« Pourquoi nous voterons Emmanuel Macron »

Une tribune de deux militants engagés pour la liberté qui soutiennent le candidat Emmanuel Macron, qu’ils estiment le mieux placé pour réformer le pays.

Par Sacha Benhamou et Eric Rucklin *

Pourquoi nous voterons Emmanuel Macron

La présidentielle a rarement été aussi intense et placée sous le signe de surprises qui peuvent durablement rebattre les cartes de la vie politique française. Aujourd’hui, deux candidats en lice ont pu se revendiquer publiquement du libéralisme au détour de déclarations : François Fillon et Emmanuel Macron. Pourtant on ne lit dans ces colonnes que des attaques contre le candidat d’En Marche, d’une véhémence imméritée d’après nous.

D’une certaine façon, Emmanuel Macron propose davantage qu’une réduction des dépenses publiques (conséquence nécessaire) : il soutient une révolution culturelle portée par un discours disruptif à même d’ouvrir des espaces nouveaux d’action. Sans une révolution culturelle d’individus qui comprennent librement les méfaits de la gestion centralisée de nos choix de vie ou de l’économie, et qui engagent ou rejoignent préalablement des solutions qu’ils construisent eux-mêmes, comment vendre une approche comptable de réduction du périmètre de l’intervention de la puissance publique tellement tutélaire dans nos mentalités ?

Emmanuel Macron n’est peut-être pas le Frédéric Bastiat du XXIe siècle mais on y retrouve une avancée de nos idées libérales. Gaspard Koenig peut en partie y retrouver son jacobinisme libéral. Macron est peut-être Le Chapelier 2.0, auquel personne parmi les conservateurs ne veut prêter attention, par peur. La France est un pays qui peut être fière de traditions libérales plurielles malgré les processus de concentration de l’absolutisme royal puis étatique.

La vague d’engagements provoquée par la « startup » Macron démontre qu’il est possible de mobiliser les Français autour d’un nouvel imaginaire tissé de mobilités et d’initiatives individuelles et collectives (volontaires), les conditions même d’éventuelles réformes de structure, le possible vers un moins d’État car de nouvelles organisations sociales bâtiraient une subsidiarité de fait. Réjouissons-nous de la reconfiguration des offres politiques qui est à l’œuvre.

Le discours et la méthode Macron

Il faut reconnaître à Emmanuel Macron du courage, alors que, se revendiquant de gauche de bonne foi – il y a bien une tradition libérale de gauche, du changement, avec Frédéric Bastiat, Yves Guyot, et le plus contemporain Jean-François Revel, sans oublier Jean-Marc Daniel, il s’attaque frontalement dans ses discours à l’égalitarisme. Contrairement à ce que dit Jacques Garello dans ces colonnes, il ne fait pas ré-entrer l’égalitarisme par la porte de derrière sous la forme de l’égalité des chances. Au contraire, il explique clairement que cette égalité des chances, dans l’éducation par exemple, peut être atteinte par la liberté, en donnant le droit aux parents de choisir l’établissement scolaire de leurs enfants, et en donnant plus d’autonomie aux établissements.

Devrait-on condamner un discours qui satisfait à la fois l’aspiration française à l’égalité et l’exigence éthique de la liberté ? N’est-ce pas finalement la synthèse idéale pour faire triompher le libéralisme : promettre l’égalité par la liberté ?

Ces mesures, comme son soutien courageux et pragmatique à la libération des énergies, sont comprises car il fait preuve d’une pédagogie qui n’existe chez aucun candidat, une démarche revendiquée. Et comme le dit Mathieu Laine : « Ses quatre années à refuser de se taire et à tenter, avec une puissance pédagogique rare, de faire bouger les lignes auront nourri une popularité, une singularité et une légitimité inaccessibles pour le moment aux candidats de mouvements citoyens ».

Il fait également preuve de courage et d’honnêteté intellectuelle, lorsque dans son meeting de Lyon le 4 février, il détruit une partie de la mythologie socialiste selon laquelle toute la gauche aurait été dreyfusarde et toute la droite antisémite, rappelant que la droite aussi a été progressiste, notamment avec la loi Veil. On ne peut pas dire que cela va de soi pour un militant venu de la gauche depuis quelques décennies. Grâce à ce discours franc, il recompose véritablement un centre réformateur, réconciliant gauche et droite au sein d’En Marche. Dans une démarche qui n’est pas celle d’une « synthèse » hollandiste ou d’un « rassemblement » chiraquien sans cap. Plutôt la démarche d’un extrême-centre, populiste dans cette acception : proposer un projet pour le pays.

