Privatisons les océans !

Et si la privatisation des océans était le meilleur remède pour éviter la dilapidation de ses ressources et sa trop grande pollution ?

Par Gabriel Lacoste.

Privatisons les océans !
By: brownpauCC BY 2.0

Les idéologies sont motivées par de puissantes images. Les forêts, les airs, l’espace et les océans sont des porte-étendards pour les collectivistes. S’il y a quelque chose qui ne s’approprie pas, puis que tous reçoivent en partage, c’est bien ça, non ? Quiconque décide d’en faire un actif comptable, puis de le mettre sur le marché est diaboliquement dangereux, n’est-ce pas ? C’est ainsi que des politiciens sortent leurs micros pour nous dire que les océans, ça devrait appartenir à tout le monde.

Un don de la Nature ?

Pourquoi ? Certains arguments sont simplistes. Un d’eux : les océans appartiendraient à tous, car personne ne les a inventés. Peut-être, sauf que pour nous être utiles, les vastes étendues d’eau doivent être traversées, pêchées, cultivées, arbitrées et protégées. Leurs berges doivent être rendues accessibles par des bâtisseurs de routes, puis aménagées selon nos besoins.

De ce point de vue, ceux qui développent les bateaux, qui patrouillent, qui ensemencent les fonds marins, qui en commercialisent les produits, qui y investissent leurs épargnes, qui veillent à la pérennité de ses espèces, puis qui y organisent des croisières n’y ont-ils pas mêlé leur travail plus que ceux des autres ? N’ont-ils pas un savoir privilégié sur la manière de gérer la part des océans qui les concerne ? Est-ce juste et raisonnable de donner à n’importe groupe d’électeurs tapageurs autant de droits qu’eux sur cet espace ?

L’objet d’une supervision supérieure ?

Un autre argument pose qu’étant tellement complexe, seulement le public est apte à gérer un aussi vaste espace. Laissé aux initiatives de chacun, le chaos y régnerait. Cette idée en dit long sur les vertus magiques que certains prêtent au mot public, comme s’il s’agissait d’un mode d’interaction plus sage, plus cohérent et plus clairvoyant qu’un amalgame de décisions privées en situation d’échanges.

Dans cette logique, si les océans étaient sectionnés en lots, cotés, puis vendus en bourse, des pirates en prendraient le contrôle, puis y pêcheraient sans restrictions jusqu’à l’extinction de toute vie marine, le tout en agissant sans foi, ni loi. Ces lieux deviendraient une Somalie des eaux. Cependant, le public, dans sa bienveillance, nous en préserve via ses légitimes représentants au sein de l’État.

Extraire d’un cerveau humain cette croyance est une tâche herculéenne. Afin d’y parvenir, agiter certaines analogies imagées est utile. Le public, plutôt que d’être comparé à une vision d’ensemble bienveillante sur le haut d’une colline, gérant le chaos, mériterait davantage d’être comparé à un rassemblement de veilles mémères aigries papotant sur leur voisinage.

Privatiser les océansLe public, c’est cet espace mental où chacun dépose ses préjugés, mus par son ignorance et facilité par l’inconséquence de ce qu’il y exprime. Dans cet univers, les Juifs peuvent être des conspirateurs assoiffés d’argent en quête de domination mondiale, les Musulmans peuvent être des psychopathes meurtriers en puissance, les voitures peuvent rouler en générant leur propre énergie et le 1 % des plus riches peut garantir à tous les conditions de vie d’un fonctionnaire français. Peu importe, dans le public, les idées loufoques sont aussi faciles que gratuites, donc elles se multiplient sans limites, engraissant au passage une caste de beaux parleurs.

C’est ce public qui nous garantirait une saine gestion des océans ? J’en doute.

Le public, une source de pollution 

Plusieurs représentations toxiques y prospèrent. Les écologistes, loin de veiller à les développer durablement, y vouent plutôt un culte superstitieux. S’il n’en était que d’eux, toutes les formes de pêche massive devraient y être abolies ou sévèrement restreintes, pour faire place à des bric-à-brac de techniques plus poétiques. Ils sont les sorciers des temps modernes.

Les nationalistes, eux, y posent leurs frontières, puis y déploient leurs porte-avions, empêchant aux familles pauvres de la planète de migrer vers des lieux plus cléments, leur jetant des bombes au passage sur la tête.

Quant aux entreprises privées, elles peuvent y déverser leurs déchets ou y faire de la surpêche. Curieusement, c’est la démonstration du fait qu’un espace public est une poubelle. Actuellement, personne ne possède des lots d’océan vendables sur un marché. Les océans sont donc des espaces publics traversés par des organisations privées. La conséquence est que personne ne voit son capital réduire lorsqu’une flotte de bateaux y jette des produits ou y anéantit des espèces. Donc personne ne se lève pour arraisonner ces navires et  exiger d’eux des amendes.

Le privé comme solution 

Une partie de l’opinion publique jacasse de bon cœur là-dessus, mais elle n’a pas de solution intelligente à proposer. Elle ne réalise pas que pour contrer les défaillances des utilisateurs privés des océans, leur attribuer des propriétaires constitue un moyen efficace.

Sauf de rares exceptions, les gens n’achètent pas des maisons pour les défaire et en revendre les matériaux. Les agriculteurs préfèrent ensemencer leurs champs pour l’éternité que de les offrir à des entrepreneurs à ordures moyennant un revenu immédiat. Si quelqu’un menace de détruire leurs biens, ils les défendront. Suivant la même logique, les propriétaires d’océan seraient l’équivalent de cultivateurs de poissons. Ils ne voudraient certainement pas dilapider en dix ans leurs ressources. Si des cargos bourrés de pétrole ou des pêcheurs sans scrupules y passaient, ils seraient les premiers à se mobiliser pour les réglementer, chose que l’État ne fait pas. Le public, loin de protéger les océans, en fait plutôt une passoire.

Voilà pourquoi je pense que le mieux que nous devrions faire pour les océans, c’est de les privatiser. L’idée peut vous paraître irréaliste, mais le but plus profond de cet article n’est pas tant d’amener ce changement dans le monde de mon vivant, mais de vous faire réaliser que le public, c’est nul comme principe, puis que le privé, c’est cool.