Messieurs les candidats, réformez le système de santé !

Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

3 mesures qui devraient être discutées aux primaires, à droite comme à gauche, pour réformer notre système de santé malade.

Par Bernard Kron.

Comment réformer le système de santé ?
Médecin (crédits Alex Proimos, licence Creative Commons)

Le débat du 17 novembre devrait aborder enfin les problèmes de la crise de la santé. En effet, les déserts médicaux s’aggravent, témoins de l’incurie du système ; mais il ne saurait y avoir de réponses simples. Pour attirer les médecins dans les territoires, il faut redonner de l’attractivité aux régions désertées (emploi, couverture numérique, réseaux de transport etc) mais cela n’est qu’un aspect du problème.

La pénurie de médecins, le temps d’attente aux urgences, les délais d’obtention de rendez-vous, la dégradation des soins, sont comme nous l’avons vu dans une précédente analyse, la conséquence des réformes qui étatisent progressivement le système de santé et participe à la désertification.

Un soir de 1966, alors que Georges Pompidou était Premier ministre, un jeune chargé de mission à Matignon, du nom de Jacques Chirac, présente à son patron une pile de décrets à signer. Le chef du gouvernement entre alors dans une colère noire et remet à sa place son lieutenant : « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français. Il y a beaucoup trop de lois, trop de règlements dans ce pays. »

Le monde politique, les yeux rivés sur les déficits n’a pas tenu compte de ce bon sens. Il a eu une idée folle : « Diminuer le nombre de médecins pour juguler le déficit de la Sécu ! » Ce déficit était de 240Mds à l’arrivée d’Alain Juppé en 1995, depuis il s’est encore aggravé !

Quelques chiffres

Le numerus clausus a limité ainsi trop sévèrement le nombre d’étudiants en médecine en n’en recevant que 17% à la fin de la première année ! Parallèlement, le nombre de médecins de ville retraités a bondi de 56 % en six ans pour atteindre 62 490 en juillet 2016, selon les derniers chiffres de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF).

En un an, près de 5 000 praticiens libéraux supplémentaires de la génération du baby-boom ont fait valoir leurs droits à la retraite. Près de huit médecins retraités sur dix sont des hommes (âgés en moyenne de 73,5 ans). Selon la CARMF, le nombre de praticiens retraités continuera à fortement augmenter dans les dix prochaines années car la très grande majorité des cotisants en activité (55 000 hommes et femmes confondus) sont âgés de 55 à 64 ans.

Les praticiens en exercice sont âgés de 56 ans en moyenne pour les hommes, contre 50 ans pour les femmes. La féminisation de la profession ne se dément pas avec 58 % de femmes chez les moins de 40 ans.

Pour régler ce drame il faut :

  1. faire un diagnostic des mauvaises mesures prises par nos élus conseillés par la pensée unique des énarques.
  2. Prendre les bonnes mesures
  3. Réorganiser les territoires pour attirer à nouveau les jeunes

1) Les mauvaises mesures

Les missions des hôpitaux sont inadaptées avec un mépris des médecins de ville, un totalitarisme administratif. Le personnel est en grève, harassé par la technocratie et la paperasse. Les 35h pour les soignants sont une folie qui les met tous sous pression.

Le numerus clausus a déséquilibré le recrutement. Son augmentation est dérisoire si on la compare à l’inversion monumentale de la sex-ratio des étudiants de première année. La très grande majorité de nos futurs lauréats seront de sexe féminin. Nos consœurs sont certes tout aussi compétentes que leurs homologues masculins, mais beaucoup moins enclines à s’installer en libéral. Le salariat qui en est le corollaire, diminuera le temps consacré aux soins.

Il faudrait doubler ce chiffre pendant cinq ans compte tenu des départs massifs à la retraite dans les dix prochaines années.

2) La réforme des études médicales est le premier volet des mesures :

  • Conséquence directe du numerus clausus

Plus de 20 000 étudiants français sont partis ces dernières années faire leurs études à l’étranger : Belgique, Bulgarie, Roumanie et plus récemment en Espagne, cette dernière ayant instauré un système de formation continue sans examen sélectif. La question est de savoir combien reviendront s’installer en France dans une profession martyrisée et exsangue.

Les études durent 6 à 7 ans compte tenu des redoublements. Les stages sont insuffisants et  de qualité variable, l’externe faisant souvent office de secrétaire.

Le cycle de cet externat devra être plus formateur et identifier précocement les futurs médecins généralistes et les chirurgiens. Les 2 dernières années devraient inciter au choix de la médecine générale grace à des stages plus formateurs.

Les étudiants ont en effet peu de temps pour choisir leur voie et manquent de pratique pour savoir faire un diagnostic et les soins de premier secours.

Il faudrait identifier les étudiants qui opteraient pour la chirurgie car elle nécessite une formation spécifique et les futurs médecins généralistes.

  • L’Examen Classant National permet à tous d’accéder à l’Internat.

La sélection a été faite au début des études médicales sur des critères qui ne permettent bien évidemment pas de savoir si elle donnera de bons praticiens. Elle n’existe plus ensuite, il suffit d’être patient, même en séchant certains stages.

Paradoxe, l’examen final national n’est que classant (ECN). Il offre plus de places qu’il n’y a de candidats puisque 600 postes de médecine générale ne sont pas pourvus depuis plusieurs années. Une mauvaise note n’empêche pas d’être interne : une insulte au bon sens.

Nombre d’étudiants préfèrent redoubler une année plutôt que de choisir une spécialité ou une ville de faculté qui ne leur conviendrait pas.

  • L’Internat

Après l’examen classant ouvert à tous, l’Europe offre 8 000 postes chaque année.

L’internat dure 3 ans pour les médecins généralistes, qui va être porté à quatre années et cinq années pour les chirurgiens.

L’internat de médecine générale devrait durer deux ans. Ce raccourcissement permettrait de former des milliers de médecins généralistes en supplément.

Au pays des 35 heures les jeunes internes ne veulent plus travailler 70h par semaine et choisiront une spécialité sans urgences ou le salariat.

  • Le post internat et la réforme du 3éme cycle

Les médecins généralistes sont devenus des spécialistes, ils devront faire un post-internat pour avoir droit d’accès au secteur à honoraires libres. Le Clinicat sera réservé aux internes tournés vers les carrières hospitalières.

3) La réorganisation des territoires

C’est le dernier volet mais il est essentiel car les territoires ne sont pas désertés par les seuls médecins.

Des mesures de contraintes comme le conventionnement sélectif seraient contre productives.

La création de maison médicales si elles sont vides ne sont pas non plus la solution.