Sauvez les éléphants !.. en les privatisant

Quelles solutions le marché peut-il offrir pour limiter le trafic d’Ivoire et éviter la disparition des éléphants ?

Par Bill Wirtz.

Sauvez les éléphants !.. en les privatisant
By: Laurent de WalickCC BY 2.0

Milton Friedman disait : « Si vous analysez la guerre contre la drogue d’un point de vue purement économique, alors le rôle de l’État est de protéger les cartels de drogues. »

Dans une lettre adressée au gouvernement britannique (qui a été publiée par The Telegraph), 100 activistes pour la protection de l’environnement, politiciens et célébrités, demandèrent l’interdiction des importations d’ivoire au Royaume-Uni.

Ils proposèrent que la Grande Bretagne devienne un leader mondial dans le combat contre les braconniers. Mais puisque nous connaissons les conséquences de la prohibition, il est pertinent de penser que les seuls bénéficiaires d’une telle mesure seraient les braconniers eux-mêmes.
Si on me présentait la possibilité de devenir l’Al Capone du trafic d’ivoire, la tentation n’aurait jamais été aussi grande. Les États ont toujours permis l’augmentation des prix des articles prohibés. Comme disait déjà Milton Friedman : « Si vous analysez la guerre contre la drogue d’un point de vue purement économique, alors le rôle de l’Etat est de protéger les cartels de drogues. »

Chaque fois qu’est formulée une demande d’interdiction complète du commerce d’ivoire, les prix explosent, donnant encore plus de raisons aux braconniers de tuer les animaux. Ceci a créé une sorte de jeu du chat et de la souris dans lequel la volatilité de prix de l’ivoire et les campagnes pour son interdiction par des ONG sont interconnectées. Quand le prix de l’ivoire en Chine avait triplé l’année dernière, les ONG prétendaient que le marché était hors de contrôle et qu’il était temps « de prendre des mesures immédiates ». Malgré cela, il n’y a pas eu de changement de législation.

Cinq mois plus tard, le prix de l’ivoire était redescendu à son niveau initial. Ces mêmes ONG ont donc prétendu que leur travail allait dans la bonne direction.

Protection par la propriété privée

Si on veut vraiment parler de la protection d’animaux en voie de disparition, essayons d’éviter les titres polémiques destinés à vendre des journaux ou à augmenter le nombre de dons reçus pour une ONG. Beaucoup de pays africains ont déjà pris des mesures pour résister aux braconniers : en privatisant les éléphants. Cela s’est avéré très efficace.

Prenons l’exemple de la chasse aux trophées (trophy hunting en anglais) :

Ces dernières années, ce sport de chasse est devenu de plus en plus populaire. Le magazine National Geographic écrivait qu’entre les années 2005 et 2014, ces chasseurs ont importé plus de 1,26 million de trophées aux États-Unis, ce qui représente une moyenne de 126.000 trophées par an, soit 345 par jour.

La chasse aux trophées n’est pas toujours la raison principale de la disparition de ces animaux. Ils souffrent beaucoup plus de la perte de leur habitat par le biais des exploitations d’agriculture, de bois ou de pétrole.

Il est possible de motiver les populations locales à protéger ces animaux. En Namibie, les revenus de la chasse aux trophées sont la recette principale pour le financement des réserves naturelles. En Afrique du Sud, le fait que des locaux ont été motivés à donner des espaces de vie à ces animaux et les protéger contre des braconniers, est bien documenté (Conservation Magazine, 2015).

Cette évolution a permis d’augmenter le nombre de rhinocéros, passé de 100 en 1916 à 18.000 aujourd’hui (World Wildlife Fund, 2016). Selon le département environnemental d’Afrique du Sud, les recettes totales de la chasse aux trophées étaient d’environ R807 millions (53,8 millions d’euros) en 2012 et de R1 milliard (66,7 millions d’euros) en 2013.

Les éléphants sont tout d’abord les victimes de la tragédie des biens communs : maximiser les profits consiste à tuer le maximum d’animaux sans souci pour la pérennité du système. La seule mesure de protection efficace que l’on peut mettre en place, c’est le droit de propriété et un État de droit fonctionnel. Si les éléphants ont une certaine utilité, notamment à cause de l’ivoire, alors nous devrions préférer la détention de ceux-ci par des propriétaires privés qui auront des incitatifs importants à les protéger.

Aucune interdiction de commerce international ne pourrait arriver au même résultat.