La dette publique, enjeu majeur de la présidentielle

L’enjeu majeur de la présidentielle de 2017 est là : ou nous nous décidons à redresser enfin nos finances publiques en acceptant les efforts que cela suppose, ou nous continuons dans la fuite en avant en sacrifiant l’avenir au présent.

Par Pierre Deruby.

La dette publique, enjeu majeur de la présidentielle
By: _Gavroche_CC BY 2.0

Les Grecs anciens ont ouvert la voie de la démocratie dans laquelle nous les avons suivis avec bonheur. Les Grecs modernes se sont, eux, engagés sur celle d’un endettement public insensé. C’est un mauvais exemple auquel nous avons le devoir moral de renoncer sans plus attendre. Car ce serait perpétuer un égoïsme générationnel vieux déjà de plusieurs décennies, et laisser à nos descendants une situation financière catastrophique, en sus d’autres périls et menaces bien connus dont il n’est pas nécessaire de faire ici l’inventaire.

N’en doutons pas, l’enjeu majeur de la présidentielle de 2017 est là : ou nous nous décidons à redresser enfin nos finances publiques en acceptant les efforts que cela suppose, ou nous continuons dans la fuite en avant en sacrifiant l’avenir au présent. Ou pour le dire autrement : soit nous persistons à confier notre destin à un des candidats – majoritaires dans notre pays – qui défendent sans le dire la politique de l’autruche, soit nous acceptons les vérités qui dérangent.

Dans son dernier rapport de conjoncture, moins lu par les Français que les savoureuses pages de la presse people, l’INSEE nous indique : « À la fin du 2ème trimestre 2016, la dette publique s’établit à 2 171 milliards d’euros (Md€), en hausse de 32 Md€ par rapport au trimestre précédent. Exprimée en pourcentage du produit intérieur brut (P.I.B.), elle augmente de 0,9 point par rapport au 1er trimestre 2016, à 98,4 % ».

En 1998, la dette nationale était de 303 Md€ (33.3% du P.I.B). En 2007, soit il y a moins de 10 ans, elle était de 1 212 Md€ (64.2% du P.I.B.). Depuis 1975, la France accumule les budgets en déficit. Nous vivons collectivement au-dessus de nos moyens depuis plus de 40 ans. Mais peu de nos compatriotes en sont conscients, manipulés qu’ils sont par des « élites » plus soucieuses de leur élection (ou leur réélection) que de l’intérêt du pays. Allons-nous un jour mettre fin à cette dérive vertigineuse qui ne reste supportable qu’autant que nos créanciers – étrangers pour les 2/3 – l’acceptent ? Nous sommes à leur merci.

Les choses sont claires : tant que le budget annuel présentera un déficit (après amortissement d’emprunts et versement d’intérêts), la dette publique augmentera d’autant. À fin 2015, le dernier déficit connu des comptes publics était de 77.5 Md€ (3.6% du P.I.B.). Le seuil d’un endettement équivalent à 100% du P.I.B. sera franchi dans les mois qui viennent, alors que nous nous étions engagés, en 1992, envers et avec nos partenaires européens à ne pas dépasser la limite jugée dangereuse des 60%.

Continuer à ce rythme, c’est nous placer, à un horizon rapproché, dans une situation comparable à celle de la Grèce d’aujourd’hui. La menace est d’autant plus grande que les taux d’intérêt, au plus bas depuis plusieurs années, sont désormais orientés à la hausse. Non seulement tout nouvel endettement nous coûtera plus cher, mais la part de nos dettes actuelles à taux indexé générera un surcroît d’intérêts à payer.

L’État peut-il augmenter ses recettes ?

Avec une croissance faible et un taux de prélèvements obligatoires qui frôle les 45%, il n’y a plus de levier fiscal possible. Au contraire, il faudrait redonner des marges de manœuvre au secteur privé pour espérer un développement profitable à l’emploi, qui diminuerait les charges d’indemnisation du chômage, et augmenterait à terme les recettes fiscales sur des résultats en hausse.

