Qu’est ce que le libéralisme économique ?

Publié Par Cécile Philippe, le dans Économie générale

Par Cécile Philippe.

Le libéralisme économique, ce n'est pas les Etats-Unis.

Statue de la liberté (Crédits : benonrtherun, licence Creative Commons)

 

Alors que la liberté d’expression et plus généralement les libertés civiles sont plébiscitées par les Français, le libéralisme économique, quant à lui, continue de susciter la suspicion voire le rejet chez la plupart des gens, y compris à droite. Ce terme est, en effet, connecté à des questions difficiles comme la mondialisation, le profit, les délocalisations, la loi du plus fort, etc., et génère des sentiments négatifs comme la peur ou l’envie.

Du coup, pour pallier les défauts d’un libéralisme « débridé », l’État apparaît comme le moyen d’en soigner les maux. Mais la régulation étatique présente un défaut majeur par rapport au libéralisme : elle est beaucoup moins réaliste. La philosophie libérale ne promet pas une société parfaite et ne prétend pas offrir des réponses idéales aux défis qui se posent à nous. Au contraire, partant de l’observation que nous ne sommes ni omniscients ni forcément vertueux, les solutions libérales offrent simplement davantage de flexibilité et de garde-fous. Cela permet de construire des sociétés qui, sans être parfaites, peuvent prospérer.

Évidemment, cela peut paraître moins attrayant d’offrir des solutions raisonnables et flexibles que d’offrir des solutions supposées idéales et parfaites. Là est une première impression dont il faut impérativement se libérer car comme nous le disent nombre de psychologues, c’est le moyen le plus sûr de créer son propre malheur voire de tomber en dépression. On peut d’ailleurs se demander si la forte consommation d’antidépresseurs en France n’est pas d’une façon ou d’une autre liée à cette recherche inaccessible de la perfection. C’est bien connu, chercher à obtenir quelque chose, qui par définition est impossible à avoir, ne peut que susciter frustration, colère et finalement apathie.

Or, le mépris pour la liberté dans le domaine économique vient certainement et au moins en partie de la croyance en un État parfait qui saurait trouver les solutions idéales à tout problème posé. Il suffit de voir la façon dont a été abordée la énième réforme du collège. Plutôt que de considérer que l’Éducation nationale a avant tout besoin de diversité, la nouvelle réforme impose à tous les collèges de France des programmes modifiés qui ne peuvent évidemment pas convenir à tous. Pourquoi décider de supprimer certaines disciplines – Latin, Grec, 1ère langue – qui, à défaut de convenir à tous, intéresseront certains élèves. De même, en matière de santé, conformément au vaste mouvement engagé dans les années 1990, le système perd de plus en plus de flexibilité au fur et à mesure que le pouvoir est concentré au sein des Agences régionales de santé publique.

Or, justement la société française souffre avant tout de son État qui à force de croître à tort et à travers, à force d’intervenir pour un oui ou pour un non, empêche les autres institutions concurrentes de jouer leur rôle et les individus d’exprimer leurs choix, d’être en contrôle de leur vie.

Ces institutions, de la coopérative fondée sur l’autogestion, à l’entreprise, à la famille, aux syndicats, en passant par les associations sans but lucratif ou autres mutuelles, ont vu leur rôle diminuer au fur et à mesure qu’on avançait dans le 20ème siècle.

Ce modèle institutionnel concurrentiel – défendu par des économistes français comme Bastiat, Comte ou Dunoyer ou encore le prix Nobel 1974 Friedrich Hayek – est le type même du choix libéral. Il reconnaît simplement qu’aucune institution n’est parfaite et capable à elle seule de résoudre les myriades de problèmes qui se posent à nous quotidiennement. C’est en quelque sorte un choix humble et pragmatique. Nos sociétés complexes ont un défi à surmonter, elles ne peuvent pas fonctionner sur le modèle de la tribu où tout le monde se connaît. Elles ont besoin d’outils sophistiqués comme l’institution de la propriété, qui génère la responsabilité, ou encore le système de prix.

Ces derniers sont essentiels à ce qu’on appelle le calcul économique, sans lequel le risque est de gaspiller les ressources de façon incommensurable. Or, justement, au fur et à mesure qu’une société s’étatise, les prix perdent de leur substance et se révèlent incapables d’orienter intelligemment l’allocation des ressources. La sphère publique, chargée de multiples objectifs souvent contradictoires s’éloigne des conditions réelles du marché et donc d’une gestion parcimonieuse des ressources. Dans le secteur public, les décisions sont prises par des individus qui n’assument pas patrimonialement les erreurs. La mise en place d’impôts supplémentaires peut permettre d’éponger les erreurs, ce qui limite fortement l’incitation qu’il y a à faire un usage efficace des ressources.

