Elon Musk, retour sur terre

Qu’ils réussissent ou échouent, des entrepreneurs comme Elon Musk nous donnent la possibilité de l’optimisme.

Par Philippe Silberzahn.

Elon Musk, de retour sur terre ?
Elon Musk à « The Summit 2013 » Photo Dan Taylor / Heisenberg Media (CC-BY 2.0)

Ainsi donc la fusée Falcon 9 de Space X, l’entreprise d’Elon Musk, a explosé au sol. Comme je l’ai évoqué dans un article précédent, Elon Musk est en train de révolutionner le transport spatial par une approche radicalement nouvelle. En quelques années, il est arrivé à se hisser dans le club très fermé des entreprises capables de mettre des satellites sur orbite. De l’avis de nombreux observateurs, l’explosion du Falcon 9 semble mettre un terme à son ambition folle d’envoyer, un jour, des gens habiter sur Mars. Je n’en crois rien et il faut regretter l’ironie que suscite, surtout chez nous, l’ambition de Musk.

L’échec d’Elon Musk

Plusieurs journalistes n’ont pas manqué d’ironiser sur l’échec de Musk. L’article de Dominique Nora dans l’Obs cache ainsi à peine sa satisfaction en titrant : « L’explosion du lanceur Falcon 9 de Space X révèle l’incroyable fragilité d’un entrepreneur, qui promet toujours plus qu’il ne peut tenir. La fin d’un mythe ? » En reprenant toutes ses entreprises, Nora pointe les risques pris et les revers rencontrés dans chacune d’entre-elles. « Bien fait pour lui » semble-t-elle insinuer à chacune des lignes.

Mais Elon Musk n’est pas un mythe, c’est un entrepreneur ambitieux. Et l’innovation, lorsqu’elle est aussi ambitieuse, n’est pas un chemin linéaire où la réussite est garantie. Je rappelle ainsi toujours que Nespresso a mis plus de 21 ans avant de réussir et de devenir rentable. 21 ans ! Durant ces 21 ans, le projet a connu deux échecs de lancement majeurs, de multiples problèmes techniques, des errements marketing et commerciaux. 21 ans pour que l’entreprise réussisse finalement à trouver la bonne formule, avec le bon produit et la bonne cible. Et nous parlons ici d’une machine à café. Henry Ford fut copieusement moqué en son temps lorsqu’il annonça construire une voiture que les ouvriers pourraient acheter. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon qui aujourd’hui révolutionne le champ entier de la distribution, a subi à ses débuts, et pendant plusieurs années, de nombreuses attaques de la part de journalistes et d’experts, sceptiques quant à ses chances de réussite. Plus récemment, la possibilité d’avoir des voitures autonomes était unanimement jugée impossible.

Pour qui se prend Elon Musk ?

Ces échecs initiaux sont particulièrement fréquents dans le domaine de la technologie. Que l’on se souvienne des premières tentatives pour voler, un des plus vieux rêves de l’humanité, parsemé d’échecs mortels. On imagine volontiers un Dominique Nora de l’époque se gaussant de ces aventuriers redescendant sur terre, littéralement, et de leur fragilité. Non mais pour qui se prennent-ils ? Le tout pour enfin aboutir au vol historique du Kitty Hawk des frères Wright en 1903.

Il faut d’ailleurs noter, ô ironie ! que ce vol historique passa complètement inaperçu à l’époque. La presse n’en parla pas. Ce qui est important ne se voit pas forcément, et ce qui se voit – un échec de lancement de fusée – n’est pas forcément important. Cela fait partie de la démarche. C’est déplaisant, parfois coûteux en vies humaines, mais cela permet d’apprendre.

Enfin, il faudrait rappeler aux observateurs qui ont la mémoire courte qu’Ariane, en son temps, connut son lot d’échecs avant de devenir la réussite que l’on sait. Qu’Elon Musk, qui précisément entend concurrencer Ariane (et Boeing) connaisse lui aussi des incidents techniques, n’est nullement surprenant.

Au final rien ne dit bien sûr que Musk réussira. Son entreprise est titanesque. Prétendre révolutionner non pas une ni deux mais trois industries – l’automobile, l’énergie et le transport spatial – est totalement déraisonnable. Ses investisseurs doutent. Les experts doutent. Mais tous les grands inventeurs et pionniers industriels ont été qualifiés de déraisonnables par le passé. Le lancement du Boeing 707 fut en son temps un pari fou qui devait sauver ou tuer l’entreprise. Idem pour l’IBM 360. Qu’ils réussissent ou échouent, des entrepreneurs comme Musk nous donnent, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire, la possibilité de l’optimisme.

En particulier en France, on se prend en effet à rêver que la prise de risque, et donc la possibilité de l’échec, soit acceptée et encouragée, et qu’elle ne fasse plus l’objet de moqueries. Vœux pieux certainement…

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