Wikileaks est-il un outil de propagande russe ?

La Russie diffuse-t-elle de la propagande anti-américaine afin d’abaisser la liberté et la démocratie ? C’est tout à fait possible. Wikileaks et les libéraux pacifistes en sont-ils les agents ? Certainement pas.

Par Guillaume Moukala Same.

Wikileaks est-il un outil de propagande russe ?
By: Billy Bob BainCC BY 2.0

« À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. »

Et voilà, en commençant mon article avec cette citation de George Orwell dans 1984j’ose prétendre remettre en cause les médias mainstream ; et en m’exprimant au seul nom de la vérité, je suis déjà, aux yeux de ProOrNot, pointé du doigt comme un diffuseur de la propagande russe.

Jeudi 29 novembre, Craig Timberg publie un article dans le Washington Post intitulé Les efforts de la propagande russe ont aidé a diffuser de «fausses informations» pendant l’élection, selon les experts.

Selon ces derniers, la Russie use de moyens considérablement sophistiqués pour affaiblir la « foi dans la démocratie américaine ». Elle aurait essayé par tous les moyens possibles à travers les médias sociaux de faire passer Hillary Clinton pour une criminelle. D’autres rumeurs ont été propagées, comme le fait qu’elle serait extrêmement malade, ou qu’elle aurait payé des protestants anti-Trump des milliers de dollars pour participer à des manifestations. Autant de « fausses informations » parmi d’autres qui auraient été lancées par la propagande russe.

Un autre groupe d’experts, PropOrNot, a publié une liste de 200 sites internet accusés de marcher pour la Russie. Certains d’entre eux seraient directement liés au gouvernement russe, et d’autres seraient juste des « idiots utiles » qui, naïvement, rendent service à la Russie

Fausses informations ou crime de pensée ?

Si effectivement la Russie a sûrement des intérêts à voir les Américains perdre confiance en leur gouvernement, il serait naïf de croire que tout est blanc ou noir. Soyons réalistes, si la Russie est effectivement impliquée dans une campagne de propagande contre les États-Unis, il serait très candide de croire que ces derniers n’ont pas déjà adopté des pratiques similaires.

Le site PropOrNot nous donne déjà des informations sur la mentalité dans laquelle s’inscrit cet effort de bloquer la « propagande russe ».

Déjà, dans cette liste de 200 sites web figure celui de l’Institut Ron Paul pour la paix et la prospérité, créé par Ron Paul lui même ; et le site qui est aujourd’hui considéré comme un merveilleux outil démocratique, Wikileaks. C’est là que j’ai commencé à me poser des questions.

PropOrNot procure aussi des conseils pour repérer soi même ces sites dits de propagande. Selon eux, on est très suspect d’être aux ordres du diable Poutine lorsqu’on : pense ne pas avoir confiance dans les médias mainstream ; prétend détenir la vérité ; dénonce la corruption aux États-Unis ; critique l’US dollar, s’oppose au globalisme ; est pro-Brexit ; dénonce la paranoia anti-OGM, etc.

Sentez-vous cette odeur ? Oui, c’est celle de la police de la pensée. Il faut à mon avis distinguer les fausses rumeurs, diffusées par on ne sait qui, du crime de pensée. Si être pro-Brexit est un crime, il ne s’agit plus de dénoncer de fausses informations, mais de censurer une opinion. Si critiquer l’US dollar est un crime, nous ne sommes plus dans une démocratie mais dans une dictature où l’État fait des ennemis publics ceux qui sont en désaccord avec lui.

C’est la guerre, mais ne choisissons aucun camp, sauf celui de la vérité

Clint Watts, un ancien homme de l’Institut de Recherche de Politique Étrangère, accuse la propagande russe d’ « éroder la foi dans le gouvernement américain ou les intérêts du gouvernement ». Comme je l’ai dit, la Russie y trouverait effectivement beaucoup d’intérêt, mais le gouvernement américain aurait aussi grand intérêt à renforcer la croyance de son peuple dans sa propre action. Et à mon humble avis, cet objectif est plus important que d’alimenter la population en informations non biaisées et libres.

Visiblement, c’est la guerre entre ces deux puissances. L’erreur est de faire la même que celle qui consiste à avaler la propagande russe mais dans le camp inverse. La bonne réaction est de développer son esprit critique. Ne soyons pas naïf, chacune d’entre elle essaiera de faire valoir sa supériorité morale et démocratique. Mais n’entrons pas dans ce jeu, cherchons l’information pour la vérité, par pour défendre un camp ou l’autre. La vérité, l’honnêteté, le jugement critique et l’indépendance, voilà ce qui importe.

Internet est un outil merveilleux pour s’émanciper de la pensée unique et développer son esprit critique, mais il est aussi un piège très dangereux dans lequel il est facile de tomber. Mais finalement, la liberté requiert une importante responsabilité de ceux qui veulent en jouir.