Présidentielles : retraite en Hollande

François Hollande a annoncé qu’il renonçait à se lancer en 2017, de crainte de ne pas assez rassembler autour de lui. Mais la gauche française est-elle sauvée pour autant ?

Par Stéphane Montabert.

Retraite en Hollande
By: Jean-Marc AyraultCC BY 2.0

Jugée par certains comme la meilleure décision de son quinquennat, François Hollande vient d’annoncer qu’il ne se représenterait pas en 2017. La gauche française est-elle sauvée pour autant ? Peut-être pas, car le Président a commis des ravages au sein de son camp ; mais malgré tout, la clarification est bienvenue et pourra peut-être sauver le premier tour des présidentielles.

Une relation difficile avec la réalité

Dire que l’annonce de François Hollande était attendue serait un euphémisme. Sur Euronews, les programmes habituels furent interrompus pour laisser le Président s’exprimer en direct.

Dans un cadre solennel, le tout ne prit que dix petites minutes, huit pour présenter et défendre son bilan, deux pour enfin lâcher le morceau. Même là, François Hollande aura réussi à surprendre. Il commence par annoncer que les choses s’arrangent, que la courbe du chômage s’inverse enfin, que la dette publique est maîtrisée, évoque rapidement la déchéance de nationalité comme sa seule erreur… Et finalement annonce qu‘il renonce à se lancer en 2017, de crainte de ne pas assez rassembler autour de lui.

Depuis, ces éléments de langage sont abondamment disséqués par les médias et tous relèvent la contradiction : Hollande annonce que tout va mieux, mais n’est pas candidat à sa réélection. En réalité bien sûr, tout ne va pas si bien, et tous les Français vous le confirmeront, même les socialistes.

Les déficits de l’État français continuent à être abyssaux, les engagements du traité de Maastricht ne sont prétendument tenus qu’au prix des plus grandes incertitudes, le choc fiscal a laissé nombre d’entreprises et de foyers sur le carreau, la croissance est anémique, 600 000 personnes sont venues grossir les rangs des chômeurs depuis le début du quinquennat…

Énième illustration du fil rouge de sa présidence, François Hollande semble avoir une perception de la réalité très différente de la réalité, ou du moins de la perception de cette même réalité par le reste de la population française.

Les attentes des Français étaient immenses, et sur tous les chantiers en souffrance — santé, rôle de l’État, compétitivité, logement, sécurité, citoyenneté, finances, droit du travail — les réformes ont été médiocres ou inexistantes. La popularité historiquement basse du Président ne vient pas de nulle part.

Ensemble à gauche

On peut tout de même accorder à François Hollande le mérite d’avoir fait son effet. Face à l’indécision affichée par le politicien, la pression devenait absolument intenable, non seulement pour lui, mais même pour son gouvernement et ses proches.

L’histoire du « candidat naturel du PS » a vécu. Quelques jours plus tôt le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis annonçait encore que oui, François Hollande serait « évidemment » candidat à la primaire socialiste. A-t-il été dépassé par ses propres convictions ? Le Président a-t-il changé d’avis entre-temps ? Nul ne le sait.

Outre le « courage » et « l’audace » aujourd’hui prêtés à François Hollande, sa décision a le mérite de clarifier enfin la situation à gauche. La longue liste des appétits présidentiels se libère. Manuel Valls et Arnaud Montebourg s’affronteront probablement dans les primaires de la gauche. Seront-ils rejoints par tous les ambitieux, d’Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon, voire François Bayrou, qui se sentent aujourd’hui pousser des ailes ? Ce n’est pas certain. Il en va pourtant de la crédibilité d’une gauche qui, entre divisions et éclatement, aura été transformée en champ de ruines par ce quinquennat.

Paradoxalement, une gauche unie (à défaut d’être victorieuse) est importante pour les présidentielle françaises. Il en va de la santé du débat public. Une gauche pléthorique et inaudible disparaîtra trop vite des écrans radar, laissant un boulevard aux probables finalistes François Fillon et Marine Le Pen, et les amenant tous deux à gauchir leur discours pour pêcher cet électorat.

Est-il dans l’intérêt de la politique que les positions des principaux candidats se diluent dans un gruau indistinct pour rassembler tous azimuts ? Pour l’éviter durant la plus grande partie de la campagne, jusqu’au soir du premier tour des présidentielles, il est donc important que la gauche française parvienne à se doter d’un nouveau meneur, et, rêvons, qu’elle se modernise enfin.

On le devine, le chantier est immense, et le calendrier serré. À défaut de réussir cette fois, il faudra attendre une élimination humiliante l’année prochaine pour espérer enfin une forme de cohérence à l’aube des élections de 2021. Que de temps perdu !

La solitude du chef

Pourquoi François Hollande a-t-il tant attendu ? Pourquoi a-t-il finalement pris le contre-pied de ses propres confidences où il annonçait qu’il déclarerait ses intentions le 10 décembre ? Certains évoquent les effets du livre Un président ne devrait pas dire ça qui auraient rendu impossible la relation de travail avec Manuel Valls. D’autres le sursaut de réalisme d’un homme croyant toujours pouvoir revenir de tout, une foi chevillée au corps qui lui permit en effet, alliée aux circonstances, d’accéder à la présidence de la République.

Le retrait de François Hollande pourrait être finalement une simple question de fierté. Ne pas accéder au second tour aurait été un affront, mais échouer à la primaire socialiste, un camouflet. Même à cette étape, ses chances semblaient désormais compromises.

La pilule reste amère : François Hollande sait qu’il n’est plus qu’un président en sursis, un lame duck, un canard boiteux selon l’expression américaine. Le peu d’influence qu’il gardait encore vient de s’évaporer. Qui l’écoutera encore d’ici au mois de mai, si ce n’est par politesse ? Du fond de son impopularité, au terme d’un mandat terne et mené en vain, il disparaîtra dans les brumes de l’histoire.

Par son étroitesse de vue, ses manœuvres, son manque d’envergure, le quinquennat de Hollande n’aura finalement été que du temps perdu.

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