Football Leaks : Pastore et Di Maria (PSG) devraient faire de la politique [Replay]

Javier Pastore by PSG World(CC BY-NC-ND 2.0)

Contourner le système sans l’attaquer est dangereux et ne mène à rien.

fiscalité
Javier Pastore by PSG World(CC BY-NC-ND 2.0)

Par Charles Boyer.

Les plus grands noms du football, tels Angel Di Maria, Javier Pastore, stars argentines du PSG, ainsi que José Mourinho,  Neymar du FC Barcelone et Cristiano Ronaldo du Real Madrid, se trouvent ces derniers jours pris dans une tourmente à très haut potentiel sur leurs arrangements d’optimisation fiscale, et peut-être d’évasion fiscale. Des informations fuitées ou volées semblent indiquer que ces stars auraient caché de l’argent pour échapper partiellement au fisc. Les enquêtes sont en cours et les peines pourraient être lourdes, allant jusqu’à de la prison.

Après les fichiers volés au Lichtenstein et exploités fiscalement par l’Allemagne, et après les Panama Papers, ce type d’affaires se multiplie et on peut penser que ce n’est que le commencement. Si des États sont prêts à acheter ces informations, légalement acquises, ou pas, il se trouvera quelqu’un pour les vendre. Et qui attaquera un État sur la légalité du mode d’acquisition de ces données aura, nous semble-t-il, bien peu de chances de voir sa démarche aboutir.

Que convient-il de faire alors pour protéger une fortune honnêtement gagnée ?

Ces affaires nous révèlent l’existence d’une certaine mentalité, consistant à se croire plus rusé que le reste de la population, et penser qu’on arrivera à s’en sortir mieux que les autres. Cette mentalité connait deux versants.

Le grand coupable : un système de fiscalité complexe et confiscatoire

Premièrement, pour la plupart, elle consiste juste en de petits arrangements quotidiens, avec l’idée dominante que, si le système fiscal est trop lourd et trop complexe, en tant qu’individu plus malin que les autres, on arrivera à en sortir gagnant aux dépens du reste de la population. La façon dont chacun espère ainsi gagner à ce jeu-là, et s’en sortir mieux que les autres, consiste à ajuster tous les paramètres à disposition pour un maximum de gains.

Du fait de la complexité croissante du système, les leviers à actionner sont innombrables : niches fiscales, nombre d’enfants, emploi jouissant de régimes spéciaux, professions protégées, congés maladies, transactions au noir, crimes, statut de société, troc, utilisation de métaux précieux ou de crypto-monnaies, statut de frontalier, expatriation, il existe une infinité de solutions.

Ce petit jeu de tous contre tous suppose une organisation administrative complexe et par conséquent chronophage, détournant ainsi ce que nous avons de plus précieux, à savoir le temps. Ce temps perdu est l’un des appauvrissements les plus cruels et cependant le moins évident d’un système fiscal trop complexe et trop lourd.

C’est aussi largement faire plus ou moins consciemment des choix de vie dictés par des règles pour la plupart inutiles, et excessivement contraignantes. Les recettes fiscales de tels États ne font que croître et la population s’y soumet de plus en plus ; ceux qui y gagnent, ou globalement sont significativement plus malins que les autres, sont bien moins nombreux qu’on ne le croit.

Des experts de la fiscalité en tous genres

Deuxièmement, pour une partie de la population disposant de moyens extrêmement élevés, une autre approche est tentante, consistant à s’entourer d’experts considérés particulièrement futés sur les plans légal, financier et fiscal. Armé de son prestige, de sa renommée personnelle et de cet équipage d’experts, il est plaisant de s’imaginer faisant partie d’un groupe de privilégiés, lesquels d’une façon ou d’une autre échappent aux règles s’imposant au commun des mortels.

Cette approche semble assez commune parmi les grandes entreprises, parmi les stars comme Di Maria, Pastore, Neymar ou Ronaldo et bien d’autres mais aussi, fait sur lequel l’info sur les Panama Papers n’a pas suffisamment insisté, chez les politiciens, prétendus représentants du peuple.