Il reste par contre des possibilités de céder certaines participations financières dans des secteurs où la présence de l’État ne s’impose plus aujourd’hui. Celle de Renault par exemple : 20% du capital, soit 4.5 Md€. L’évaluation du potentiel global que présentent ces options de cession ne semble pas encore avoir été faite par les candidats qui envisagent de l’actionner. Mais la vraie campagne n’a pas commencé.

L’État peut-il diminuer ses dépenses ?

De ce côté, les éventuelles actions pourraient, en théorie, être conduites sur trois grands postes : la rémunération des salariés, les prestations sociales, et les investissements. Écartons d’emblée le dernier car le niveau déjà faible de l’investissement public ne peut être davantage abaissé face aux défis stratégiques de ce début de siècle (numérique, nanotechnologies, énergies nouvelles, recherche médicale et toute recherche…), sauf à accentuer notre déclin sur la scène mondiale.

Sur les prestations sociales : 567 Md€ en 2015, soit 46% des dépenses publiques totales, la simple annonce d’un examen de la situation pour trouver des voies d’économie déclenche des torrents d’indignation. Peut-on raisonnablement penser qu’il n’y a aucun excès dans certaines prescriptions (ex : écographie mensuelle pour des grossesses sans risque), dans certaines aides (A.M.E.), dans certains remboursements (aux plus aisés notamment) ? S’interdire a priori toute réflexion sur le sujet est tout bonnement irresponsable.

Reste la rémunération des agents de la fonction publique : 282 Md€ en 2015. Ah, le merveilleux sujet à polémique, la belle matière à tabou ! Ils sont légion en tribune les justiciers autoproclamés pour dénoncer les intentions malsaines des exécuteurs du SERVICE PUBLIC à la française. Soyons sérieux. Les excès en tout sens ne nous font pas avancer. Aussi bien du côté des inconditionnels de la « fonctionnarophobie » que de celui des défenseurs du statu quo absolu.

Comment douter qu’il existe des marges de manœuvre à la lumière des données suivantes ?

• Entre 2000 et 2014, l’emploi dans la fonction publique a augmenté de 20% (de 4,70 millions à 5,64 millions) tandis que la population progressait de 10.3% (de 60.1 à 66.3 millions). Une période qui a pourtant vu le développement spectaculaire de l’informatique dans l’économie.
• La semaine de travail est de 35 heures, voire parfois de 32 heures dans le public alors qu’elle est souvent supérieure dans le privé (non officiellement), et à 41,5 heures en moyenne chez nos voisins.
• Avec 80 fonctionnaires pour 1 000 habitants, la France se situe loin devant la médiane européenne : 61/1000, et loin devant tous les autres pays européens à population d’importance comparable : Allemagne (59/1000), Royaume-Uni (45/1000), Italie (58/1000), Espagne (57/1000).
• Une étude réalisée sur la Fonction Publique Territoriale (près de 2 millions de salariés) nous donne 3 indicateurs sur l’absentéisme desquels il n’y a lieu de retenir que les arrêts pour maladie ordinaire : le nombre d’arrêts pour 100 agents employés (49 en 2012, 54 en 2014), la proportion d’agents absents au moins une fois dans l’année (29.1% en 2012, 30.6% en 2014), le nombre moyen de jours par arrêt (21 j en 2012, 22 j en 2014).

L’explication : au 1er janvier 2012, le gouvernement précédent avait institué 1 j de carence pour maladie dans la fonction publique. Au 1er janvier 2014, il a été supprimé par le gouvernement actuel, alors que dans le secteur privé une carence de 3 j subsiste.

Prétendre au vu de ces éléments, et des évolutions organisationnelles que chacun connait, que l’emploi dans la fonction publique ne peut être réduit, relève de la plus évidente mauvaise foi. Verrons-nous enfin en 2017 « le crépuscule des magiciens, la déroute des illusionnistes » qu’avait annoncé Raymond Barre en 1982 ? C’est hautement souhaitable pour notre pays et pour ses nouvelles générations.