Euro, Franc, bitcoin, or : quelle différence ?

Ce n’est pas parce qu’on remplace une monnaie supranationale malhonnête par une monnaie nationale tout aussi malhonnête qu’on règle les problèmes économiques d’un pays.

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Euro, Franc, bitcoin, or : quelle différence ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 17 février 2017
- A +

Par Simone Wapler.

Euro, Franc, bitcoin, or : quelle différence ?
By: Rosmarie VoegtliCC BY 2.0

En écrivant que la sortie de l’euro nous vaudrait à chacun une ardoise citoyenne bien salée, je me suis attiré un tir de missiles bien nourri.

Beaucoup de lecteurs pensent qu’un pays est souverain et que s’il a contracté une dette dans une monnaie, il est libre de la rembourser dans une autre qu’il choisit. Dans un sens, c’est vrai. Mais ce choix a des conséquences très coûteuses.

La complexité de la dette en euro tient au fait que des pays souverains se sont endettés dans une monnaie non souveraine, l’euro. Ne pas rembourser en euro reviendrait cependant à un défaut. Dès lors, le financement du déficit de l’État français obèse et refusant toute cure complétée par un peu de gymnastique se ferait par la planche à billets.

Nul besoin d’une grande imagination pour anticiper les effets d’une telle politique. Il suffit de regarder ce qui se passe (ou s’est passé) au Venezuela, en Argentine ou au Zimbabwe, heureux pays dotés d’une monnaie de singe souveraine dans lesquels les gouvernements ont cru à la solution de la planche à billets.

Un euro ou un franc est un bon d’achat sans valeur intrinsèque dont l’usage vous est imposé

Qu’est-ce qu’une monnaie et à quoi sert-elle ? Un euro est un bon d’achat dans la zone monétaire dans laquelle l’euro a cours légal. Un billet de 10 euros est une créance du porteur (un bon d’achat) valable dans n’importe quel pays de l’Union monétaire. C’est la signature de M. Mario Draghi sur ledit billet qui fait la validité de votre créance. Un euro est par conséquent un moyen de paiement sans valeur intrinsèque (un bout de papier coloré) valable dans une grande zone géographique.

Un franc-front-national (FFN) signifierait que le moyen de paiement en France serait modifié. La valeur intrinsèque du franc resterait tout aussi nulle que celle de l’euro.

Si un étranger a acquis une dette en euro remboursable en euro et qu’on lui donne des francs, son bon d’achat n’est valable qu’en France. Nul besoin d’avoir fait de hautes études de politique internationale pour comprendre que ce n’est pas la même chose : les étrangers préfèrent les bons d’achat les plus acceptés dans le monde.

Si on vous a promis un bon d’achat pour tous les magasins de la chaîne Monoprix et qu’on vous rend un bon d’achat pour le Lidl de Trifouilly-les-oies-pas-sauvages, vous n’êtes pas content.

La confusion entre monnaie et richesse

Comme je m’use à l’écrire, ce n’est pas parce qu’on remplace une monnaie supranationale malhonnête par une monnaie nationale tout aussi malhonnête qu’on règle les problèmes économiques d’un pays.

Les monnaies sans valeur intrinsèque sont attirées vers la malhonnêteté comme la souris vers le gruyère. C’est ce qu’Aristote avait déjà démontré en son temps. La raison est très simple : pour que ces monnaies soient au départ acceptées, l’État émetteur doit user de la force légale.

Ensuite, les gouvernements desdits États pensent invariablement que pour être plus riche, ou pour boucher un trou dans la caisse publique, il suffit d’émettre plus de monnaie, soit directement soit sous forme de crédit. Leur création monétaire est légale, contrairement au faux-monnayage. Au passage, signalons qu’en France le crime de faux-monnayage est plus sévèrement réprimé que le meurtre… 30 ans de réclusion criminelle plus 450 000 € d’amende dans le premier cas. Seulement 30 ans dans le second.

Le faux-monnayage public est cependant légal. Inexorablement, votre bon d’achat perd donc de sa valeur parce qu’il est en concurrence avec de plus en plus de bons d’achat mais que la marchandise, elle, ne s’est pas multipliée. Car aucun gouvernement ne sait la multiplier ! L’État n’est pas le Père Noël… même si les électeurs ont tendance à le croire.