Il est temps de comprendre en France que le libéralisme économique s’inspire de la même philosophie que le libéralisme social bien compris. Ses solutions ne sont pas parfaites, mais elles créent un cadre institutionnel flexible et responsable qui favorise l’adaptation aux conditions réelles de l’existence.


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  1. En quoi la propriété serait-elle un « outil sophistiqué » ? Un enfant de 6 mois réagit quand on lui pique son jouet et dès qu’il sait parler il va dire « nan, c’est à moi ». Ce qui ne va pas l’empêcher de le prêter ou même de le donner à son copain. En fait le libéralisme c’est simple et de bon sens et pas amoral pour 2 sous. A-t-on jamais vu un parent prendre le jouet que le Père Noël vient d’offrir à son enfant pour aller le donner au fils du voisin au motif que celui-ci serait « défavorisé » ? Alors pourquoi l’Etat le fait-il ?

  2.  » La philosophie libérale ne promet pas une société parfaite et ne prétend pas offrir des réponses idéales aux défis qui se posent à nous »

    Patatra …. J’ai arrêté là : l’article commençait bien mais c’est tout d’un coup suicidé en grande pompe.

    Il faut arrêter de voir le libéralisme comme une réaction au socialisme ou comme un machin inconsistant qui bricole des solutions pour rendre les choses moins pires.

    Ce que n’est pas non plus le libéralisme « sociétal » qui n’est absolument pas la licence régulée par l’Etat que la majorité des Français pensent qu’est la liberté « qui consiste à faire tout ce qu’on veut sauf ce qui est interdit …. »

    Le libéralisme est une méthode politique et économique, elle repose juste sur un certain nombre de principes que les Français ne sont pas prêts d’entendre parce qu’ils ne sont pas du tout dans leur culture et que l’Educnat leur a farci la tête de vérités universelles pré formatées.

    L’objectif du libéralisme est une société parfaite dans le sens où elle vit et n’est pas figée dans une image d’Epinal comme peuvent l’être les utopies, les affiches publicitaires des politiques. C’est une société en mouvement donc exactement l’inverse du monde des bisounours : c’est une société qui propose des solutions idéales parce qu’efficaces et vraies, contrairement aux fanfaronnade des promesses qui ne sont jamais réalisées.

    Il faut arrêter de jouer les Calimero …

  3. Parce que vous croyez que les antilibéraux adhèrent au libéralisme social ?
    Vous rêvez. Ils peuvent être (et sont souvent) socialement licencieux, mais socialement libéraux, jamais.
    Ils ont parfaitement compris que « le libéralisme économique s’inspire de la même philosophie que le libéralisme social.  »
    Si ils attaquent le premier, c’est bien pour détruire le second.

  4. Quand Thatcher ou Reagan défendent le libéralisme économique mais se montent plus récalcitrants sur le libéralisme social, on les considère malgré tout comme étant des libéraux.

    Quand un bobo défend le libéralisme social mais se montre plus récalcitrant sur le libéralisme économique, il est immédiatement disqualifié, on le considère directement comme étant antilibéral.

    Une belle hypocrisie tout ça.

    1. gné ? qui est ce « on » qui, soi disant, « considère malgré tout comme étant des libéraux » Thatcher ou Reagan ?

      Et je n’ai jamais vu un bobo défendre le libéralisme social, en tout cas pas sans l’assortir d’une clause qui est sa négation même, un « mais » qui vide de toute substance la liberté hautement proclamée, ou un « yfôke » en forme d’injonction aux autres qui transforme cette liberté en privilège ou en licence.

    2. En fait, eux mêmes se considèrent comme antilibéraux. Les bobos disent clairement qu’ils haïssent le libéralisme.
      Et non, ils ne sont pas libéraux societalement parlant. Exemple pour l’avortement, ils veulent que l’état prenne en charge cela. C’est antilibéral comme attitude. Ils utilisent l’état pour transformer la société selon leur idéologie. Ils ont comme but de transformer la société selon leur idéologie. Il suffit de voir leurs attitudes envers leurs opposants (attitude que l’on peut qualifier de fasciste) pour comprendre qu’ils n’ont rien de libéraux

    3. Ils veulent que toutes leurs associations (lgtb, féministes, antiracistes,….) reçoivent des subventions de l’état. En quoi c’est libéral comme attitude ?

    4. Un bobo qui défend le libéralisme social … vous devez confondre libéral et libertaire

      http://www.contrepoints.org/2013/12/11/149440-deux-conceptions-de-la-liberte-par-isaiah-berlin

  5. Il est décevant de constater une offre politicienne audible très éloignée des libertés en économie, même après 3 ou 4 ans de matraquage fiscal ! Mais ces politiques publiques ont commencé en 1974 et se sont aggravées depuis 1981 !

    Le tripartisme va-t-il ouvrir un espace politique pour les libertés économiques ? RDV après les régionales pour y voir clair.

    ps
    si l’offre libérale n’est pas audible c’est qu’il lui manque des medias grands publics. Merci le CSA !

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