pour les présidentielles de s’installer. (…) Chaque jour une anecdote, chaque jour un problème, chaque jour le buzz, autour d’éléments qui ne sont pas des réponses à ce qu’attendent les Français.

Fillon et les affaires

Mercredi dernier, François Fillon prenait en effet l’initiative de plonger son parti dans une panique indescriptible afin de faire taire définitivement les critiques sur sa candidature dans le contexte de l’affaire des emplois présumés fictifs de sa femme. Le tout sur fond de rebondissements quotidiens au gré des défections ou des professions de soutien qui ont alimenté les « live » ininterrompus de médias ravis de la bonne affaire et complètement « autistes »1 par rapport à tout le reste.

Annonçant à la fois sa convocation par les juges en vue d’une possible mise en examen et son intention de se présenter à la présidentielle quoi qu’il arrive malgré des déclarations inverses et récentes à la télévision, il a cherché à écarter l’impact des décisions de justice en s’en remettant au suffrage universel et à faire taire les doutes des cadres de son parti en appelant directement les électeurs de droite à venir le soutenir dans une grande manifestation au Trocadéro.

Retour à la case départ

Aujourd’hui, retour à la case départ. Fillon est bien le candidat de la droite, il en a reçu la confirmation à l’unanimité par un comité politique paralysé par le temps (le premier tour aura lieu le 23 avril), par l’absence d’un quelconque plan B satisfaisant et surtout par le fait que François Fillon a magistralement dominé la primaire de droite.

Si le candidat parvient, une fois élu en mai, à faire aux syndicats ce qu’il a fait à son parti, on ne pourra que se réjouir de sa pugnacité. J’ai néanmoins des doutes. Son programme n’a pas attendu l’affaire Penelope pour subir une forme de « recentrage ». Il y a fort à parier que comme Macron, il va s’ingénier à expliquer qu’il veut « enlever les verrous » qui immobilisent tout en mettant des « filets de sécurité » partout, selon la tradition sociale-démocrate qui de Rocard en Jospin et de Chirac en Hollande, nous a conduit exactement où nous sommes, c’est-à-dire au bord de la faillite et très loin derrière nos voisins comparables.

Reprise de la campagne

Quoi qu’il en soit, la campagne présidentielle peut maintenant reprendre son cours. Si François Fillon n’est certes pas franchement un candidat libéral, il est incontestablement le seul qui peut satisfaire des électeurs qui souhaiteraient battre la gauche, c’est-à-dire apporter une sanction amplement méritée aux sortants, et battre l’extrême-droite dont le positionnement est incommensurablement plus étatiste que le sien.

Le travail ne sera cependant pas des plus simples. Selon les derniers sondages (ici et ), Marine Le Pen reste accrochée à 26%, Macron la talonne à 25% et Fillon, crédité de 19 ou 20% des intentions de vote, se retrouve 5 points derrière. D’ici le 23 avril, on peut se dire que la baudruche Macron, totalement imbibée du hollandisme qui nous a si brillamment réussi, a le temps de se dégonfler, tandis que Fillon peut récupérer en crédit à mesure qu’on s’éloignera de sa possible mise en examen.

Renforcement de Macron

Mais pour l’instant, les mouvements qu’on observe se font cependant plutôt en faveur d’un renforcement de Macron. La victoire de Benoît Hamon lors des primaires de gauche avait déjà provoqué son lot de défections. Les ennuis de Fillon avaient créé le même appel d’air chez les centristes avec le ralliement officiel de François Bayrou.

Et ça continue. Cette semaine, malgré les menaces d’exclusion de Cambadélis à l’égard des élus socialistes qui accordent leur parrainage à Emmanuel Macron, un certain nombre de socialistes proches de François Hollande, dont Stéphane Le Foll, François Rebsamen, Myriam El Khomri, Jean-Yves Le Drian, s’interrogent sur l’opportunité de le rejoindre tout de suite. Delanoë a officialisé son soutien hier et même Bartolone, qui ne se représente pas aux législatives, évoque un « mal-être » face à la campagne de Hamon.

Les avis divergent

Les avis divergent quant à la conduite à tenir. Pour éviter de donner l’impression de ne pas respecter le résultat de la primaire, il serait sans doute préférable d’attendre que le premier tour soit passé pour annoncer un ralliement à Macron, à supposer que ce dernier arrive bien en seconde position en avril. Mais d’un autre côté, « Hamon stagne trop bas dans les sondages » et son projet crée un malaise.