Le bitcoin : une monnaie anarchique bien sympathique

Le bitcoin présente un avantage certain par rapport à ces monnaies malhonnêtes. Le bitcoin se revendique « réseau de paiement » et « nouvelle forme d’argent ». Comprenez argent au sens de monnaie. Son atout est d’être privé, par conséquent exempt de manipulation gouvernementale. C’est une monnaie anarchique, au sens étymologique.

Nul besoin de promulguer une loi pour que les gens adoptent le bitcoin. C’est simplement un choix personnel. Le bitcoin est admis dans une communauté internationale de plus en plus vaste.

Certes Aristote déplorerait toujours que le bitcoin soit sans valeur intrinsèque, mais son atout est que sa quantité est limitée.

Le bitcoin est donc un moyen de paiement sans valeur intrinsèque mais qui possède une garantie de pouvoir d’achat au cas où vous voudriez le conserver un certain temps. En effet, M. Mario Draghi fait naître 80 Mds€ tous les mois mais il n’a aucun pouvoir sur le bitcoin. La Chine promulgue des lois pour contrôler les capitaux mais les Chinois les détournent en transférant de l’argent à l’étranger grâce au bitcoin. En revanche, imaginez une grande panne de réseau informatique et vos bitcoins deviennent inutiles.

La relique barbare : une monnaie à valeur intrinsèque

L’or est une monnaie. Cette monnaie marchandise à valeur intrinsèque a été en son temps une innovation majeure. Avant l’apparition de l’or et de l’argent, la monnaie n’était que du crédit. Des « autorités » (scribes, prêtres, souverains) tenaient les registres de dette. L’or et l’argent ont permis de multiplier les échanges en supprimant la notion de témoin officiel, de tiers certificateur.

Personne n’a jamais refusé de l’or en paiement de quelque chose, nous a rappelé Greenspan lorsque nous l’avons vu. Mais un jour quelqu’un, quelque part, refuse une monnaie sans valeur intrinsèque. Alors, le mythe est détruit ; la spirale infernale du défaut et de l’inflation se met en place, et la monnaie platonicienne se meurt. Platon, contrairement à Aristote, défendait que la monnaie ne pouvait être que mythe social.

La monnaie idéale ? Un bitcoin adossé à de l’or, autrement dit un bitgold. Encore faudrait-il que les gens soient convaincus de l’intérêt d’une monnaie honnête échappant aux manipulations des pays souverains pour qu’ils l’adoptent librement…

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  • Adepte du bitcoin depuis des années, je ne vois pas du tout ce que pourrait être un bitgold, ni comment « adosser le bitcoin à de l’or ». De plus, ce n’est peut-être pas souhaitable, dans la mesure où l’or est l’objet de multiples manipulations (or « papier », mais cela rejaillit sur l’or physique), tandis que le bitcoin est à l’abri … sauf disparition d’internet bien sûr.

  • SI/Quand ce sera le chaos/fin d’internet/effondrement de la normalité actuelle/SHTF, l’or en tant que monnaie ne sera pas nécessaire. J’ai vu dans une série « apocalyptique » que la monnaie utilisée était des munitions. Je pense que cela est fort judicieux. L’or poura retrouver sa place lorsqu’un « cadre » sera reformé.
    Payer avec un billet (un bout de papier) revient à faire du troc. Ce troc fonctionne parce qu’on donne une valeur au billet en nous l’imposant.
    (Au Vénézuela, il vaut mieux s’essuyer avec du papier monnaie qu’avec du papier hygiénique,ce dernier étant en pénurie.)

  • +1
    Cela et la phrase « Son atout est d’être privé, par conséquent exempt de manipulation gouvernementale », me fait m’interroger sur la compréhension par l’auteur de ce qu’est le bitcoin. Ni public ni privé, exempt de manipulation par quelque autorité public ou privé que ce soit.

  • Il n’y a pas monnaie idéale. Tout le monde n’a pas les même besoins monétaires ni les mêmes aspirations. une monnie de thésaurisation n’a pas besoin des memes caractéristiques qu’une monnaie de spéculation, et surtout que chacun des acteurs choisisse à quelle monnaie il fait confiance. on verra bien si une monnaie emmerge ou si plusieurs monnaiens cohabitent. Laissez les acteurs économiques choisir.

  • Surprenant pour contrepoint : un article qui tient le pavé et 4 avis qui, pourtant tous différents, font sens sur un sujet pas du tout simple. Les bitcoineurs seraient ils plus malins que l’utilisateur (très voir trop) lambda du site? Chapeau bas messieurs

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