Le Royaume-Uni quitte l’UE : 4 leçons à tirer du Brexit [Replay]

4 leçons à tirer du Brexit, ce vote historique sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne le 23 juin 2016.

Par Alexis Vintray.

Le Royaume-Uni quitte l'UE : 4 leçons à tirer du Brexit
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C’est désormais définitif, le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne à l’issue d’un vote à suspense jusqu’à la dernière minute. Comment analyser ce tremblement de terre ? Quelles conséquences pour l’Europe, pour le commerce, la liberté de circulation ? Faisons le point avec quatre leçons à en retenir.

1. Conséquences économiques du Brexit : l’inconnu mais probablement négatif

Nul ne peut prévoir précisément les conséquences du Brexit. Ni ceux qui disent que cela n’aura pas de conséquences voire des conséquences positives, ni ceux qui annoncent un désastre. Mais ce n’est clairement pas une bonne nouvelle.

L’incertitude qui va prévaloir pendant la durée de la négociation de la sortie du Royaume-Uni est le pire qui puisse arriver pour l’économie ou les marchés, qui détestent l’instabilité. De fortes secousses sont donc à craindre, comme les -8% des indices européens ce matin.

Cette mauvaise nouvelle que représente le Brexit pourrait avoir de bons aspects ou au moins voir ses conséquences négatives mitigées : même hors de l’UE, le Royaume-Uni pourra signer les mêmes traités de libre-échange avec l’UE que la Suisse par exemple. Peu de choses pourraient changer in fine. Mais c’est incertain. Les conséquences probables risquent d’être davantage négatives pour Londres que pour Bruxelles :

  • de meilleures performances commerciales du Royaume-Uni avec une livre dévaluée pour les exportations, mais probablement plus que compensées par un surenchérissement des importations (le pays est importateur net chronique) ;
  • des transferts de sièges européens d’entreprises ou d’institutions, en particulier financières, de Londres vers Francfort ou Paris.

2. Le Brexit, un symbole politique avant tout

Le Brexit n’est donc pas tant un risque économique qu’un symbole politique porteur lui aussi d’incertitudes. De même qu’avec le refus de la sortie de la Grèce de l’Euro, c’est le symbole d’une possibilité de sortir de l’UE que Bruxelles a combattu sans succès dans le Brexit. Le Brexit peut-il donner des idées à d’autres pays eurosceptiques ? Le Front National n’a pas tardé à demander un référendum lui aussi.

C’est LE vrai sujet, plus que l’économique. Et aussi le plus incertain et le moins rationnel.

Comme en 2005 avec le traité sur le référendum européen, les europhiles continuent à ne faire des campagnes basées que sur la peur des conséquences d’une sortie de l’Europe. Il est plus que temps pour les partisans du rêve européen de proposer une vision positive, un projet enthousiasmant. Faute de quoi l’eurosceptiscisme a de beaux jours devant lui.

3. La ligne de fracture dans les opinions publiques est désormais sur l’ouverture des frontières

Les tenants du Brexit étaient pour certains plutôt libéraux. Bien plus que les eurosceptiques français par exemple. Mais il serait mal avisé de voir dans la victoire du Brexit une victoire libéral Le Brexit a été un vote transpartisan, qui n’opposait pas Tories et Labour mais différentes tendances dans chacun de ces partis. Et des libéraux de chaque côté, comme l’ont reflété les débats dans ces colonnes.

Il y a dans le vote libéral conservateur pour le Brexit un rejet de la bureaucratie de Bruxelles, monstre tentaculaire dont beaucoup de libéraux aimeraient aussi se débarrasser. Mais il y a aussi voire surtout un rejet de l’ouverture des frontières et de la société ouverte. Le Brexit a largement capitalisé sur les peurs infondées suscitées par la crise des migrants et sur le repli sur soi. C’est cette tendance qui est majoritaire chez les eurosceptiques du reste de l’Europe.

Cette tendance de fond est inquiétante et doit pousser les libéraux à être encore plus vocaux dans la défense d’une société ouverte sur le monde. La ligne de fracture idéologique n’est plus entre droite et gauche mais entre société ouverte et société fermée. L’extrême gauche et l’extrême droite se réjouissent en chœur du Brexit, voilà qui devrait alerter les libéraux…

4. L’Europe est démocratique

Les eurosceptiques reprochent à l’UE de ne pas être démocratique et dans une certaine mesure ils ont raison. Mais le vote d’hier souligne que l’UE est largement démocratique malgré tout : politique peut la quitter, et les traités encadrent même de façon claire la façon dont cela se passe.

Il reste à voir comment se passera la sortie de manière concrète, mais une sortie apaisée du Royaume-Uni de l’Union Européenne comme la défend Vincent Bénard couperait l’herbe sous le pied des eurosceptiques.

Pour approfondir : notre dossier spécial Brexit avec les derniers développements de l’actualité sur le sujet