Certains doutent qu’ils puissent, en cas de victoire, réformer, faute de majorité. Mais cette question est celle de tous les candidats : on le voit à droite, la primaire ne suffit pas à rassembler un camp, au contraire elle force l’alliance de différentes ambitions, ambitions qui risquent de refaire surface au Parlement, façon « frondeurs de droite ». Emmanuel Macron l’a dit clairement : d’où que viennent les soutiens, ne seront acceptés que les ralliements de conviction, et non les accords d’appareil. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron compte constituer sa majorité, qu’il veut aussi comme un outil de rafraîchissement de la vie politique en exigeant que 50% des candidats aux législatives soient issus de la vie civile.

On attend toujours la droite. En effet, ce n’est qu’en limitant le pouvoir des professionnels de la politique que nous pourrons réformer la France. On ne peut pas compter sur une majorité qui vit du système. Lui-même, en se présentant à sa première élection, assure qu’il n’aura pas de faveur à rendre une fois Président de la République. Rappelons-nous de Nicolas Sarkozy et François Hollande obligés de s’entourer de ministres incompétents, parfois mêmes affligeants, pour satisfaire tous ses fidèles depuis 30 ans.

L’absence de mandat et d’une longue carrière politique est dans le cas de Macron un gage d’indépendance dans le choix de ses ministres. De plus, de ses vœux, le choix des ministres devra être examiné par une commission parlementaire qui vérifiera l’adéquation entre le portefeuille ministériel et la compétence de l’heureux élu, mesure évidente mais dont il a l’exclusivité une fois de plus.

Avant même d’aborder le fond, tout libéral devrait réfléchir à ce qu’implique toutes ces mesures en faveur du renouveau politique : l’occasion de faire primer le pragmatisme, économique notamment, sur les intérêts de caste de l’appareil politique. La détermination d’un candidat ne suffira pas à réformer la France, c’est toute la vie politique qui doit être renouvelée et Emmanuel Macron est le seul à proposer une entrée massive de la société civile dans l’arène politique, et une approche managériale plutôt que punitive au manque de femmes à l’Assemblée Nationale.

Macron en Guizot du XXIe siècle

François Fillon malgré son programme et son sens de l’État est un homme qui a construit avec ses conseillers un programme poujadiste, c’est-à-dire à destination des acteurs économiques, et non un programme libéral. Oui, M. Fillon part d’un constat très ancré à droite que l’offre crée sa propre demande. Pour la petite histoire, il faut tout de même savoir que M. Keynes résumait de son temps la formule de Jean-Baptiste Say par la même formule.

C’est donc dans cette optique que nous devrions raboter les charges sur l’entreprise tout en compressant les salaires. L’objectif est simple : réduire le coût du travail pour gonfler la trésorerie afin de relancer l’investissement pour pouvoir augmenter la production. Dans notre monde interconnecté, on ne peut que penser économie. Mais Fillon a oublié une chose, le capital humain.

Oui, en tant que libéraux nous sommes persuadés que le progrès social joue et jouera son rôle au cœur du projet présidentiel pour les prochaines années. Emmanuel Macron est un libéral pragmatique et égraine cet aspect au fur et à mesure de ces meetings comme lors du meeting de Lyon.

Oui à plus de prise de risques, oui à plus d’investissement, mais n’oublions pas de nous former pour être en capacité de prendre ces risques ou bien d’effectuer la transition entre un emploi d’aujourd’hui et de demain. Macron est tout simplement le Guizot du XXIe siècle : progressiste, il veut un État régalien qui promeut l’émancipation des individus tout en ouvrant les marchés pour que chacun puisse avoir la chance d’essayer.

Nous n’avions jamais entendu ces discours disruptifs à la Peter Thiel ou à la Xavier Niel sur l’éducation, pourtant Macron a osé ce que peu ont tenté jusqu’à présent. Cette émancipation n’est point un mot sur un papier mais déjà un mouvement en devenir. Enfin il n’est pas hawkwish, partisan du zéro inflation, comme ces économistes libéraux allergiques à l’inflation. Il prône une rigueur budgétaire tout en ne rabotant pas à son minimum les investissements de demain qui feront de la France une puissance incontournable sur le plan national et européen.

Bref Macron c’est un peu Guizot : ce qu’il veut pour nous, pour vous, peut se résumer en deux mots : « Enrichissez-vous ». Cette citation, si mal comprise depuis ce temps, ne fait pas de la puissance pécuniaire (analyse au premier degré du capitalisme) une valeur. Au contraire, en deux mots nous avons devant l’ensemble de la richesse de la pensée libérale.

  • * Sacha Benhamou et Eric Rucklin sont tous deux coordinateurs ESFL et militants En Marche ! Ces propos n’engagent aucun des deux mouvements ni la rédaction de Contrepoints et ne visent qu’à exprimer librement les idées qui les ont menés à ce double engagement.