Offrir des noms à la vindicte populaire

L’un des problèmes de cette approche est qu’elle crée un risque de soupçon, partiellement justifié ou non. En effet, rien n’interdit de placer de l’argent au Panama. Mais dans bien des cas, des noms sont offerts à la vindicte populaire, sans aucune analyse. Dès l’instant où un nom se trouve ainsi publié, la foule jugera par réflexe la réalité de cette fraude, et le coupable désigné en sera immédiatement sali, quelle que soit la légalité ou non de ses opérations financières.

Avec les avancées toujours plus poussées de la numérisation des données, quel que soit le cryptage, le vol de données mal intentionné se multipliera. Espérer y échapper à vie deviendra illusoire. Dès lors, qu’y faire ?

Toutes les approches abordées jusqu’ici ont toutes le même défaut rédhibitoire : elles admettent le système tel qu’il est, aussi lourd, compliqué et injuste, ainsi que toutes ses évolutions, dont tout nous indique qu’elles se dirigent vers davantage encore de lourdeur, de complexité et d’injustice. Partant de ce constat, c’est chacun pour soi, confiant dans sa supériorité, posant ainsi un double problème :

  1. Les règles changent de temps en temps, et toutes peuvent changer, comme pour les chauffeurs de taxis et peut-être les détenteurs d’assurance vie, et chacun peut, d’une façon ou d’une autre, subir un changement défavorable de règle. Dans ce cas, avant de jouir d’une règle qui nous est favorable, ne serait-il pas plus sage de partir du principe qu’une fois pris dans cette nasse, celle-ci se refermera tôt ou tard, le jour où les autorités auront besoin de plus de ressources ?
  2. Tout cadre dont on accepte formellement les règles pour les enfreindre par la suite relève effectivement de la fraude, et la notion de fraude fiscale se justifie, à ne pas confondre avec l’optimisation fiscale qui, elle, est légitime. Si on fraude, on tombe sous le coup de la loi et les conséquences peuvent être graves.

Peut-on vaincre le système ?

Une autre approche est possible et même souhaitable : admettre qu’aussi malin que l’on puisse être, on ne peut pas vaincre le système. Celui-ci n’est pas immuable, il se transforme sans cesse pour finir par gagner. Se penser plus malin que lui et qu’autrui est, sur la durée, un pari perdant. La rusée docilité rapporte moins qu’espéré.

Qu’y faire alors ? Aussi étrange que cela puisse paraître pour des stars du football, si on ne veut pas se trouver coincé ou, pire, fraudeur et condamné, et sans se faire taxer une part déraisonnable des fruits de son travail, gagnée honnêtement, durement et légitimement, alors il convient de s’engager contre l’incessante croissance de la complexité et de la lourdeur de la fiscalité.

Une fiscalité juste doit être simple, son poids limité et non pas potentiellement infini. Une fiscalité légitime est celle qui reconnait que les fruits du travail d’une personne lui appartiennent, et qu’elle doit consentir à contribuer à des missions limitées, pour une part proportionnelle clairement définie et pas constamment évolutive. À l’inverse, une fiscalité qui, de fait, considère tous les fruits du travail d’une personne comme revenant de droit à l’État, ce qu’on laisse à la personne n’étant qu’un manque à gagner provisoire sur lequel on mettra la main plus tard (quand le besoin s’en fera ressentir), est illégitime et doit être combattue. Il en découle que les missions de l’État doivent être limitées, au lieu de quoi, alors, la fiscalité, naturellement, ne le sera pas davantage.

Plutôt qu’accepter le système en faisant le pari de le contourner, voire de frauder, Messieurs Pastore, Di Maria, Neymar et Ronaldo, mais chacun d’entre nous également, devraient envisager de faire de la politique, en particulier de s’engager sur la question du poids et de la complexité de la fiscalité, et sur la question de son inexorable croissance.