Il se trouve de plus que François de Rugy, qui était candidat à la primaire de gauche, a ouvert un précédent en revenant explicitement sur sa promesse d’en respecter l’issue. Comme l’expliquent plusieurs proches du chef de l’État :

Passer chez Macron, c’est une remise en cause du PS, de la primaire, c’est aussi soutenir un candidat qui a pu irriter. Ce n’est donc pas un choix facile, mais c’est un choix de raison, de responsabilité.

On imagine bien le coup fatal qu’un tel mouvement entamé avant le premier tour porterait au PS canal historique, d’autant que le rapprochement Jadot Hamon ne se passe pas aussi simplement que le PS l’imaginait.

Mise en examen de Hamon

Un autre élément qui n’est guère en faveur de Hamon et qui pourrait précipiter les ralliements vers Macron vient de ce qu’on a appris récemment que le candidat du PS avait été mis en examen le 7 décembre 2016 suite à un tweet de novembre 2015 où il traitait  Nicolas Miguet d’escroc – et il est vrai que la biographie de ce dernier est une longue suite de démêlés judiciaires et de condamnations. Hamon ayant reconnu que le tweet était bien de lui, le procureur a requis son renvoi devant le tribunal correctionnel « pour injure envers un particulier ».

Malgré l’indignation qui court à droite depuis peu sur ces révélations un peu trop vite mises en parallèle avec l’affaire Fillon, il y a peu de chances qu’elles puissent servir le candidat de droite, bien au contraire. On voit mal des socialistes indignés filer directement chez Fillon à cause de ce tweet. Par contre, prendre prétexte de ce bémol supplémentaire dans la campagne de Hamon pour filer plus vite chez Macron (ou Mélenchon), pourquoi pas ?

Mélenchon loin du compte

Enfin, l’état des parrainages publié hier soir par le Conseil constitutionnel montre que Mélenchon, principal obstacle à un rassemblement idéologiquement compatible à la gauche de la gauche, est encore assez loin du compte. Il n’en aurait que 356 sur les 500 demandés.

S’agit-il d’une sorte de bluff afin de mieux se poser en candidat victime du système, un peu à la façon de Marine Le Pen (qui en est à 483) ? Ou bien doit-on voir dans cette situation les effets du contrôle du PS sur ses élus afin de se venger de la décision du leader du Parti de Gauche de refuser une alliance autour de Benoît Hamon ? À supposer que Mélenchon ne puisse vraiment pas se présenter, les élus de droite auraient tout intérêt à lui accorder leur parrainage plutôt que voir ses voix se porter en partie chez Hamon. On peut donc supposer qu’il obtiendra les 500 nécessaires, d’une façon ou d’une autre.

Jean-Christophe Cambadélis paraît bien seul dans son grand bureau de la rue de Solférino. Mais, commence-t-il à se dire en voyant les défections se suivre et se ressembler, cette primaire de gauche que plus personne ne respecte nous entraîne dans le cercle vicieux de l’échec de la gauche et de la disparition du PS. Foutue pour foutue, oublions-là, oublions le candidat, et proposons à Mélenchon de nous ranger derrière lui2 ! Nous avons toujours un potentiel d’environ 24% à faire valoir au premier tour. Que Mélenchon vienne à nous ou que nous allions à Mélenchon, c’est presque pareil… À nous Le Pen au second tour !

Sur le web

  1. Oui, je prends la défense de François Fillon à qui l’on a reproché d’avoir dit : « Je ne suis pas autiste ». Il aurait aussi bien pu dire « je ne suis pas sourd » ou « je ne suis pas aveugle » sans provoquer pareille bronca. Le sens figuré existe depuis longtemps. C’est typiquement ce genre de politiquement correct stupide et automatique qui vous donnerait presque envie de pactiser avec le diable, et qui joue un rôle non négligeable dans une part du vote FN.
  2. Cette idée, de moins en moins farfelue à mesure que l’hémorragie du PS vers En Marche ! s’accélère, m’a été soufflée par un commentateur, merci à lui ! Si ce n’est que Mélenchon a beaucoup à perdre en quittant son statut d’opposant.