« Macron face à Poutine, impossible ! » Et pourquoi pas ?

By: Paul Hudson - CC BY 2.0

Est-il même nécessaire de rappeler tout ce qui, ces derniers mois, a bousculé les opinions, battu en brèche les convictions et surpris la bonne foi, égaré les évidences et déjoué les pronostics ?

Par Philippe Bilger.

Il convient d’arrêter définitivement les appréciations politiques ou autres fondées sur « je n’imagine pas, on ne peut pas imaginer, on imagine mal… » Par exemple, Emmanuel Macron face à Poutine ou à Donald Trump !

Et les autres, les confirmés, ceux qu’on imaginait si bien, ont-ils pesé lourd ?

Il fut un temps où les comportements et les mérites étaient suffisamment stables pour emporter des hiérarchies et des classements, des prévisions et des plausibilités assurées. Où tout n’était pas cul par-dessus tête. C’est croire encore à un monde disparu que de prétendre, à partir d’une rationalité et d’une évaluation se voulant mesurées, lucides et fixes, imposer sa vision et se persuader que le pas pourra être aisément franchi entre elles et le réel s’inventant chaque jour.

Contre les pronostics établis

Est-il même nécessaire de rappeler tout ce qui, ces derniers mois, a bousculé les opinions, battu en brèche les convictions et surpris la bonne foi, égaré les évidences et déjoué les pronostics ? Au point qu’on peut sans paradoxe soutenir que la seule certitude a été celle de l’imprévisibilité et que cette dernière s’avérera peut-être une chance si elle n’est pas totalement contradictoire avec l’exigence de compétence.

Qui avait prévu le Brexit et l’élection de Donald Trump ?

En France, qui avait prévu le désistement bienfaisant de François Hollande ?

Qui avait prévu la défaite de Nicolas Sarkozy, celle d’Alain Juppé et le triomphe fulgurant et éphémère de François Fillon ?

L’étau Fillon

Qui avait prévu que celui-ci placerait ses soutiens permanents ou conjoncturels dans un insupportable étau ? Qui avait prévu l’alternative de devoir continuer à défendre, grâce à lui, le meilleur projet politique, économique et social pour la France ou d’avoir à se retirer, à cause de lui, d’une entreprise où sa passion du luxe fait pour le moins douter d’une personnalité ayant été choisie pour sa volonté proclamée d’intégrité ? Qui aurait pu prévoir, au mieux, une telle adhésion mais stimulée par l’énergie du désespoir ?

Qui avait prévu le développement de la « bulle » Macron, si peu « esthétique » et si peu « vide » qu’elle attire de plus en plus de citoyens qui se persuadent, beaucoup à gauche, moins à droite, d’avoir avec lui, pour demain, le seul rempart efficace contre le Front national ? (Le Figaro Vox)

Qui avait prévu, sauf une fois leur ampleur constatée, l’irrésistible avancée des populismes décidés à faire de la démocratie non plus une impuissance noble mais une résistance parfois iconoclaste ?

La surprise de certains débats

Qui avait prévu l’importance de certains débats ?

Sur la justice où l’aspiration partisane à une trêve, que la conjoncture politique aurait dû lui imposer, a été vivement combattue et il me semble victorieusement, tant l’idée était saugrenue de séparer l’apothéose républicaine de l’élection de notre président, de l’indépendance d’une institution capitale pour la morale publique…

Sur les médias de plus en plus étonnés, voire scandalisés, par la révolte de ceux qui ne les prennent plus pour des témoins objectifs et des informateurs impartiaux mais les mêlent aux empoignades politiques, sociales, judiciaires et culturelles dans lesquelles, de fait, ils se sont impliqués sans prudence…

Le FN aux portes du pouvoir

Qui avait prévu, sous le quinquennat de François Hollande, que le FN serait aux portes du pouvoir et que les responsables de cette situation s’en laveraient les mains sur les Français qui seraient les coupables, alors que par exemple on a laissé durant quatre ans un véritable pousse-au-FN avec Christiane Taubira ?

Qui avait prévu que Poutine deviendrait le grand ordonnateur international et qu’on opposerait à sa cynique intelligence, son art du rapport de force, nos admonestations moralisatrices et le sens mal compris de nos intérêts ?

La certitude de l’imprévisibilité, oui.

Certes on pourrait soutenir que le Brexit et Donald Trump n’ont été des stupéfactions que pour ceux qui n’étaient pas concernés.

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