Le Royaume-Uni quitte l’UE : 4 leçons à tirer du Brexit [Replay]

Publié Par Alexis Vintray, le dans Europe

Par Alexis Vintray.



C’est désormais définitif, le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne à l’issue d’un vote à suspense jusqu’à la dernière minute. Comment analyser ce tremblement de terre ? Quelles conséquences pour l’Europe, pour le commerce, la liberté de circulation ? Faisons le point avec quatre leçons à en retenir.

1. Conséquences économiques du Brexit : l’inconnu mais probablement négatif

Nul ne peut prévoir précisément les conséquences du Brexit. Ni ceux qui disent que cela n’aura pas de conséquences voire des conséquences positives, ni ceux qui annoncent un désastre. Mais ce n’est clairement pas une bonne nouvelle.

L’incertitude qui va prévaloir pendant la durée de la négociation de la sortie du Royaume-Uni est le pire qui puisse arriver pour l’économie ou les marchés, qui détestent l’instabilité. De fortes secousses sont donc à craindre, comme les -8% des indices européens ce matin.

Cette mauvaise nouvelle que représente le Brexit pourrait avoir de bons aspects ou au moins voir ses conséquences négatives mitigées : même hors de l’UE, le Royaume-Uni pourra signer les mêmes traités de libre-échange avec l’UE que la Suisse par exemple. Peu de choses pourraient changer in fine. Mais c’est incertain. Les conséquences probables risquent d’être davantage négatives pour Londres que pour Bruxelles :

  • de meilleures performances commerciales du Royaume-Uni avec une livre dévaluée pour les exportations, mais probablement plus que compensées par un surenchérissement des importations (le pays est importateur net chronique) ;
  • des transferts de sièges européens d’entreprises ou d’institutions, en particulier financières, de Londres vers Francfort ou Paris.

2. Le Brexit, un symbole politique avant tout

Le Brexit n’est donc pas tant un risque économique qu’un symbole politique porteur lui aussi d’incertitudes. De même qu’avec le refus de la sortie de la Grèce de l’Euro, c’est le symbole d’une possibilité de sortir de l’UE que Bruxelles a combattu sans succès dans le Brexit. Le Brexit peut-il donner des idées à d’autres pays eurosceptiques ? Le Front National n’a pas tardé à demander un référendum lui aussi.

C’est LE vrai sujet, plus que l’économique. Et aussi le plus incertain et le moins rationnel.

Comme en 2005 avec le traité sur le référendum européen, les europhiles continuent à ne faire des campagnes basées que sur la peur des conséquences d’une sortie de l’Europe. Il est plus que temps pour les partisans du rêve européen de proposer une vision positive, un projet enthousiasmant. Faute de quoi l’eurosceptiscisme a de beaux jours devant lui.

3. La ligne de fracture dans les opinions publiques est désormais sur l’ouverture des frontières

Les tenants du Brexit étaient pour certains plutôt libéraux. Bien plus que les eurosceptiques français par exemple. Mais il serait mal avisé de voir dans la victoire du Brexit une victoire libéral Le Brexit a été un vote transpartisan, qui n’opposait pas Tories et Labour mais différentes tendances dans chacun de ces partis. Et des libéraux de chaque côté, comme l’ont reflété les débats dans ces colonnes.

Il y a dans le vote libéral conservateur pour le Brexit un rejet de la bureaucratie de Bruxelles, monstre tentaculaire dont beaucoup de libéraux aimeraient aussi se débarrasser. Mais il y a aussi voire surtout un rejet de l’ouverture des frontières et de la société ouverte. Le Brexit a largement capitalisé sur les peurs infondées suscitées par la crise des migrants et sur le repli sur soi. C’est cette tendance qui est majoritaire chez les eurosceptiques du reste de l’Europe.

Cette tendance de fond est inquiétante et doit pousser les libéraux à être encore plus vocaux dans la défense d’une société ouverte sur le monde. La ligne de fracture idéologique n’est plus entre droite et gauche mais entre société ouverte et société fermée. L’extrême gauche et l’extrême droite se réjouissent en chœur du Brexit, voilà qui devrait alerter les libéraux…

4. L’Europe est démocratique

Les eurosceptiques reprochent à l’UE de ne pas être démocratique et dans une certaine mesure ils ont raison. Mais le vote d’hier souligne que l’UE est largement démocratique malgré tout : politique peut la quitter, et les traités encadrent même de façon claire la façon dont cela se passe.

Il reste à voir comment se passera la sortie de manière concrète, mais une sortie apaisée du Royaume-Uni de l’Union Européenne comme la défend Vincent Bénard couperait l’herbe sous le pied des eurosceptiques.

