Que peut apporter le biomimétisme à l’entreprise ?

Dans la complexité, ce que peut nous apprendre le biomimétisme, ce sont donc les vertus de la symbiose et de la coopération. Certains l’ont déjà compris et inventent des formes de coopération et d’organisations en ce sens.

Par Gilles Martin.

Que peut apporter le biomimétisme à l'entreprise ?
By: Miltos GikasCC BY 2.0

Le biomimétisme est une approche scientifique qui consiste à imiter les inventions de la nature pour les adapter au service de l’homme.

L’inspiratrice est une scientifique américaine, Janine M. Benyus, qui a fait de nombreux adeptes et inspiré des centres de Recherche, dont le CEEBIOS en France (Centre d’Excellence en biomimétisme de Senlis).

Ce biomimétisme classe les innovations en trois niveaux : le biomimétisme de forme, le biomimétisme des matériaux et le biomimétisme écosystémique.

Le biomimétisme de forme est celui qui consiste à améliorer les performances environnementales d’une technologie par un travail sur la forme, inspiré du vivant. C’est ainsi que le nez du train TGV a été inspiré par le bec du martin pêcheur. En effet, lors de la conception du train à grande vitesse au Japon, il est constaté qu’à chaque entrée dans un tunnel à plus de 300 km/h le bouchon d’air brutalement comprimé provoquait un bang à la sortie, source de bruit pour les riverains, et de vibrations.

Le problème du martin pêcheur

C’est ainsi que l’ingénieur japonais qui l’a conçu s’est intéressé au martin pêcheur qui rencontre le même problème que le train à grande vitesse : le passage d’un milieu rempli d’un fluide peu dense, l’air ambiant, à un autre beaucoup plus dense, l’air compressé à l’avant du train une fois dans le tunnel. Le martin pêcheur, lui, passe d’un milieu peu dense, l’air ambiant, à un milieu fluide plus dense, la surface de l’eau pour aller en piqué chercher les poissons, et sans le troubler (pour ne pas perdre sa proie de vue et ne pas l’alerter). Et ainsi le nez du train à grande vitesse a reproduit les caractéristiques du bec du martin pêcheur.

Le biomimétisme des matériaux est celui qui découvre et utilise des matériaux inspirés du vivant, en travaillant sur leur consommation d’énergie, leur durabilité, leur recyclabilité (car dans la nature tout est recyclé),

Et, encore plus ambitieux, le biomimétisme écosystémique s’inspire, non pas des « trucs » technologiques des espèces, mais des relations entre elles, celles qui permettent aux écosystèmes qui en émergent d’être à la fois durables et adaptables, en s’inspirant des principes du Vivant.

Notre relation à la biosphère

Dans cette dernière inspiration, le biomimétisme est celui qui s’applique à des échelles spatiales et temporelles plus élevées (les villes, les réseaux, les pays) et encourage à la coopération au sein de notre espèce et avec les autres espèces. C’est une vision différente du monde et de la nature, mettant en évidence notre interdépendance avec le reste de la biosphère. Cela est en rupture avec une conception de l’espèce humaine, c’est-à-dire nous, comme des prédateurs domptant la nature pour leur service.

Cette nouvelle vision est bien analysée par Gauthier Chapelle dans son livre Le vivant comme modèle, merveilleux guide pour nous apprendre à nous reconnecter avec les principes du vivant et retrouver de l’harmonie avec le reste du vivant. Le vivant est là sur notre planète depuis 4 milliards d’années.

Mais pendant les deux derniers siècles, la civilisation que l’auteur appelle « la civilisation thermo-industrielle » a fait pas mal de dégâts : notre consommation de pétrole, énergie fossile, en est rendue à mille barils par seconde, soit autant de CO2 à neutraliser par seconde, si nous voulons éviter les dégâts annoncés par ce phénomène.

La symbiose

Une relation de coopération entre les espèces prend le nom de symbiose : c’est l’exemple du poisson-clown qui livre un surplus de nourriture à l’anémone de mer en échange de sa protection, ou des fleurs qui produisent le nectar pour attirer et nourrir les insectes, en contrepartie des échanges de pollen. Cette relation de symbiose est l’inverse de la compétition : la compétition coûte aux deux espèces qui s’affrontent car dans ce cas il faut davantage d’énergie pour acquérir une ressource que l’on se dispute.

Les symbioses ont été découvertes, elles, dans tous les groupes d’organismes, et en abondance. Ainsi, des tailles de pattes et de becs différentes entre espèces de petits échassiers leur permettent de se répartir les invertébrés vivant dans la vase à des profondeurs différentes.

Une nouvelle discipline scientifique est ainsi née : la symbiologie, avec une société scientifique dédiée, l’International Symbiosis Society. 

Ce que nous apprend la symbiologie, c’est que les innovations majeures de l’évolution du vivant résultent de symbioses. Elles représentent des sauts de complexité par rapport aux micro-innovations générées par la compétition ou la prédation.

Il est certain que nous, les humains, avons surtout vécu pour le moment avec la compétition et la prédation. C’est même le principe de la concurrence, de l’innovation créatrice.

Dans la complexité, ce que peut nous apprendre le biomimétisme, ce sont donc les vertus de la symbiose et de la coopération.

Certains l’ont déjà compris et inventent des formes de coopération et d’organisations en ce sens.

Ce sont ceux qui ont compris que le vivant pouvait nous apprendre à vivre.

Faire du vivant un modèle : voilà de quoi nous inspirer, donc.

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