Grâce de Chelsea Manning : que veut Obama ?

À quelques jours de la passation de pouvoir, Barack Obama a décidé d’accorder sa clémence à Chelsea Manning qui avait écopé de 35 ans de prison pour avoir transmis des documents confidentiels à Wikileaks.

Par Frédéric Mas.

Grâce de Chelsea Manning : que veut Obama ?
By: Timothy KrauseCC BY 2.0



À quelques jours de la fin de son mandat, Barack Obama a décidé de commuer la peine de Chelsea Manning, condamnée à 35 ans de prison par une cour martiale pour avoir transmis des documents confidentiels à Wikileaks. Chelsea Manning, transgenre qui s’appelait encore au moment de son arrestation Bradley, avait participé à l’exposition des excès et des violations des conventions internationales par les États-Unis, en particulier au moment de la guerre en Irak et de la campagne d’Afghanistan.

Contre l’arbitraire et la raison d’État

Pour les plus attachés à la liberté d’expression et aux droits de l’homme, elle était devenue le symbole, avec Edward Snowden et Julian Assange, de la lutte contre l’arbitraire et la raison d’État. Pour ses contempteurs, son action avait mis en danger les troupes projetées partout dans le monde pour protéger les intérêts américains, et relevait de la haute trahison.

Ce mouvement de clémence d’Obama envers Chelsea Manning intervient quelques jours avant l’arrivée au poste de président des États-Unis de Donald Trump. Sans doute s’agit-il de remettre au centre du débat public la question du statut des lanceurs d’alerte dans le collimateur de Washington. En effet, Edward Snowden a trouvé refuge en Russie après une accusation d’espionnage portée contre lui, tandis que Julian Assange est coincé à l’ambassade d’Équateur à Londres pour éviter l’extradition vers les États-Unis.

Trump et Assange désormais dans la tourmente

Dans tous les cas, la libération de Manning obligera à la fois Donald Trump et Julian Assange à se positionner : le premier, accusé par ses adversaires d’être le jouet des Russes, va également subir la pression de son propre camp pour refuser tout geste de clémence envers les nouveaux dissidents (en particulier Snowden et Assange, accusés par les démocrates d’être des agents russes). Le second avait promis de se laisser extrader en cas de clémence envers Chelsea Manning, il sera donc dans l’obligation d’agir ou de se dédire.

Il est difficile de ne pas soupçonner un dernier coup de billard à quatre bandes du président sortant : Obama semble multiplier les boules puantes contre son successeur à quelques jours de la passation de pouvoir, et obliger Assange à tenir sa parole revient aussi à gêner le lanceur d’alerte qui, quelques mois plus tôt, a torpillé la campagne bien huilée de la candidate démocrate Hillary Clinton.

Seulement, et sans doute momentanément, le résultat est positif pour les libertés publiques : la libération de Chelsea Manning remet au cœur des débats la nécessaire protection des lanceurs d’alerte contre les aléas de la politique internationale. Cette exposition est une chance pour la liberté.