Pour approfondir : notre dossier spécial Brexit avec les derniers développements de l’actualité sur le sujet

  1. Excellente nouvelle ce Brexit ! Les Anglais vont pouvoir vivre leurs vies et l’Europe continentale continuer sa voie en se tournant davantage vers l’Est…maintenant il va falloir aussi ‘mater’ les Allemands et arrêter les discours ambigus. Aussi chose importante, tous les dirigeants européen, Juncker en tête doivent démissionner immédiatement.

    1. « mater les Allemands » ! Pour les empêcher de défendre une monnaie forte ? Pour les empêcher de faire pression pour plus d’orthodoxie budgétaire ?

      1. Oui il faut mater l’Allemagne mais pas seulement elle pour la faire rentrer dans les critères de Maastricht.
        Sur les 19 états de la zone euro seul 4 respectent les critères de Maastricht : les 3 états baltes et le Luxembourg.
        L’orthodoxie budgétaire de l’Allemagne est une légende urbaine leur dette ne cesse d’augmenter et leurs dépenses futures ne sont pas provisionnées et ne cesse elle aussi de croitre
        L’Allemagne n’est pas différente de la France elle est en faillite comme la plus part des social-démocrassie européenne.

        1. bibi: « L’Allemagne n’est pas différente de la France elle est en faillite comme la plus part des social-démocrassie européenne. »

          Non,
          Elle signe des budgets positifs et obtient un chômage bas malgré une démographie totalement en berne et une fiscalité un peu plus faible.
          Sur le plan de la solidité économique, la france plonge et est mauvaise partout en comparaison.

          1. L’Allemagne à la particularité d’avoir des excédents budgétaires avec une dette qui ne cesse de croitre.
            L’Allemagne tout comme la France utilise toutes les astuces comptables possibles pour maquiller son déficit.
            Ce n’est pas parce que l’Allemagne social-démocrate fait mieux que la France socialiste que pour autant elle n’est pas en faillite elle aussi.
            Le problème c’est que dans l’UE on passe son temps à comparer les nuls entre eux alors forcément le moins nul apparait comme bon.

          2. llmryn

            J’ai eu plusieurs fois cette discussion avec bibi.
            Il a du mal vivre un truc avec le allemands.

            1. Accessoirement il mélange les chiffres OCDE et Maastricht, la dette suivant l’un, le déficit suivant l’autre.

          3. « un chômage bas malgré une démographie totalement en berne » : je dirais plutôt : c’est en grande partie GRÂCE à sa démographie en berne que le chômage est bas, les jeunes mieux éduqués et mieux dotés en capital, et on ferait bien de s’en inspirer chez nous.

    2. Mâter les Allemands? Et vous comptez faire quoi, alors que vous êtes incapables de faire les réformes indispensables que tous les autres ont accompli. Vous mettez l’Europe en danger car si la crise fond sur la France c’est la fin de l’euro et de l’UE! La seule solution pour les européens est de vous virer de l’Union!

  2. Tout l’intérêt de la suite est de voir si ce fameux article 50 va être décliné, comment et en combien de temps pour arriver à une situation stable. De cela dépendra la possibilité que chacun des autres pays de l’UE puisse à son tour s’exprimer au sujet de sa présence dans l’UE, du moins si on laisse le peuple s’exprimer.

  3. Vive la démocratie à la majorité simple, et le référendum sur ce modèle.2 personnes sur 100 décident de l’avenir des 48 autres qui subiront ,et qui de toute façon ne se reconnaîtront pas dans les futurs gouvernements
    Tiens, mais Mr. Hollande, il représente combien de d’.électeurs finalement?Pas étonnant qu’il fasse un tabac.
    En belgique ,la gouvernance à la proportionnelle a fait entrer l’infâme droite la plus abjecte au gouvernement( dixit la bien pensance solialo cryptococo) et mince ça fonctionne, et on a pas ouvert de camps, bien que le monde du travail conscientisé ,et wallon, organise régulièrement des joggings.
    C’est ptet bien la méthode qui est clivante non?

    1. Si vous avez un meilleur système à proposer pour faire sécession pacifiquement que le référendum présentez le nous.
      Si chaque individu pouvez faire sécession d’avec l’état unilatéralement ça serait l’idéal mais aujourd’hui ce n’est pas le cas!

  4. Clivage entre société ouverte et fermée? On peut être ouvert, mais opposé à une construction européenne non démocratique, quoi que vous disiez. N’est-ce pas M. Juncker qui a dit que les pays européens « écoutaient trop leur peuple »?
    La construction européenne est à resituer dans un nouvel ordre mondial prôné par une oligarchie pour laquelle la liberté s’arrête à celle de commercer.

