La cause animale, nouvel enjeu électoral. Ou électoraliste ?

Amigurumi by Korova Normandie(CC BY-SA 2.0) — Korova Normandie, CC-BY

Le bien-être animal devient-il un argument de campagne… électorale ?

Par Wackes Seppi.

« La cause animale, nouvel enjeu électoral » de Mme Marie-Amélie Lombard-Latune, publié par L’Opinion du 7 novembre 2019, se résume ainsi :

« Le score inattendu du Parti animaliste aux européennes à l’esprit, les politiques tentent tous de s’attirer les bonnes grâces des amis des bêtes. Le thème s’imposera dans les prochaines campagnes municipales et présidentielles. »

Intéressante analyse, mais c’est une prédiction déjà réalisée !

Le 30 octobre 2019, notre ministre des annonces tonitruantes, Didier Guillaume, faisait savoir sur France Inter que le broyage des poussins mâles devrait être interdit à la fin 2021. C’est une mesure prise de concert par les gouvernements de la France et de l’Allemagne, où cette question est amplement médiatisée.

FranceTVInfo le rapporte en mettant en lien une vidéo particulièrement trash, tournée clandestinement, de la petite entreprise L214 subventionnée à hauteur de 1,140 million d’euros par l’Open Philanthropy Project, un fonds américain lié notamment à de gros investissements dans des projets de… « viande artificielle ». Une vidéo qui avait été exploitée le 24 avril 2014, puis le 30 avril 2015, par… Envoyé Spécial… C’était avant Élise Lucet, qui vient de remettre le couvert le 7 novembre 2019 pour un publireportage sur la viande artificielle.

Rappelons que, contrairement aux poules, les coqs ne pondent pas d’œufs (mais importunent quelques néo-ruraux venus chercher refuge dans une idyllique campagne, au point de saisir la justice pour les priver de leur liberté d’expression…) et qu’il n’est pas rentable d’élever les poussins mâles pour en faire des poulets.

Des mesures politiques « très fortes »… et très floues pour la cause animale

Dans l’exaltation que lui procure la vue d’un micro, M. Didier Guillaume a aussi promis des mesures « très fortes », mais sans les détailler :

« J’ai réuni toutes les associations wellfaristes [qui défendent le bien-être animal], j’ai expliqué comment nous allions avancer, les mesures qui vont être prises par le gouvernement. »

Le flou règne aussi sur les dates de mise en œuvre des mesures, car il « les négocie avec les agriculteurs, les éleveurs ».

Le ministre « veut avancer sur le bien-être animal », mais pour la castration1 à vif des porcelets, « dans les mois qui viennent, tout cela sera terminé, parce que le gouvernement va prendre des décisions. »

M. Didier Guillaume a aussi eu cette forte et saine parole :

« Il faut à la fois tenir le temps de l’agriculture et le temps de la société. Il y a le temps de la nature, de l’élevage, et le temps de société et des 170 signes sur Twitter. »

Ne nous leurrons pas : il y a aussi le temps des campagnes électorales. Des annonces avant les municipales de mars 2020… des actions avant l’élection présidentielle d’avril 2022… C’est-y pas beau la vie politique, ou plutôt politicienne ?

En tout cas, ce n’est pas en se comportant ainsi que le personnel politique au pouvoir acquiert, ni même maintient, sa crédibilité auprès d’un large public.

Un enjeu plus électoraliste qu’électoral

Revenons à l’article de l’Opinion. La cause animale est-elle un nouvel enjeu électoral ? Nous pensons doublement que non. Elle est déjà largement instrumentalisée à l’Assemblée nationale et dans d’autres cénacles. Et ce n’est pas un enjeu électoral, mais électoraliste.

L’argument de l’Opinion se construit en bonne partie sur les 2,16 % des voix qu’a recueilli le Parti Animaliste lors de l’élection européenne de mai 2019 et l’opinion que cela signale un mouvement de fond.

Peut-être… Peut-être pas… On peut aussi considérer, d’une part, que les élections européennes servent – à tort – de défouloir pour de nombreux votants et, d’autre part, que l’indigence de l’offre des grands mouvements a dirigé de nombreux votants vers des formations marginales.

M. Yannick Jadot – se voyant déjà un destin politique au tout premier rang – et ses collègues et amis se sont félicités de leur résultat (13,5 %), en hausse par rapport aux européennes de 2014 (9 %). Mais cela reste un échec par rapport à 2009 (16,3 %), surtout si l’on considère que la gauche s’est fait exploser.

Parmi les formations marginales de la mouvance verte, le Parti Animaliste aura été plus attrayant qu’Urgence Écologie et son hallucinant programme (incidemment, Le Point publie une interview étonnante de M. Dominique Bourg).

L’Opinion écrit :

« « 2,16 %, c’est plus de 450 000 voix. Mais c’est surtout la première traduction électorale de la montée de cette préoccupation dans la population« , analyse le politologue Jérôme Fourquet. Du coup, tout le monde arrête de ricaner et prend le sujet au sérieux. « D’autant que 8 % des électeurs se déclarent sensibles à la défense de la cause animale lorsqu’ils mettent leur bulletin dans l’urne« , complète le directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop. »

Mouais… Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la « cause animale » devient une « préoccupation dans la population » dès lors que les politiques l’instrumentalisent, créant une boucle de rétro-action en direction des faiseurs et manipulateurs d’opinion.

Ce qui est encore plus sûr, c’est que les manœuvres politiciennes ne peuvent qu’exacerber le problème de l’agribashing.

Qu’est-ce qu’une mesure annoncée, sans explications sur les faits et enjeux, sinon une forme de dénonciation d’une situation perçue comme inacceptable ? Et, bien sûr, attribuée à la vilaine agriculture « productiviste » (voir par exemple ici les contorsions d’un secrétaire national à la FNAB sur la castration des porcelets en agriculture biologique).

Ces manœuvres sont décrites dans l’article de l’Opinion qui vaut vraiment lecture.

Sur le web

  1.   Rappelons que la raison d’être de la castration est l’élimination d’une mauvaise odeur de la viande qui peut se présenter chez 3 à 5 % des porcs « entiers », odeur qui rend la viande inconsommable.
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