3 leçons de la victoire de Fillon à la primaire de la droite et du centre

La victoire de François Fillon est un simple retour à l’ordre des choses : une droite qui est… de droite.

Par Alexis Vintray.

Trois leçons de la large victoire de Fillon à la primaire de la droite et du centre
By: European People’s PartyCC BY 2.0

Après une victoire massive au premier tour, François Fillon a donc transformé largement l’essai et remporté une victoire sans contestation, réunissant sur son nom deux tiers des électeurs de la primaire ouverte de la droite et du centre. L’électorat de gauche a eu beau se mobiliser, représentant environ 50% des bulletins de vote Juppé, la vague Fillon aura tout emporté sur son passage et un score massif de près de 80% des voix de son camp. Quelles conclusions en tirer, alors qu’il y a un mois François Fillon était donné pour l’homme malade de la primaire ?

Enfin l’aggiornamento de la droite française !

Avec la victoire de François Fillon, c’est, enfin !, l’alignement idéologique clair de la droite française sur le reste des droites : libéralisme économique et conservatisme sociétal. Le corps électoral de la droite a depuis longtemps été sur ce positionnement, la classe politique s’aligne enfin, et tue (pour de bon ?) la chimère chiraquienne d’une droite qui serait de gauche.

L’intelligentisa parisienne a eu beau jeu de crier au loup depuis 10 jours, de dénoncer le supposé obscurantisme ou radicalisme de François Fillon, c’est un simple retour à l’ordre des choses qui s’est manifesté hier soir. François Fillon n’a pas gagné parce qu’il serait « très à droite », à « l’extrême droite » ou ailleurs, il a gagné car il était de droite, au barycentre des droites françaises. Une fois de plus, Paris n’est pas la France, malgré les larges erreurs d’appréciation des journalistes de la gauche caviar parisienne depuis deux ans.

Une stratégie payante mais surtout une chance incroyable

Le succès de François Fillon doit beaucoup à ce positionnement intelligent et à une stratégie en adéquation pour aller chercher un vote d’adhésion dans la France de droite de la primaire, âgée et aisée : campagne de terrain, logo d’un autre temps, éléments de langage très conservateurs et agricoles, etc.

Mais surtout, François Fillon a bénéficié de l’incroyable aveuglement d’Alain Juppé, un suicide politique disent même certains. Après avoir pu capitaliser sur une campagne décevante de Bruno Le Maire et sur l’antisarkozysme ambiant, c’est le refus de faire campagne et le positionnement très à gauche d’Alain Juppé qui lui a servi de fusée électorale d’une ampleur jamais vue. La campagne du second tour d’Alain Juppé a très probablement sur-motivé l’électorat de droite en faveur de Fillon, sans motiver la gauche.

Avec un adversaire moins mauvais qu’Alain Juppé, François Fillon aurait-il pu réussir le tour de force de multiplier par 5 son score en quelques semaines ?

Quelles suites à la fusée Fillon pour la présidentielle ?

Aujourd’hui rien n’est fait pour la présidentielle, évidemment. Un tel triomphe qui doit tant à une vague si rapide est éminemment fragile. Mais François Fillon est bien armé pour séduire largement et créer une dynamique pour la présidentielle

Face au FN déjà : Alain Juppé a fait campagne sur sa capacité à battre le FN. Pourtant, les premiers sondages le montrent, c’est François Fillon qui battrait le FN dès le premier tour selon plusieurs sondages (Odoxa ou Harris Interactive), en siphonnant le parti d’extrême droite sur ses thèmes d’identité nationale ou de politique étrangère. Interrogés sur BFM ou France 2, Florian Philippot ou David Rachline avaient du mal à cacher leur désarroi, essayant différentes lignes sans réussir à se fixer sur une. Pourtant la stratégie du FN pour la présidentielle devrait être simple : l’économie, en allant chasser sur les terres d’une gauche en totale déshérence.

Et est-il besoin justement de parler de la gauche de gouvernement, pour qui tout annonce une 5e place à la présidentielle… ?

L’autre enjeu de Fillon sera face à Macron et au centre : le débat se fera là sur les questions de société et sur l’identité, posant des questions de stratégie aux libéraux. 2017, ou une élection qui opposera un libéral-conservateur, François Fillon et un libéral de gauche, Emmanuel Macron. Les débats théoriques qui agitent les lecteurs de Contrepoints ont ce soir pris chair. Qui peut le mieux incarner la liberté ? La libération de la société française viendra-t-elle de la droite ou de la gauche ? Autant de questions qui s’annoncent passionnantes pour les semaines à venir.

Qui aurait pu prédire que 2017 serait l’élection mettant le libéralisme au cœur du débat, avec un vrai choix libéral possible ?