    1. je parlerais plutot de nouvel ordre technocrate européen

  5. Un grans homage a Shumpeter: la destruction creatrice…
    Probablement mon optimisme bea de chef d’entreprise mais j’ai du mal a y voir autre chose qu’un bon coup de pied dans la fourmilière et une belle occasion de reconstruire…et un coup boursier facile: y’avait pas trop de risque a vendre de la £ a decouvert, elle n’allait pas bondit en cas de maintient…

  6. Quand on sait comment ce « EU Bashing » a conduit Cameron à défendre ce qu’il honnissait naguère a été patiemment construit …
    Au sujet de B Jonhson lorsqu’il était correspondant à Bruxelles « au lieu de raconter ce qui se passait réellement au sein de la Commission européenne, il a décidé de dénigrer et de biaiser systématiquement ses reportages. Il parlait de l’Europe qui voulait imposer la forme précise des concombres britanniques ou interdire la consommation des pommes de terre anglaise ou encore que l’Europe voulait standardiser la taille des préservatifs, etc. Ses reportages colorés et plutôt imaginatifs avaient tellement de succès que les autres journaux britanniques ont embrayé sur le filon et ont demandé à leurs correspondants de ne plus raconter la réalité de la vie à Bruxelles, mais d’inventer des histoires qui vont dans le sens du poil nationaliste des Britanniques. »
    http://trends.levif.be/economie/politique-economique/comment-la-presse-et-boris-johnson-ont-forge-une-image-biaisee-de-l-ue/article-opinion-515763.html
    Lamentable.

    1. Il aurait été simple pour l’UE de contrer Boris Johnson en s’abstenant de produire des directives sur la forme des concombres et des bananes, ou la rotondité des pommes. Pourquoi a-t-elle continué à donner du grain (calibré) à moudre à BJ et à tous ceux que ces normes exaspèrent ?

      1. Il faut bien occuper les dizaines de milliers de fonctionnaires en poste, non? Quand vous êtes payer pour faire des règlements et bien vos en faites, c’est tout le problèmes des fonctionnaires à vie…

  7. Personnellement, je pense que le brexit aura les mêmes effets sur l’UE que la chute de la RDA sur l’ex bloc du pacte de Varsovie, qui s’est soldé par la chute de l’URSS.

    A n’en pas douter, l’UE va agoniser quelques temps dans d’atroces souffrances, les peuples la composant voulant reprendre leurs libertés.

    PS : il faudra aussi suivre de très près les élections législatives en Espagne de ce week-end avec une extrême-gauche aux portes du pouvoir. Et dire que l’UE devait nous protéger de tout…

    1. Et oui l’UE est tellement populaire qu’elle a fini par conduire à l’éclatement de l’Europe. La bureaucratie produit toujours des désastres et quand j’entends que l’Allemagne et la France vont travailler à l’union des pays européens désormais, ça me fait hurler de rire.
      Tous ces pays européens ne veulent pas la même chose: il y a ceux qui veulent le socialisme ( Espagne avec Podemos ,Portugal gauche au pouvoir et France où on a le choix entre socialistes de gauche ou de droite) et des pays qui croient à la liberté et le RU (sauf Ecosse) en fait partie.
      pour qu’une Europe soit possible il faudrait que tous les pays soient libéraux. Une utopie évidemment.

  8. A quand un référendum sur le pourrixiste ? Scooterman 1er, Manolo la Valseuse, Cazevide … Suis-je bête ! C’est dans un an !

  9. « Les eurosceptiques reprochent à l’UE de ne pas être démocratique et dans une certaine mesure ils ont raison. Mais le vote d’hier souligne que l’UE est largement démocratique malgré tout : on peut la quitter, et les traités encadrent même de façon claire la façon dont cela se passe. »

    L’auteur reconnaît donc par là que jusqu’à hier l’UE n’était pas démocratique. Et puis rien n’est encore fait. Le R.U est pour le moment toujours dans l’UE. Moi, je me souviens à une époque pas si lointaine ou la France avait rejeté la Constitution Européenne pour se la voir imposer quelques années après sous forme de traité…

