Après la victoire du Brexit, divorçons intelligemment !

Le Brexit l’a emporté, avec 51,9% des voix (résultats définitifs). L’Europe pourrait choisir une voie « dure » en représailles.

Par Vincent Benard

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Europe By: Nicolas RaymondCC BY 2.0

Après une nuit de suspense, où de premiers sondages erronés poussaient même Nigle Farage à annoncer une possible défaite, les résultats se sont finalement retournés et ont donné une victoire assez nette (plus d’un million de voix d’avance) au « Brexit ».

L’Union Européenne a donc perdu un de ses membres, et pas n’importe lequel.

Le plus dur commence, et, contrairement à ce que disent bien des commentateurs, le plus dur commence pour le continent.

La sagesse voudrait que, comme pour un divorce, les deux ex-conjoints règlent leur séparation au mieux de leurs intérêts, avec leur cervelle, et non avec leurs tripes, en forçant l’autre à avaler l’accord de rupture le plus défavorable possible. L’intérêt des deux peuples serait donc que très vite, un accord maintenant le libre-échange de biens, services et capitaux entre les deux entités soit conclu. Si cela est fait, alors, économiquement parlant, le Brexit serait un non-événement.

Seulement, par dépit amoureux, il est à craindre que l’Europe choisisse une voie « dure » de limitation des accès commerciaux de l’Angleterre émancipée à l’Union. C’est ce qu’ont laissé entendre deux des grands perdants de la soirée d’hier, Jean-Claude Juncker et François Hollande, dans leurs déclarations immédiatement précédant le vote. Le journaliste eurolâtre de Libération, Jean Quatremer, résume la mentalité bruxelloise dans un tweet proprement lamentable :

C’est proprement stupide : le déficit commercial de la Grande Bretagne vis-à-vis du continent est de 35 milliards environ, et nous tirerions une balle dans le pied de nombreux exportateurs européens en réagissant par dépit amoureux plutôt qu’en reprenant nos libertés respectives en bons termes. Ajoutons que l’UE reste liée par les règles de l’OMC, qui ne lui permettront pas d’ériger un mur commercial avec nos voisins.

Mais il y a bien pire encore : pas plus qu’une religion ne peut séduire largement en promettant la mort à ses apostats, l’Europe ne pourra maintenir sa cohésion en « faisant un exemple » avec l’Angleterre. Selon un sondage IPSOS du mois de mai, dans 9 pays de l’union, une majorité de la population voudrait « être consultée sur l’appartenance à l’UE », comme les Anglais. Et s’ils le désirent, ce n’est sûrement pas pour crier à l’Union Européenne l’amour qu’ils lui portent.

Les politicards qui font la pluie et le beau temps à Bruxelles doivent se rendre à l’évidence : le projet européen ne fait plus rêver. Et si les défenseurs de ce « projet », ou plutôt des privilèges qu’ils en tirent à titre personnel, n’ont que la menace pour maintenir cette construction debout, je leur prédis un avenir très sombre. Et à nous par la même occasion, car si l’Europe du Nord pourrait facilement recréer un espace libéral sur les cendres d’une Europe encore fumante, les Français et sans doute quelques autres pays du sud du continent choisiraient massivement de se replier sur eux-mêmes et se vendraient en masse aux forces les plus socialo-réactionnaires du pays (ce qui en dit long sur notre échec intellectuel, à nous autres libéraux, mais c’est un autre débat).

Il est à craindre que le sommet européen à venir ne soit celui de la bêtise : annonce d’une ligne dure vis-à-vis de la Grande Bretagne, et d’une « initiative européenne » montée à la va-vite, d’inspiration toujours plus intégrationniste, dirigiste, et fédéraliste en mode « top down ». J’espère me tromper. Il est temps pour l’Union de reconnaître que l’Union peut être un club de pays qui s’apprécient mutuellement et font du commerce librement ensemble et entretiennent de bonnes relations avec l’extérieur, mais qu’il n’existe pas de sentiment de « solidarité inter-populations » européennes, que les Allemands ne veulent pas plus payer les bêtises des Grecs que les Flamands ne veulent financer les gabegies wallonnes.

Relancer le projet européen ne signifie pas « plus d’Europe » au sens des eurolâtres dirigistes façon Juncker, mais « plus de libertés au sein de l’Europe », pour reconquérir le cœur des populations, voire même des Anglais ! Malheureusement, cette belle idée que j’émets ici rencontre un obstacle majeur : elle n’est d’aucun intérêt pour les technocrates à la tête des pays européens, dont bien peu jugent essentielle la liberté de leurs « assujettis », quoiqu’ils apprécient la leur à titre personnel.

Les clés de l’après Brexit ne sont pas à Londres mais à Bruxelles. La crise qui s’ouvre avec le Brexit pourrait être une opportunité de redéfinir un projet européen ordo-libéral raisonnablement intelligent. Il est à craindre que des réactions inappropriées des élites vexées et blessées dans leur amour propre ne la transforment en complète Berezina continentale.