  10. tres bon article a deux exception près :
    – La ligne de fracture est entr eceux aui veulent faire revenir la souveraineté dans le cadre national et ceux aui acceptent de continuer dans le déni de démocratie qui consiste à la faire reposer sur une poignée de fonctionnaires.
    – Il va falloir que vous relisiez montesquieu pour que vous compreniez ce qu’est la démocratie, désolé. Le référendum n’est pas en Europe il est purement national et c’est bien le seul espace ou peut exister la souveraineté. Que l’on puisse sortir de l’UE est le seule victoire du rejet du TCE puisque dans la version soumise à référendum, ce n’était plus possible. ce n’est pas que l’on puisse en sottir qui garantit la démocratie mais au’il existe trois pouvoirs séparés (ce qui n’est pas le cas en Europe) et que ces trois pouvoirs ne soient pas contrôlés par un seul et même groupe ce qui n’est pas le vcas non plus.

    l’Europe est une dictature qui n’incarne la volonté d’aucune nation, seule celle des fonctionnaires qui la détiennent. C’est ça dont les peuples ne veulent plus.

  11. on fantasme sur cette sortie de le GB mais , concrètement , cela change quoi ? pas grand chose pour la GB a part retrouver un espace de liberté , le monde et négocier ce qu’ils veulent négocier avec l’UE…en fait , c’est énorme !

    1. A l’instant T, rien du tout.
      A court terme, pour la nouvelle étape d’une union politique toujours plus forte sur le papier et toujours aussi virtuelle dans les faits, nous ne serons Dieu merci plus concernés. C’est énorme!
      Tout ce que j’espère est que la prochaine crise de l’Euro, qu’elle vienne de France ou d’Italie, interviendra post sortie effective.
      C’est égoïste, mais ca me ferait mal au Q de devoir assumer les enfantillages fiscaux français ayant voté avec mes pieds depuis plus d’une décennie!

  12. Excellent résumé: « Les tenants du Brexit étaient pour certains plutôt libéraux. Bien plus que les eurosceptiques français par exemple. Mais il serait mal avisé de voir dans la victoire du Brexit une victoire libérale. Le Brexit a été un vote transpartisan, qui n’opposait pas Tories et Labour mais différentes tendances dans chacun de ces partis. Et des libéraux de chaque côté, comme l’ont reflété les débats dans ces colonnes. »
    La tache du nouveau premier ministre est énorme, avec un mandat de 3 ans et demi seulement.

  13. Il est facile d’approuver votre phrase:
    Comme en 2005 avec le traité sur le référendum européen, les europhiles continuent à ne faire des campagnes basées que sur la peur des conséquences d’une sortie de l’Europe. Il est plus que temps pour les partisans du rêve européen de proposer une vision positive, un projet enthousiasmant. Faute de quoi l’eurosceptiscisme a de beaux jours devant lui.

    Mais concrètement, le traité de Lisbonne est un échec sur toute la ligne. Non seulement il a été imposé contre les peuples (français, notamment), ce qui normalement suppose une obligation de résultats, mais cela n’a pas empêché hier la Grèce de tricher, n’empêche pas aujourd’hui la France de tricher. Cela n’a pas empêché les va t’en guerre Francais et Anglais de larguer des bombes sans prendre la peine de passer par l’EU. Cela n’a pas empêché la Grèce de faire un chantage assumé (contrôle des frontières) puis de mettre la menace a exécution. Cela n’a pas empêché Mme Merkel d’ouvrir ses frontières, sans consulter son propre peuple et encore moins le reste de l’Europe, pourtant, fortement impactée par cette décision a moyen terme.
    De fait, non seulement la méthode EU est illégitime et négative, mais de plus, entre ce qui devrait virtuellement se passer et ce qui se passe vraiment, il existe un tel décalage qu’il vaudrait mieux repartir d’une feuille blanche. Nombreux sont les déçus de ce rêve romantique qui ne demande qu’a y croire a nouveau.
    En l’etat, a moins d’être naif ou jeune ou les deux, c’est impossible.

    1. La feuille blanche, elle est simple : libre circulation des citoyens européens (et seulement eux) et des biens point barre. Tout le reste, à la poubelle. pas besoin de parlement, de machin européen de budget et surtout pas de transfert de fond d’un pays à un autre. Chacun ses propres responsabilité. Dans se cadre on peut parfaitement conserver l’euro.

  14. Ce qui est quand même assez drôle à voir, c’est qu’au Brexit, une réaction à une Europe trop inféodée à l’Allemagne (pas seulement cela, je sais bien…), les six ministres des Affaires étrangères des pays fondateurs de l’Union européenne se retrouvent aujourd’hui non à Bruxelles mais à Berlin. Beau symbole, non ?

  15. Bruxelles devrait comprendre que son fanatisme à tout régenter, normaliser, est exaspérant! Dans mon pays la vitesse en ville était de 60km, on a été obligé de la ramener à 50! Et il y a une foule de règles futiles et inutiles à appliquer!

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